5 décembre 2011

Petit, j’ai été mordu, et depuis, je transpire. Dans ce cas-ci, c’est un chien noir. Il grogne. Je demande à mon voisin s’il est possible de l’amadouer. Juste un peu. Juste pour qu’il arrête de grogner en me regardant. « Excusez-moi, savez-vous s’il est possible de calmer ce chien ? »
Le voisin dit que oui. Qu’il faut lui tendre un morceau de viande. Je fouille mon sac et j’y trouve un bout de jambon coincé entre deux tranches de pain blanc, que je jette au chien. Qui le mange. Une fois le morceau de jambon avalé, le chien se tourne vers mon voisin. Il se remet à grogner, en regardant le voisin, donc, cette fois-ci. Le voisin transpire à son tour et me fait des signes discrets. Sa main remue pour attirer mon attention, ce que je prends soin de ne pas voir. Il murmure en tremblant «Vous reste-t-il un morceau de jambon, s’il vous-plaît ? Un tout petit morceau peut-être ?»
Quelle engeance.


12 septembre 2011

Bonjour, bonjour. Voilà, ceci est un rêve, (on aperçoit une poche d’eau) et voyez comme c’est fragile et à quoi cela tient. Oooohhhhh à un fil. Oooooh. Voyez ce qui pourrait arriver si ce fil venait à céder. Le rêve plongerait follement vers le sol, et boum, viendrait s’empaler sur ce clou, Dieu seul sait qui l’a mis là, ce clou, comme dirait quelqu’un de ma connaissance, ce n’est vraiment pas de chance.
Voilà, c’est mon rêve, et aussi, à ce qu’on me dit, c’est mon clou.


30 juillet 2011

Je t’aime comme on n’aime pas tant que cela.
On n’aime pas si souvent comme je t’aime.
Je t’aime comme on traverse le feu.
Je t’aime comme on porte le monde.
Je t’aime comme on se lève contre l’injustice.
Je t’aime comme on se couche dans la joie.
Je t’aime comme on rit, je t’aime comme on aime la vie,
Je t’aime.
PS: N’oublie pas le pain.


7 juillet 2011

Il y a des jours où tu n’as rien à écrire d’autre,
la tristesse à perte de vue,
alors que le ciel est bleu, la mer calme et les matelots repus.

Dans quelques souffles de vent, tout ira mieux.
Non, pas tout. Ça ira mieux.
Oui, ça. Ça, ça ira mieux.
Mais pas tout.

Quand tu reviens au port, encore, encore, et chaque fois, ton sac est plus rempli. Tu le jettes sur le quai. Mais un jour, il est trop lourd, il glisse des pavés du port et tombe dans l’eau. Chacun, alors, nous plongeons pour aller le rechercher, notre sac à nous, et bien sûr, nous ne remontons jamais.


6 juillet 2011

Mais finalement, que nous faut-il encore apprendre ? Que n’avons-nous encore compris ? Aujourd’hui, nous avons bel et bien saisi le coût de notre emportement. Nous savons que de notre inquiétude naît l’inquiétude, et que de nos remèdes, naissent tous nos maux ? Comment nous apaisons-nous ? Comment choisissons-nous de nous être agréable ? Voyons, pourquoi ne pas admettre que de cette manière-là, nous rassurer nous coûte si cher, éperdument cher ?
Nos rêves ne croisent pas ces vies-là. Quelques fous, oui, nous encouragent, tapant des mains, tapant des pieds, nous frappent parfois la croupe. Dans le manège nous tournons. La porte est grande ouverte. Encore un tour, encore. Dans le bon sens, camarades, tournons. Dans le bon sens. On verra demain, tournons camarades. Camarade de devant et camarade de derrière pensent, comme moi, poursuivre quelqu’un, être suivi.


6 juillet 2011

Je suis le plus petit d’entre vous tous. J’en ai conscience. Etre écrasé me serait agréable. Imaginez mon désarroi si je venais à survivre. Pensez : de mes remèdes viennent mes maux !


