15/03/2006

C’était un tout petit morceau de moi que je laissais sur une pierre de cette ville étrangère. Ce n’était pas grand-chose sans doute, au regard des drames de ces lieux-ci, mais c’était à ma mesure à moi. C’était mon geste héroïque, un peu de mon sang sur un gros caillou, dans une rue d’une ville martyre.

Je suis rentré à l’hôtel et me suis endormi. Un peu plus de sang perdu, dans les draps blancs de mon lit, à l’hôtel, dans une ville inconnue. Au réveil, une vague douleur, puis une pointe de mal, au bout du doigt, à l’endroit du petit trou par lequel est passé mon exploit. Mon exploit, sur un caillou, un gros caillou, dans une rue démolie. Au réveil, au coucher du soleil, une faim de loup, qui noue les entrailles.

Par la fenêtre, sur le trottoir, en face de l’hôtel, j’ai vu un enfant qui jouait avec un bilboquet. Un bilboquet jaune, abîmé et vieillot. Il rattrapait à chaque coup la boule, parfois ne regardant que distraitement l’objet.

Mon doigt était de plus en plus douloureux. Le lendemain matin, je reprendrais l’avion, n’ayant pour preuve de mon courage qu’un petit point de sang au bout du majeur gauche. Si par malheur, je croisais Laura dans une rue de ma ville à moi, je garderais les mains dans les poches de ma veste, de peur qu’elle me pose une question sur ce doigt coloré d’un seul petit point brun.

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