25 août 2014
Il faudrait que j’arrive à dire à Léon qu’il est temps d’aller au lit. Que demain, il va devoir se lever. Il faudrait que j’arrête de me demander ce que je vais pouvoir faire entre 8 et 16 heures un lundi. Il faudrait que je ne dorme pas de la nuit. Que vais-je pouvoir répondre si demain soir il me demande si l’école, ce sera toujours comme ça?
L’idée me traverse de le plonger dans un bain glacé pour qu’il tombe malade. De l’y maintenir malgré ses supplications. C’est pour ton bien Léon. C’est pour ton bien.

24 août 2014
La gamine d’en face en a bientôt fini avec les vacances, mais elle fait semblant de rien. Elle continue à user l’été devant la porte de l’immeuble. Les miennes de vacances vont commencer. Je vais devoir me détacher. Et Léon, que va-t-il bien pouvoir penser de tout ça ? La semaine passée, je lui ai dit, « Bonhomme, tu vas aller à l’école dans quelques jours ». Pas de réaction à la surface de Léon. J’ai été plusieurs fois jusqu’à l’école avec lui. Je connais déjà bien le chemin, et il a reconnu quelque chose ce matin. Je ne sais quoi, qu’il a montré du doigt. Demain j’essaierai de repérer la chose. Je suis curieux de ce qui a attiré son attention. J’espère ne pas être déçu.
Ne le prends pas mal, mais parfois Léon, je sens que tu deviens lourd. Et que je suis seul pour te porter.

20 août 2014

Alors, comme il était le dernier des Hommes, il prit le temps de mourir. On attend. Il faut encore une bonne ère glaciaire, puis tout recommencer, oxygène, hydrogène, ADN, et enzymes, et espérer faire mieux.


2 août 2014

J’avais plus d’un tour dans mon sac. Puis j’ai perdu mon sac. Alors j’ai fait comme les autres. J’ai obéi. Depuis, le soir, entre 21.00 et 21.45, je cherche mon sac. Dans les recoins. Toujours rien en vue. Quand je retrouverai mon sac, je quitte tout. Parce qu’alors, je ne risquerai plus rien. J’ai plus d’un tour dans mon sac. Allez, au lit.


25 juillet 2014

Alors ceux qui jusqu’alors avaient prié se relevèrent et se turent.
Ils avaient fait fausse route et pensaient que « ce qui devait être » les punirait, et ne pouvant se départir de l’idée de l’éternité, ils s’apprêtaient à souffrir jusqu’à la fin des temps. Mais une femme se présenta à eux, portant dans ses bras un enfant de quelques mois. « J’ai besoin d’aide » dit-elle. Tous hésitaient. Fallait-il l’aider ou la chasser? Plus rien n’était clair, ils semblaient dans la pire des obscurités, une noirceur qui irritait leurs yeux. Les larmes coulaient abondamment de leurs yeux. Ils pleuraient tous, regardant, hagards et perdus, la femme et son enfant. « Aidez-moi » demanda-t-elle encore. Mais aucun ne bougea. Alors elle se mit à reculer lentement, effrayée, en les fixant tous. Et puis elle se retourna d’un coup. Elle allait s’enfuir quand tout à coup l’un d’eux cria « Attends ». « De quoi as-tu besoin ? ». « Je suis seule et lui est si petit ». « Nous sommes différents maintenant. Nous ne pouvons rien faire pour toi. Ni pour lui. Nous ne savons même pas qui tu es. Nous ne savons rien de toi. » « Tu m’as fait attendre pour te justifier. Crois-moi, tu aurais mieux fait de te taire. »
Elle partit. Avant qu’elle ait disparu, ils avaient oublié l’éternité. Ils ne pleuraient plus. Ils commençaient déjà à penser à autre chose.


23 juillet 2014

Dans toutes les familles, ils mangeaient avec ravissement la même bouillabaisse, celle qu’ils mangeaient depuis bien longtemps, mâchant avec confiance et volonté les morceaux les plus durs. Pourtant…

- On dirait qu’il n’y a plus que des morceaux durs, papa…
– On ne parle pas la bouche pleine.
– Excuse-moi.
– Tais-toi.