13 juin 2011

Un homme âgé de 88 ans pousse , pour la dernière fois de sa vie, la porte de rue de sa maison.
Il sort, sort de sa maison, de sa maison à la rue, la rue déserte à cette heure de l’après-midi.
Il ne sait pas que c’est la dernière fois alors il ne fait rien de spécial, n’appelle pas pour qu’on le voit sur la pas de sa porte, pour que l’on se souvienne de lui.
Il ne sait pas.
Il s’asseoit sur la chaise, devant la maison et regarde passer les rares voitures.
Qu’aurait-il pu faire s’il avait su?
S’il avait pu, de ce rare moment, qu’aurait-il laissé?
Il aurait pleuré voilà tout. Il aurait pleuré sur les souvenirs, les tendresses envolées, les regards, les amitiés, les viriles poignées de mains qui certifient la vigueur, l’honneur et la belle étoile.
Il se serait souvenu des femmes.
Des bonbons volés.
De l’école buissonnière.
Des autos.
D’un ami, en particulier, si particulier, d’un ami déjà parti.
D’une amie, si proche et si belle.
Il se serait peut-être levé, pour s’éloigner, épargner à la vieille de le trouver dans le lit, au matin.
Marcher encore un peu. disparaître dans le bois d’en face. Aller s’asseoir contre un arbre.
Voilà ce qu’il aurait fait. Ne pas compter les heures, mais voir avec regret le soir arriver, pour son dernier soir être au regret.
Ne pas dormir. Ecouter les bruits, tous les bruits, vivre mille fois plus fort, mille fois plus.
Ne pas dormir, surtout pas, jusqu’au dernier souffle, les yeux grand ouverts.
Mais il ne sait pas.
Il pose les mains sur les cuisses et tapote délicatement le tissu usé du pantalon de flanelle. La vieille fait cuire les patates, bientôt, et la soupe, qu’on ne doit pas mâcher.


5 juin 2011

Nous étions ensemble, et nous marchions ensemble.
Nous marchions sur le chemin, le seul que nous connaissions. Le seul chemin. Il était beau ce chemin, le seul que nous avions jamais vu devant nous. Depuis toujours.

Le temps était sec, mais lourd, puis très lourd, et nous sentions nos corps nous dire de nous méfier. Mais nous pensions aussi. Nous pensions aux réjouissances de fin de journée. Au repas des amis, à l’alcool aussi, qui nous aiderait, à nous dire, à nous faire dire, à nous toucher.
Nous marchions ensemble et l’air était lourd. Et plus lourd encore avec le temps qui passe.
Et l’un de nous s’est arrêté. Il a dit rentrons, retournons, arrêtons-nous, retournons d’où nous venons. Ici l’air est lourd, et de plus en plus lourd, et je ne peux plus respirer. Tu peux respirer nous lui disions, la preuve tu es là, à nous parler. Tu peux respirer. Non disait-il, bientôt plus, l’air est trop lourd pour le faire entrer dans les poumons. Allons, lève-toi, continuons. C’est dans la joie que nous passerons la soirée. Tu nous retardes. Nous sommes repartis. L’autre a fait demi-tour. Vous êtes fous il nous a crié. L’air est si lourd.

Et c’est vrai que l’air, pour le bouger, il fallait faire de plus en plus d’effort. Chaque pas commençait à peser son poids. Et de plus en plus de poids, pour de moins en moins de pas. Et l’eau qui manquait.

Et puis plus d’eau du tout. Sauf notre salive à nous, et la sueur. Mais nous continuions. Pour le soir et l’alcool. La fête et le repas. Promis aux promeneurs, promis à nous, qui marchions de moins en moins vite, mais depuis toujours.

Et l’un de nous est tombé. Tombé, comme ça, sans prévenir, sans nous appeler, tombé.
Tombé, comme si nous ne comptions pas, comme si nous pouvions pas l’aider. Il est tombé comme s’il était seul au monde. Nous avons voulu le relever, mais à chaque fois remis sur pied, il tombait à nouveau.
Chutait a dit l’un de nous, et cela nous a découragé. Il ne tombe pas, il chute.
Alors nous avons couvert son corps avec de la poussière et nous sommes repartis. Un seul s’est retourné. Il nous a dit je n’ai rien vu, c’est comme si nous n’avions rien laissé, car nous l’avons si bien recouvert.

