Archive pour avril, 2006

30/04/2006

- Ah, soldat, je me sens faiblir, puis reprendre des forces. Quel sens aurait mon geste si je devais fondre face au tribunal ? Tu ne peux pas le comprendre toi. J’ai couvert mon frère, mais ce n’est pas le soldat que je mettais sous terre, mais le petit garçon. Tu ris soldat ?
- Je ne ris pas vraiment, je fais juste un peu tourner le moteur. A moi, ma femme me dit que je ferais bien d’accoucher enfin du soldat, et d’arrêter de faire l’enfant. Il y a un temps pour tout.
- Mon frère était fort comme un bœuf
- C’est vrai, je l’avais vu de près un jour de sortie contre ceux de Mycènes. Je ne sais pas ce qu’il faisait là.
- Tais-toi donc, tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu veux savoir ce que va devenir ta cité demain, avec ce Créon de malheur ?
- Un soldat ne fait pas de politique.
- Alors cesse d'être soldat. Ce que tu appelles la politique, c'est la vie.
- Non. La vie, elle coule encore dans nos veines. C'est mon enfant quand je rentre, qui ne sera jamais soldat.

30/04/2006

Qu’est-ce que Samuel veut dire ? Normalement, je ne me pose pas la question, je ne comprends sans doute pas grand-chose de ce qu’il a voulu dire, mais je comprends quelque chose. Est-ce que j’ai quand même le droit de lire Samuel ? Cette phrase-là par exemple, j’ai voulu lui donner un sens, au lieu de dire tout haut, trois fois d’affilée, « Prout au sens, vive la poésie perdue ».

Prenons un sport que nous aimons tous, surtout les femmes: le football. J’ai vu à la télévision Thierry Henry, un footballeur particulièrement élégant et déroutant, marquer un goal de toute beauté. Il avait imprimé à la balle une trajectoire courbe, pour qu’elle échappe à la main tendue du gardien, main elle-même rattachée au bout du bras, lui même tendu et articulé au reste du corps en extension. Tout ce détour donc pour qu’après, elle revienne, la balle, en direction du but et se loge dans le coin supérieur droit du cadre de fer. La balle se jette alors dans les filets comme un enfant qui se cache sous un drap en hurlant sa joie et son excitation. En parlant de hurler, à cet instant, 50.000 personnes lèvent les bras au ciel, 100.000 bras levés, tous ces gens criant quelque chose comme « yeehaaa » (nous sommes en Angleterre). Une énorme clameur qui a dû faire fuir toutes les taupes des jardins avoisinants jusqu’au cœur de la terre. Et lui, le Dieu de ce stade-ci, a continué à trottiner, presque désintéressé, un poing à peine serré. Imperturbable.

Au même moment, sur une surface brunâtre, au bord d’une grande route, un petit garçon maladroit pousse péniblement devant lui un ballon gris qui colle à la boue. Pour la dixième fois, il avance lentement vers le petit but en bois. Il évite maladroitement quelques adversaires imaginaires. Après neuf échecs consécutifs, ayant glissé 2 fois, shooté 6 fois à côté du goal et touché le poteau 1 fois, il envoie enfin le ballon dans  le goal vide, privé de toute défense. Le petit garçon lève les bras au ciel, lui aussi. Il hurle sa joie également et court sans s’arrêter pendant plusieurs minutes. Il fait peut-être ce que le public de Highburry attendait de Thierry Henry.

Alors, moi, je vais encore lire Samuel. On ne sait jamais.

30/04/2006

Je vis dans une ville qui perd son âme, où dans un café centenaire, j'entends "you should try  here, they have this excellent jus de fruits, it's typical". Et pour me venger sur ces innocents, je leur dis "vous parlez anglais, comme un indien ou un cow-boy, je ne sais plus".

29/04/2006

La phrase est la suivante:
"Jusqu'au jour où, n'en pouvant plus, dans ce monde qui pour vous est sans bras, vous attrapez dans les vôtres les chiens galeux, les portez le temps qu'il faut faut pour qu'ils vous aiment, pour que vous les aimiez, puis les jetez."
Samuel Beckett, Molloy

Dans les fissures

28/04/2006

Ce week-end, je cache une phrase, en 20 exemplaires et 20 endroits différents. Impossible que vous la trouviez, ce sera quelqu'un d'autre. Elle est extraite d'un roman que je vais relire ce week-end. Cette année. Je lis lentement.

Quelques trucs pour augmenter vos chances:
- Habiter à Bruxelles;
- Ne pas chercher;
- Aller au ciné;
- Ne pas aller au ciné, mais partout ailleurs;
- Prendre le tram;
- Se promener en forêt;
- Rire en lisant le Figaro;
- Avoir des rendez-vous;
- Ecouter la radio en se frottant le menton;
- Jouer avec son ombre (essayer par exemple de courir moins vite que votre ombre, si si, c'est possible);
- Aller place Poelaert au coucher du soleil et lire un texte à voix mi-haute;
- Mettre de l'eau sur votre tête et sentir les gouttes qui coulent sur votre peau;
- Faire le poirier juste après avoir manger une choucroute.