Un homme est mort étouffé par la bouillabaisse. Celle-là même dont il se nourrissait. On ne parle pas la bouche pleine disait-il souvent. Là, il a la bouche bien remplie, et de fait, il ne parle pas. C’est normal. Il est mort. On ne parle pas la bouche pleine, on ne parle pas quand on est mort. On ne parle pas.

A côté de son corps étendu, il y a la casserole de bouillabaisse, vide, renversée sur le carrelage de la cuisine.

Il a les yeux grand ouverts. Ils fixent le ciel, à travers la fenêtre de la cuisine. Trop tard. Bouillabaisse forever.


11 juin 2014

- Bonjour monsieur le contrôleur, je voudrais savoir, voilà, je désire descendre. Est-ce possible? Descendre du train?
- Bien sûr.
- Ah ! Magnifique. Je peux descendre du train?
- Mais oui.
- Bien. Et comment fait-on?
- Ah, pour descendre, il faut sauter.
- Sauter?
- Oui.
- Mais nous roulons très vite. Peut-être voudriez-vous bien alors, disons, ralentir un moment.
- Ah non. Pas ça, non, ralentir.
- Ah. C’est gênant. Que faire alors?
- Voulez-vous que je vous pousse?
- Ah vous m’aideriez de cette façon, en me poussant?
- Bien sûr je vous aiderais.
- Ah. Bon. J’ouvre la porte?
- Oui.
- Voilà. Oups. Nous allons vraiment vite.
- Mais oui, vraiment.
- Je vais me faire très mal. Si vous me poussez je vais me faire très mal.
- A votre demande… Allez, au revoir.
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !
- Voilà. Il aurait pu refermer la porte cet imbécile. J’vous jure. Faut tout faire soi-même ici.


6 juin 2014

Il descendait 6 pieds sous terre. Il était mineur. Il remontait tous les jours. De quoi pouvait-il avoir peur dès lors?


7 mai 2013

Allez. J’avais choisi de ne rien savoir et j’étais allé rouler dans la chaleur. Je suis revenu à la nuit tombée et ça m’a rattrapé évidemment. On ne s’échappe pas comme ça. S’échapper, se glisser entre les doigts. Rien de tout ça. Une nuit de chouette. Au matin des yeux de hibou. Une fois dehors je suis comme un oiseau lourd. Je sautille. Allez. « Si vous venez pour la première fois, vous n’avez aucune chance » on m’avait dit. « Mais vous devez venir, absolument. Mais vous n’avez aucune chaince ». Une fois là je vois ne vois en effet aucune chance autour de moi. « Asseyez-vous sous la pancarte CONTROLE ». Les mains posées sur les genoux. Non. Les pieds à plat sur le sol. J’ai essayé mais je n’y suis pas arrivé. J’ai tenté de rester là. Le regard droit devant soi. De bien vouloir. Mais finalement j’ai préféré ne rien savoir. Laissez donc votre malette au sol.  Je suis sorti par la porte principale et l’employée m’a vu passer devant son comptoir. « Je n’ai pas de malette » j’ai dit.  Elle n’a rien dit du tout. Elle s’en foutait. J’ai roulé dans la chaleur. Je suis revenu à la nuit tombée. On verra demain. Allez.


5 mai 2013

Il y avait des plombes disait John.
Alors il allait au frigo et ouvrait une bière.
Des plombes ? 30 minutes, tout au plus. Mais quelle éternité c’était, quand on y pensait. Des mouches, des mouches à la pelle dans cette chaleur-ci. Alors une bière.
Les journées, c’était comme une longue tâche. On s’appliquait. On passait tout, on passait tout en revue. Se regarder. Ne rien se dire, se dire des choses banales. Regarder la route. Rêver. Pisser. Manger du bout des dents. Dormir. Non, s’assoupir. Dormir eût été indécent. Ma foi nous étions des chômeurs. Les derniers. Les derniers des derniers. De tout nous nous foutions. Mais la nuit, personne ne fermait l’œil. On n’est pas ainsi un paria, sans payer le prix, la nuit. Je vous jure, comme on y mettait du nôtre. Etre au bout du bout. Avec tout ce qu’il faut pour ça : rien.
Le long de la route 33 de cet état-ci nous ne bougions pas parce que rien ni personne n’aurait pu désirer que nous le fassions et que pour bouger du désir il en aurait fallu et de qui aurait-il pu venir si ce n’est des autres ? Pas de nous, pour sûr. Nous mourrons ici. Moi ici, précisément. John, là.
Voilà. J’ai trop pensé. Ça fait déjà des plombes et John va au frigo.