Nous avions repris la marche. De plus en plus lourde.
Et le soir ne venait pas. Malgré les pas, malgré la marche. Un autre est tombé, puis un autre, et nous n’avions plus le courage de les cacher, nous les laissions là, à même le sol.
Nous avons perdu de nombreux compagnons. Ils n’en pouvaient plus, et leur fragilité commençait petit à petit à être la nôtre.
Nous ne pensions plus comme avant, pas tous. Certains parlaient autrement. Mais tous, nous continuions.

Nous nous disions que pour eux nous devions continuer. Nous nous disions, comment leur dire que nous avons abandonné? Comment revenir sur nos pas et leur dire qu’ils sont tombés pour rien?
Voilà pourquoi maintenant nous continuions. Pour ne pas devoir nous dire que nous étions allé trop loin. Parce que cela nous était impossible. Nous marchions maintenant sans plus savoir vers quoi. Nous marchions comme des chiens de meute. Le premier qui faisait un pas de côté était ramené vers le groupe, chien décharné gardés par des chiens décharnés.
Nous étions damnés. Nous marchions comme des fous, nous marchions lentement, de plus en plus lentement, car les forces nous quittaient, mais nous marchions encore sans plus jamais nous reposer.
Avancez disions-nous. Avancez encore. Au bout, il y aura, le repas et la fête, l’alcool et le repos. Au bout est paradis.
Paradis.

Je suis seul à présent. Mon dernier compagnon est tombé à son tour. Son corps indique la direction du soleil levant. A une certaine époque, le soleil se levait. Aujourd’hui, il reste à midi, toujours, au zénith, à notre verticale, à ma verticale. Moi, qui suis seul depuis une minute à peine, que vais-je faire? A qui puis-je dire que j’avais tort sinon à moi-même? Moi qui le sais déjà depuis longtemps, depuis que le deuxième fut perdu.
L’air est si lourd à porter. Je voudrais moi aussi me coucher.


15 mai 2011

je suis la femme du soldat
je suis la veuve du bout de la rue
la femme du soldat encore et toujours
et qui m’approche risque sa vie
car si le soldat revient
il attrape au collet celui qui me manque de respect
et le cloue au sol
je suis la femme du soldat
je regarde mon corps dans le miroir, je le touche, sauf à cet endroit
qu’il m’avait demandé de garder pour lui
lui seul
le soldat
je n’y touche pas
seulement quand il reviendra
ce petit bout de peau
déjà
ce petit bout de gras
depuis le temps qu’il n’est plus là
je suis la femme du soldat
et je vous crache au visage
avec vos statues de bronze
en l’honneur de mon soldat
vous ne savez rien
de l’amour qu’il y a
dans le coeur d’un soldat
ne parlez pas de courage
car rien ne fait le poids
face à ce coeur là
gonflé de tendresse
gonflé
je suis la femme du soldat
le courage il est à moi
pas à la place publique
le matin il est à moi
et le soir, et la nuit
c’est qu’il m’en faut
pour vous voir rire
et pleurer
pour vous voir vivre
à sa place
sur la place du soldat
autour de lui
de mon mari
de mon âme
de ma chair
de moi
de tout ce qui me plaît
de ma lumière
partez, fuyez
laissez-moi pleurer le temps qui passe
les jours perdus sans mon soldat
mort pour la paix
quand le compte est bon
qu’assez de soldats sont tombés
on sonne le clairon
on déclare
on signe
on laisse pourrir
le souvenir du soldat
je vous hais autant que je l’aime
je hais la patrie, les honneurs et la gloire
ce n’était qu’un homme
au petit matin on est venu le chercher
on l’a trainé par le col
vêtu de vert, armé, serré en rang serré
marchant la tête basse je l’ai vu, moi, partir au combat
un lâche, tremblant, pleurant
comme je l’aime ce soldat-là
qui n’est pas celui de la statue
que vous m’avez imposée, à mon regard, à mon coeur
je me moque du devoir
je me moque de vous
de vos frontières, de vos chants
je vomis la guerre
je suis dans l’autre camp
celui des mains en poche
de la vie qui continue
de l’amour au creux du lit
que l’on garde pour soi
et pour lui
que l’on ne divulgue pas
mais pour lequel on vit
je suis de ce côté-là
rasez-moi si vous le voulez
je suis la femme du soldat
s’il vous attrape
gare à vous