De mon côté, je vais rêver vacances. A l’aube, donc, partir, avec la voiture sous les fesses, pour de grandes aventures, dans mon quartier (à mille kilomètres près, on ne va pas ergoter). Sûr que pas de doute, je suis un homme.

28/04/2006

Je rêve, ma parole. A l’aube, partir, avec la voiture sous les fesses, pour de grandes aventures, dans mon quartier (à mille kilomètres près, on ne va pas ergoter). Pas de doute, je suis un homme.

28/04/2006

Ceci est mon centième posts. Bon anniversaire à tous les facteurs.

28/04/2006

- Antigone, je ne devrais pas te dire ceci, mais l’heure approche. J’ai entendu quelque chose.
- Merci soldat. Je fais moins la fière.
- Je comprends bien cela.
- Tu as mis du temps à grandir, toi ?
- On ne m’a pas laissé le choix.
- Finalement, tu n’as jamais le choix à ce qu'il me semble, soldat. Est-ce que nous n’avons pas toujours le choix?
- Nous-mêmes, non, mais tous les autres bien. A ce qu’il nous semble.

28/04/2006

Tous, vous pensiez que le printemps était déjà là. C’est faux, il est arrivé aujourd’hui. Ou alors, il est arrivé une deuxième fois. Je vais avoir du mal à me défaire du sourire qui me barre le visage. Et pourtant, croyez-moi, la journée n’est pas finie.

Ce sont des choses qu’on ne veut pas expliquer, pourquoi tout à coup, entre deux réunions avec Pierre et Paul, car Jacques est absent, le bonheur vous traverse, d’une oreille à l’autre, et puis des pieds à la tête.

De mon côté, je vais essayer d'être raisonnable pour une fois, et mettre mon espoir, mes envies et mes rêves là où il doivent se trouver. Je vous souhaite de pouvoir faire la même chose, vous tous, ne fut-ce qu'un instant.

28/04/2006

- Je ne vous ai pas forcé la main quand même ? Je voulais juste vous aider à prendre la décision, vous aviez l’air un peu perdu. Et puis vous savez, c’est beau Binic.

La jeune fille compta un arbre, deux arbres, jusqu’à 12 arbres.

- Vous faites la gueule ?
- Non.
- Mais vous ne dites rien depuis qu’on a quitté Paris.
- Je me concentre sur la route.
- Je vous ai vexé ?
- Non. Je me concentre toujours sur la route.
- Je vous ai vexé.

Un arbre. Deux arbres.

- Vraiment, c’est chouette. Moi j’ai tout le temps. Et vous ?
- J’ai du temps.
- Pas plus que ça?

27/04/2006

Laura a pris ma main pour traverser. Ce n’est pas vrai évidemment, j’ai imaginé que Laura était à côté de moi alors que j’attendais que le feu passe au vert, et à ma grande surprise, elle a glissé sa main dans la mienne. Elle n’a rien dit, nous ne nous sommes pas regardé et nous avons traversé la rue. Et je crois que tout le monde se demandait ce que j’avais à balancer ma main dans le vide. Finalement, c’était plutôt heureux, parce qu’arrivé de l’autre côté de la rue, j’ai trébuché sur le trottoir, et sans Laura qui me tenait la main, je serais tombé.

Ce qui était faux, c’est sa présence, pas le fait qu’elle me tienne la main. Est-ce quelqu’un peut comprendre ça?

27/04/2006

J’ai bravé une loi injuste et inutile. J’ai rampé dans la nuit, sur les cailloux de la colline. J’ai les doigts en sang d’avoir gratté le sol pour couvrir mon frère de poussière. J’ai combattu trois soldats. J’ai défié un roi. Mais quand la porte s’ouvrira, et que Créon, mon oncle, me prendra par la main, je poserai le regard sur le sol et n’oserai pas lever les yeux sur lui.

26/04/2006

Théophane roulait maintenant à vitesse constante sur une nationale sans feu de signalisation. La jeune fille passait la main dans ses longs cheveux et en regardait le bout.
- Je cherche les fourches. Vous ne dites pas grand chose.
- Je n’ai pas de fourches.
- Vous n’avez pas vraiment de cheveux.

Théophane dû s’arrêter à la pompe, une pompe de bord de nationale, avec un pompiste qui sort de sa cahute. Alors que le pompiste remettait avec difficulté le bouchon du réservoir en place, la jeune fille se pencha par la fenêtre ouverte et lui dit « nous allons à Binic ».