27 janvier 2013

On était tous né là. Un peu plus par là, ou plus par ici, mais tous, nous avions depuis toujours connu cette belle ferraille. Il y a longtemps, ce train de fer était aussi de bois. Chaque wagon était une petite habitation douillette. Bien sûr, nous étions comme des naufragés sur une rivière folle. Impossible de s’approcher du bord et de sauter du rafiot. Ce train, on dit qu’un jour, alors qu’il était immobile, c’est la terre sous lui qui s’est mise à bouger. Et bientôt à filer. Nous sommes alors devenus le seul élément de stabilité dans un environnement en folie. Heureusement restait le train et son univers cohérent ! Bien sûr nous avons dû affronter quelques terribles secousses, arbres sur notre chemin, en travers des voies, des arbres accrochés aux voies, on ne sait par qui ni pour quoi,. Des voies qui continuaient à nous passer dessous avec une folle détermination. Mais nous avons toujours tenu le choc. Nous sommes toujours passés au travers de ces moments terribles.
Nous devons depuis peu démonter l’avant dernier de nos wagons ; Les autres ne sont plus que des plateformes de métal sans aucun habillement de bois. Les planches passent de main en main vers la locomotive. Nous ne savons ce qui se joue là. Que fait-on de ces planches ? Depuis hier nous sommes inquiets. Les planches qui s’esquivent vers l’avant du train, on s’y habitue. La pluie, le vent, la neige, c’est la nature finalement. Ce n’est pas ça. L’un de nous à une longue vue. Il dit qu’il voit un mur qui fonce vers nous. Qu’il faut à tous prix l’éviter. Un mur fonce vers nous ! Comment l’arrêter ? Comment le convaincre de changer de chemin ?
Il y en a un qui ce matin a sauté du wagon. « Pour courir vers l’arrière avec le reste, fuir le mur » il a dit. Il a roulé dans le bas-côté. L’homme à la longue-vue l’a vu, mort. C’est ce décor qui va trop vite. Nous ne pouvons descendre du wagon. De toute façon, il paraît qu’il faut encore démonter l’avant-dernier wagon pour faire passer le bois, et qu’on n’a pas trop le temps de penser à tout ça. « Vers l’avant » crient ceux qui logent dans le dernier wagon protégé. « Vers l’avant les amis ». Le bois passe de main en main.


22 janvier 2013

J’ai découvert cette chose extraordinaire qui prouverait que finalement tout ceci n’est pas de notre faute. Ce n’est pas nous, non, qui fonçons droit dans le mur, à grande vitesse, à vitesse de plus en plus grande. Non. C’est le mur. C’est le mur qui fonce vers nous. Il parait. On le dit. Comment un mur se déplace-t-il ? me direz-vous. A voilà, voilà, tout de suite, le scepticisme. Et si moi, mon utopie à moi, c’est que le mur fonce ? Croyez-vous vraiment qu’on a pu y croire immédiatement à la rotation de la terre ? Mais pas du tout, on disait mais regardez, je tiens debout, comment ferais-je enfin si la terre tournait, non, ce n’est pas possible. Mais si. Si. La terre tourne. Non, mais ça c’est prouvé depuis longtemps, ce n’est pas le sujet du débat. Je disais, voilà, regardez, la terre elle tourne, et on n’y croyait pas ! Alors un petit mur qui fonce à côté d’une grosse terre qui tourne, franchement…


