Quand j’étais petit, j’avais 6 ans. Je veux dire, j’ai eu 6 ans assez longtemps. Un jour, j’ai fait du 100 à l’heure dans la voiture de mon père. C’est moi qui conduisais, d’ailleurs j’étais seul dans la voiture. J’ai appris très tôt, la conduite, j’ai toujours eu un don pour ça. Ce jour-là, j’ai quand même eu peur, parce que la route, une descente assez raide, est devenue sinueuse et que je n’arrivais pas facilement au frein avec mes petites jambes. Les pneus crissaient de plus en plus dans les virages, de plus en plus serrés, et c’est comme ça que j’ai atteint la vitesse de 100 km/h. Je n’avais jamais vu des arbres passés si vite, si près de la carrosserie. Je n’étais pas très sûr de moi, je dois bien l’avouer, et je comprenais bien la situation : il n’était pas assuré que l’issue de cette course folle soit joyeuse. Avec cette suspension hydraulique, je faisais des bonds dans le siège et j’avais franchement du mal à me tenir au volant, le seul véritable point d’appui pour mon petit corps. J’arrivais au bas de la descente. Je connaissais ce dernier virage, un virage en épingle. Je ne voyais rien de ce qui se trouvait de l’autre côté du virage. Je ne savais pas si oui ou non, un tracteur lourd et lent venait à ma rencontre. Je me mis à klaxonner nerveusement.
J’ai été sauvé au dernier moment par ma mère. Elle a ouvert la porte du garage et m’a appelé pour le repas. Nous avons mangé des saucisses et de la purée aux poireaux. J’ai demandé comment faire pour retirer les poireaux de la purée. Mon père s’est montré irrité par cette question.