14 mai 2011

C’est un matin bien sombre pour mes frêles épaules. C’est pourquoi j’ai posé mon corps dans la gadoue, et maintenant, j’ai froid jusqu’au fond de moi. Je serre dans mes poings la peur que j’ai trouvée enfouie dans mon ventre. J’ai la bouche ouverte et je regarde le ciel noir. Les nuages passent à grande vitesse, se poursuivent sans pouvoir jamais se toucher. A quoi jouent-ils ? S’il pleut tout à l’heure, les gouttes viendront s’écraser sur mes paupières fermées, pour couler sur mes joues. C’est toujours ça d’eau que j’économise, je pleurerai un autre jour.


6 mai 2011

A l’est de la banquise, dans le blizzard, un petit pingouin, les petits bras derrière le dos, fait un cercle de 200 mètres de diamètre. Il suit ses propres pas croyant être sur la trace de sa famille. A force de tourner, un chemin se creuse, dans la neige, dans le vent, le petit pingouin tourne en rond, il se poursuit sans jamais se rattraper.

Je n’ai pas envie de rire. Je pense à ce petit pingouin, c’est moi, je marche avec les bras croisés dans le dos. Je me cours derrière, et c’est inutile, n’est-ce pas ? Mais je me comprends aussi, à force de ne pas me rencontrer, de m’éviter, j’ai fini par perdre patience, et je me file, même si je sais que c’est peine perdue.

Hier, je suis rentré dans un taxi, je lui ai demandé de suivre une voiture, la mienne, qui était garée un peu plus loin. Le type s’est retourné et m’a demandé de sortir. Si vous croyez qu’on a que ça à foutre, qu’on n’a pas assez de problèmes comme ça.


5 mai 2011

Je suis une moitié. Une moitié de femme. Une moitié d’espoir. A moitié joie. A moitié peine.
J’ai perdu.
J’ai perdu un homme.
Un marin.
J’ai laissé un marin à la mer.
Il m’a laissé un enfant.
Je suis une mère.
Je suis.

Je suis le souvenir d’un marin.
Je suis un enfant.
Je ne suis pas vraiment.


23 avril 2011

Mon nom, je ne le connais plus. Depuis si longtemps que je ne l’entends plus, je l’ai oublié. Je ne l’entends plus dire, ce nom. Peut-être que le dernier à l’avoir prononcé me l’a volé et dès lors, plus personne ne peut m’appeler. A moins que ce soit moi qui l’ai jeté par dessus bord. Ou perdu. Sur mon caillou, comment voulez-vous que je le retrouve ?
Parfois, les jours où je touche la terre, je vais sur les marchés, dans les halls de gares, près des cours d’écoles, j’écoute les gens appeler les gens. Comme ils jettent tous ces noms, comme ils les lancent, ils se les lancent. J’espère un peu saisir au vent mon nom, mon nom à moi, mais rien ne me vient qui me ressemble. De toute façon, qu’en ferais-je, si ce n’est m’en souvenir ?
Je rentre chez moi, je rentre sur la mer.
Je suis le gardien du phare. C’est mon nom alors, depuis le jour où j’ai mis le pied sur ce bateau, qui m’a déposé ici, et dont le marin-capitaine a fait un signe de la main en repartant vers le port. Et voilà pour moi. Toute l’affection d’une semaine. Sept jours pour la mer et sept nuits pour le phare, tout au phare, dont je suis le gardien. C’est mon nom depuis ce jour maudit.
Le premier jour était un dimanche que j’ai passé à préparer un fulgurant repas.
Le premier jour était un jour maudit, ou pour la dernière fois, on a prononcé mon nom.
Le premier jour et le dernier à la fois.


14 avril 2011

Il y a des tristesses dont j’ai trop peur.
Celle-ci je la tiens éloignée en lui jetant des cailloux. Comme à un chien hargneux au milieu du chemin. Celle-ci, je fais semblant de croire que je ne suis pas obligé.
Le chien hargneux, il ne bouge pas du milieu du chemin, et il faudra bien passer par là. Il n’y a pas d’autre passage. Un chien qui va me mordre à pleines dents. Me déchirer le bas des pantalons. Qui choisit le morceau de blanc de poulet à arracher à mon mollet. Un chien qui bave en me regardant avancer. Un chien, une tristesse, qui bave en me regardant trembler. Qui va me mordre le cœur. Qui va me déchirer.