21 janvier 2013

Le canal quitte la ville par le nord de ce côté-ci. Il est droit comme une évidence. De ce côté, quelques cafés finissent de l’accompagner avant de le laisser filer. Si l’on colle son visage à la vitre du café « au dernier coup», on voit, dehors, la nuit noire. On voit aussi une silhouette qui semble danser tout près du canal. C’est Jean. Il n’y a pas eu de malheur. Pas de catastrophe. Et pourtant. Jean se demande ce qu’il va faire du reste de sa vie. Jean a glissé sur un rêve et s’est fait mal. Il ne lui reste que lui, lui-même, c’est tout. Pas de pensées ni d’espoir. Il ne lui reste que lui et cette lourde carcasse commence déjà à lui peser sur la ligne d’horizon. Jean n’a plus beaucoup de souffle. Au bord du canal, à la hauteur du dernier café, le dernier café avant le vent en pleine poire, il titube. Il n’est pas saoul. Il n’est pas fou. Il tente l’équilibre, il ouvre la porte de sa cage. « Va-t’en » lui dit Jean. « Va », et l’équilibre en profite, et s’envole. Alors Jean tombe. La chance va-t-elle parler, va-t-elle rester muette ? On ne sait pas. On attend. La chute est longue et incertaine. Mais finalement Jean tombe sur le quai et l’eau attendra. La chance a-t-elle parlé, est-elle restée muette ? On ne sait pas. Il reste là sans bouger. Dans le dernier café, on l’a vu, quelqu’un avait le visage collé à la vitre. Il voit la masse sombre allongée sur le quai du canal. C’est un marinier d’eau douce, un blanc bec qui regarde avec attention, sans comprendre. Il doit passer par là pour rentrer, passer sur l’écluse, et aller dormir à la péniche. Un marinier a vu tomber Jean. Il voit aussi la neige qui commence à tomber et couvre le dos de la masse à moins que ce ne soit son ventre. C’est l’hiver par ici. Il commande un autre verre. Parfois il faut prendre le temps de réfléchir. Que va-t-il faire ? Passer à côté de Jean, prudemment, pour ne pas glisser ? Donner à la masse un petit coup de pied ? Histoire de vérifier qui dort et qui meurt dans toute cette histoire. Vaut mieux s’assurer avant de mettre sa liquette qu’on ne va pas se relever et venir faire dieu sait quoi pendant son propre sommeil. Le loquet de la péniche, c’est comme rien, ça craque à peine qu’on pense à le forcer. Le verre traine sur la table et on n’en prend encore un autre. Le marinier ne sait quoi faire. Va-t-il réveiller le sac sombre et l’inviter dans sa péniche ? C’est qui ce gars-là ? A-t-on idée sans être saoul de s’affaler sur la pierre alors que le froid vous ronge la tête et les mains ? Le marinier patiente. L’idée viendra bien de ce qu’il faut faire. Pousser le corps dans l’eau ? Et si quelqu’un le voit ? Peut-être peut-il trouver un autre chemin pour rentrer ? Ou s’il attend assez longtemps, la masse se relève et part seule de son côté ? Pour l’instant, une idée s’impose d’elle-même. Un marinier boit à la table près de la porte, un passeur d’écluse sirote un mauvais vin en attendant une meilleure idée. S’il ne trouve rien, il sera bientôt trop saoul pour rentrer. Franchir le petit pont quand la tête vous tourne, risquer de tomber dans l’eau glacée pas question. On dormira sous la table et demain, quelqu’un d’autre aura bien trouver une solution pour la masse. Derrière le bar il y a un jeune garçon. Il baille. Il observe le marinier et a compris la manœuvre. Bien sûr par un temps pareil on préfère rester dans le bar et dormir près du poêle. Mais le gamin n’a pas que cela à faire. Il s’approche du marinier et lui retire le verre vide des mains. « On ferme » dit-il de ton peu assuré. Faudrait insister, demander encore et encore et on n’est pas sûr d’avoir gain de cause. Déjà le garçon ouvre la porte. Le marinier se lève. C’est tout le vent du large qui lui souffle entre les oreilles. Maintenant c’est le froid qui lui vole son corps. Il a mis à la place une grande peine, et pour sûr, le mariner se demande, dans quel état me le rendra-t-on, ce corps ? Marinier, il te reste quelques mètres et tu devras enjamber la masse. Elle est toujours là, et tu vois de plus en plus de quoi il s’agit, marinier. C’est un homme, il s’appelle Jean, et même si tu ne le connais pas, son nom,  tu sais qu’il en a un, de nom. Qu’un jour au moins on l’appela. Le marinier s’arrête à Jean. Il se penche vers lui. Tout tourne autour de lui. Il s’appuie sur le corps pour ne pas tomber, accroupi qu’il est, à deux pas de l’eau tueuse. Voilà qu’ils se couvrent tous les deux de neige. Dans le café, plus de lumière, c’est la neige blanche qui rayonne sous la lune. Alors l’homme soudain se relève. Il tire du sol Jean et son corps noir et blanc. Le marinier grogne et enrage. Un marin d’eau douce, un blanc bec, un passeur d’écluse. Il soulève le corps et, en pliant les genoux, passe sous lui, le lève encore plus haut, le porte maintenant sur ses épaules. Il titube sous le poids et le rhum. Il avance d’un pas, deux pas. De la main il accroche la balustrade de l’écluse et avance lentement sur la passerelle. Plusieurs fois il glisse sur le bois humide. Arrive au milieu du canal, puis avance encore et bientôt, sans aucune surprise, il est de l’autre côté. Il marche encore sur le pavé de la berge et arrive péniblement à sa péniche. Il y tombe plus qu’il n’y descend. Les deux hommes sont à même le sol. Lourdement, le marinier se relève enfin et jette du bois dans le poêle. S’écroule maintenant. Le feu reprend dans le poêle de la cabine.