26/04/2006

Je pleure rarement. Et je le regrette. J'ai rarement à portée de la main une paire de lunettes de natation. Et je le regrette. Et si je le regrette, c'est parce que je pense que cela doit être particulier, de pleurer après avoir mis une paire de lunettes de natation.

Cela permettrait de constater la quantité d'eau recueillie dans les lunettes, et peut-être de mesurer, je ne sais pas moi, le niveau de la tristesse, ou son intensité. Je pourrais dire « je suis triste d’intensité 4 ». Ou même « je suis à 6,8 sur l’échelle de la tristesse ».

Aujourd’hui, je ne peux rien mesurer. Je suis simplement sur l’échelle de la tristesse. Et si je monte encore un peu, sur cette échelle, je finirai par avoir le vertige. Et alors que se passera-t-il?

25/04/2006

Théophane ne s’est pas arrêté. Qu’est-ce qui lui prend ? Il ne s’arrête pas ? C’est pas possible je suis encore tombée sur un taré.
- Je suis censée m’inquiéter ? Je vais vous dire, comme vous conduisez comme un pied, je suppose qu’on va se mettre dans le fossé rapidement. Enfin, si on arrive jusqu’à un fossé.

25/04/2006

- Vous allez où ?
- A Montmartre
- Ah. Bon, c’est toujours ça. 459 kilomètres moins 1 ça fait combien?
- Vous allez où ?
- A Binic.
- Binic.
- C’est un port en Bretagne.
- Vacances ?
- Si on veut.
- Vous avez de la famille là-bas ?
- Non. Je suppose qu’il y a des bateaux.

Plus que 600 mètres et Théophane allait déposer la jeune fille. Il roulait très lentement, à du 20 kilomètres à l’heure. Théophane avait un peu moins de deux minutes pour se décider.

24/04/2006

Today has been OK.

Préparation pour 1 heure de "taradadam":
- découper une douzaine de chansons de Emiliana Torrini en morceaux
- les enfourner dans un lecteur pendant une heure environ
- les sortir du lecteur quand elles sont par coeur
- laisser reposer tant qu'il faut

Attention, la chanson douce pousse au fond des jardins. Si l'on n'y prend pas garde, on la coupe avec les chardons.

Dans le jardin

24/04/2006

Rien ne m’a été donné. Je suis né dans une ville dure comme le fer. Mes parents sont partis en voyage et ne sont jamais revenus, alors que je les attendais à la sortie de l’école. Un petit cartable sur le dos. Sur le très petit dos d’un enfant qui regarde à gauche et à droite, sans savoir à quelle heure viendront la panique et les pleurs.

Mes parents ne m’ont presque rien laissé d’eux. Une maison muette et un jardin carré. Quelques photos d’avant ma naissance. Pour seul véritable héritage, mon père avait posé sur mon berceau un regard inquiet, et j’ai gardé de cette terrible introduction une inusable fièvre.

(suite)

24/04/2006

Quand j’étais petit, j’avais 6 ans. Je veux dire, j’ai eu 6 ans assez longtemps. Un jour, j’ai fait du 100 à l’heure dans la voiture de mon père. C’est moi qui conduisais, d’ailleurs j’étais seul dans la voiture. J’ai appris très tôt, la conduite, j’ai toujours eu un don pour ça. Ce jour-là, j’ai quand même eu peur, parce que la route, une descente assez raide, est devenue sinueuse et que je n’arrivais pas facilement au frein avec mes petites jambes. Les pneus crissaient de plus en plus dans les virages, de plus en plus serrés, et c’est comme ça que j’ai atteint la vitesse de 100 km/h. Je n’avais jamais vu des arbres passés si vite, si près de la carrosserie. Je n’étais pas très sûr de moi, je dois bien l’avouer, et je comprenais bien la situation : il n’était pas assuré que l’issue de cette course folle soit joyeuse. Avec cette suspension hydraulique, je faisais des bonds dans le siège et j’avais franchement du mal à me tenir au volant, le seul véritable point d’appui pour mon petit corps. J’arrivais au bas de la descente. Je connaissais ce dernier virage, un virage en épingle. Je ne voyais rien de ce qui se trouvait de l’autre côté du virage. Je ne savais pas si oui ou non, un tracteur lourd et lent venait à ma rencontre. Je me mis à klaxonner nerveusement.

J’ai été sauvé au dernier moment par ma mère. Elle a ouvert la porte du garage et m’a appelé pour le repas. Nous avons mangé des saucisses et de la purée aux poireaux. J’ai demandé comment faire pour retirer les poireaux de la purée. Mon père s’est montré irrité par cette question.

21/04/2006

J’ai fait le rêve ailé pendant la nuit. Pas moyen de le retenir au matin. Il m'a échappé deux fois.