15 mars 2011

Je vous écris de Mars. Stop.
Des amis sur chaque planète et pourtant seul. Stop.


28 janvier 2011

Je suis passé par dessus bord et j’ai crié “un homme à la mer” sachant pourtant que j’étais le seul sur ce maudit bateau. Une fois dans l’eau, alors que je coulais consciencieusement, j’ai vu, à la surface, une bouée, une bouée orange, lancée à ma rescousse.

Je n’étais donc pas seul sur le bateau.


28 janvier 2011

Je suis violent. Je suis chaud. Je suis doux. Je suis du Nord. Je suis glacé. Je suis tourbillonant. Je suis de face. Je suis fort. Je suis très fort. Je suis au ras du sol, sous la porte. Changeant. Je suis contraire. Je suis de l’Est. Je suis de la terre, je suis de la mer.
Je vous instruis. Je dissimule. Je soulève. Je recouvre.
Je meurs chaque jours. Je suis toujours. Je suis à l’infini.
Je parcours les malheurs du monde. Je suis un cri. Je suis un soupir. Je suis la joie, moi-même.
Je suis le vent.


27 janvier 2011

Un homme cherche un lieu. Il se pose la question: où vais-je aller porter mon cri?
Il traverse des villes, des canyons et des océans, franchit des montagnes. Rentre finalement à la maison, s’arrête au coin de chez lui. Alors que tout le monde le cherche et que la rue est déserte, il y dépose son cri.
C’est un cri gigantesque. Qui prend tout, le prend, le jette au sol. Mais personne d’autre pour entendre ce cri. Des maisons, des voitures, des trottoirs, le monde qu’on lui avait construit.
Il est mort en tombant.
Se fend le crâne sur un coin du monde.
Perd son sang, fait des flaques. Disparaît tout entier dans l’égout et flotte, va, à la nage, et ce qui reste de lui s’étend sur un rivage.
Cet homme est devenu le vent.


26 janvier 2011

Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas si j’ai oublié ou si je n’ai jamais su.
Dans la pièce d’à côté, on reçoit des messages codés. Rien pour moi mon lieutenant demande quelqu’un. Cela semble être négatif.
Je ne sais pas qui je serais si j’en avais le courage. Je ne sais pas être.
Je me frappe de mes erreurs, elles me glacent le sang, me griffent.
Je ne sais pas. Plus rien.
Le sol se dérobe et pourtant je suis sur la mer.
Rien pour le soldat. Le lieutenant est sans doute accoudé, il regarde distraitement arriver les messages codés, dans la pièce à côté, à côté de moi, qui ne sais ce que c’est que ce moi, qui suis moi-même codé.
Encore un fameux chemin à faire avant d’accoster.
Encore un fameux trajet, une traversée comme on en faisait au temps du Titanic.
Save Our Souls.
Pas assez de chaloupes.
Je ne sais pas qui je suis et si je coule ou si je survis, si je m’étouffe ou si je respire enfin.
Dans la pièce à côté, c’est le commandant qui vient d’entrer, une bouteille à la main, il commande.
Il dit à demain à l’officier de quart.
Il va se coucher. Moi aussi qui ne suis ni commandant ni officier, ni soldat, juste un message codé. Je vais me méprendre toute la nuit durant.
Je suis allongé. Je sens à quelle point la mer est un âme et qu’il faut y plonger. Boire l’eau salée à en vomir. Si l’on veut vraiment se reposer.


25 janvier 2011

Je suis tordu. Sur un lit, tordu comme un ver.
Bonne nuit. Bonnes suées froides.
Je sens que le malheur me passe sur le corps et que personne ne comprendra.
Je suis verni.
Point.
Verni point.
Je voudrais bien être compris. Me faire comprendre.
Voici: avale un hérisson.
Vas te coucher.
Bonne nuit. Bonnes suées froides.


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