Demain, il faudra partir. Jean peut-être restera sur la péniche. Il accompagnera le blanc bec, le marin d’eau douce, le fendeur de canal. Il gardera une bosse d’avoir trébucher sur son rêve. Il aura beau tenter de l’oublier, rien n’y fera. La chance ne s’en mêlera pas. Encore on le relèvera.

A qui faut-il dire merci? Et qui va-t-on maudire?


14 janvier 2013

Ce matin, parce que je suis sage, j’étais à attendre que le feu passe au vert. Au milieu du bruit, des voitures, des fumées. Sur le trottoir, j’ai vu deux hommes s’embrasser. Ou deux femmes. Ou un homme et une femme. Je ne sais plus. Soit. Je me suis dit, quand même, ça fait du bien un peu de nature dans tout ça.


31 décembre 2012

Jeff prend toujours un somnifère cette nuit-là. « Pour oublier la météo ». Mais non. Ce n’est pas pour ça. En réalité, Jeff n’aime pas qu’on lui casse les couilles avec le nouvel an.
Anne est toute autre. Elle prie chaque année, à minuit de St Sylvestre. Pour la sauvegarde du monde. Ça n’a jamais vraiment marché, et pourtant, le monde est toujours là.

Moi j’essaie de trouver mon chemin entre ces deux-là.


11 septembre 2012

Un homme avait commis un crime, une erreur, une fatale bêtise. On décida de le punir: on ne lui parlerait plus. Pas de bonjour, pas d’au revoir, pas de réponse à ses questions. Il devint fou. Un jour, il pris une hache, et tua de sa main tout ceux qui se taisaient.
La police à grands cris l’arrêta. On l’insultait. Enfin on lui parlait.
A son procès, il ne répondit à aucune des questions qu’on lui posait. Il se taisait, parce qu’il ne savait que répondre. On le condamna. Et on lui trancha cette tête qui ne servait manifestement à rien.


10 août 2012

Je mets fréquemment le pied dans un regret laissé sur le trottoir.
Merde.


31 juillet 2012

Elle devait nous dire
quelque chose
de très triste
c’est pour cela qu’elle pleurait
mais il ne fallait pas être triste
mais pourtant elle pleurait
elle ne retenait pas ses larmes
elle parlait avec une voix étrange
une voix trempée de larmes
c’était une chose
qui arrivait
c’était la vie
et on ne savait pas pourquoi finalement
mais cela arrivait
et c’était la vie
mais il ne fallait pas être triste
elle était assise sur le lit
sur mon lit
trop petit pour nous trois
elle ma soeur et moi
elle était plus lourde que nous deux
et nous entraînait vers le centre du lit
mais il ne fallait pas être triste
comme elle l’était
cela arrivait
c’était comme dormir
c’était comme s’endormir sans plus jamais se réveiller
c’était tout
rien de plus
fallait pas pleurer
mais elle pleurait
et moi
j’étais sur mon lit
c’était mon lit
pourtant j’étais perdu
je ne comprenais pas
pourquoi elle pleurait
si c’était juste comme dormir
pourquoi ce n’était pas triste
si elle pleurait
elle nous a serré dans ses bras
elle nous a dit de ne pas pleurer
de ne pas être triste
qu’elle nous aimait
elle elle ne pouvait pas s’en empêcher
pleurer
peut-être parce que c’était son papa
peut-être parce qu’on ne savait pas bien pourquoi
il ne s’était pas réveillé
peut-être que elle
elle n’avait pas peur de lui
que c’était pour cela qu’elle était triste

moi j’ai senti comme un soulagement
j’allais pouvoir aller chez ma grand-mère sans craindre sa grosse voix
me coucher dans son fauteuil
faire la sieste
écouter les aventures de zorro
manger des tartines grillées en laissant des miettes partout
c’était la vie
et cela arrivait
en fait la mort c’était comme s’endormir
c’est juste qu’on ne se réveillait pas

mais alors
sûrement que dormir
ce n’est pas vraiment la vie
alors je ne dormirai plus j’ai pensé

depuis je ne dors pas la nuit
je pense à ce que le jour sera


21 juin 2012

Cet homme a trouvé réponse à chacune de ses questions. Des questions d’une rare complexité. Des réponses qui vont au-delà de ce qu’il aurait jamais pu imaginer, et pourtant, d’une extrême simplicité. Il a trouvé réponse.
Bien sûr, il tombe. Ah oui, il a raté ce virage parce qu’à force de fixer la mer qui s’insinue au loin dans les replis du paysage, il n’a pas vu cette courbe anodine, et dévalant la forte pente bordant l’asphalte, sans pouvoir arrêté son vélo, il est arrivé au ravin et maintenant il tombe. Il chute. Mais à l’heure actuelle il ne regarde pas le sol s’approcher et d’ailleurs, à la distance où il se trouve, il ne peut pas s’en rendre compte très clairement, de cette chute. Mais quand même. Il y a ce sentiment, et le vent dans les cheveux. Alors, il hésite sur la marche à suivre.
Finalement il sort un crayon de sa veste et fouille toutes ses poches avec fébrilité. Qu’au moins il ait le temps de noter ces fameuses réponses (et l’Humanité sera sauvée).
Le crayon n’est pas taillé et de papier, il n’en trouve pas.
Il s’écrase sur un rocher pointu.
Tant pis.


18 juin 2012

C’est un homme qui passe la matinée à la fenêtre du salon de son appartement. Premier étage. Du bar ou je prends habituellement mon déjeuner, je le vois, en robe de chambre. Il commente ce qu’il voit par la fenêtre. Il parle à quelqu’un qui se trouve dans son dos. Il rit et montre du doigt, décrit, se tait soudain, reprend en expliquant plus précisément ce qu’il voit. Il parle, s’énerve, fait des gestes avec ses deux bras. Il s’étonne, s’amuse, il parle. Se tourne vers la personne qui est dans son dos. Il détaille alors sa pensée. Il reformule, fait un geste de la main et montre un écart infime entre son pouce et son index : cette petite distance-là. Cet espace ridicule. Une si petite marge de manœuvre. Ils se sont frôlés sans même s’en rendre compte. L’accident, ils l’ont évité de justesse sans le savoir, sans le voir venir. Ils repartent insouciants. D’ici je l’ai vue, moi, cette petite catastrophe, cet accroc dans la vie. Mais rien, tout va bien et personne n’est au courant, à part moi, que la vie, à cet endroit, est aussi dangereuse qu’ailleurs.
Je suis sûr qu’il n’y a personne dans son dos. Il est là tous les matins. Au même endroit. Pendant trois heures environ, de neuf heures à midi. Il parle et je sais qu’il est seul. Il n’a même pas de chien. Pas de chat. Il est seul, j’en suis sûr. Il parle mais personne ne sait ce qu’il dit.

Un soir, je le vois traverser l’avenue. Il va vers le grand magasin. Je le suis jusque-là. Si j’entre avec lui dans le magasin, sauf s’il me dérange pour une simple bouteille d’eau, peut-être saurai-je s’il est seul ou pas. Il a pris un caddy. Il est armé pour les grandes commissions. il me suffira de jeter un œil sur le tapis roulant de la caisse pour savoir s’il y a quelqu’un dans son dos.

Arrivé aux portes de la grande surface, je fais demi-tour. Je ne veux pas savoir. Et de toute façon, j’en suis sûr. Il parle, mais personne ne sait ce qu’il dit.


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.