Qu’est-ce que Samuel veut dire ? Normalement, je ne me pose pas la question, je ne comprends sans doute pas grand-chose de ce qu’il a voulu dire, mais je comprends quelque chose. Est-ce que j’ai quand même le droit de lire Samuel ? Cette phrase-là par exemple, j’ai voulu lui donner un sens, au lieu de dire tout haut, trois fois d’affilée, « Prout au sens, vive la poésie perdue ».
Prenons un sport que nous aimons tous, surtout les femmes: le football. J’ai vu à la télévision Thierry Henry, un footballeur particulièrement élégant et déroutant, marquer un goal de toute beauté. Il avait imprimé à la balle une trajectoire courbe, pour qu’elle échappe à la main tendue du gardien, main elle-même rattachée au bout du bras, lui même tendu et articulé au reste du corps en extension. Tout ce détour donc pour qu’après, elle revienne, la balle, en direction du but et se loge dans le coin supérieur droit du cadre de fer. La balle se jette alors dans les filets comme un enfant qui se cache sous un drap en hurlant sa joie et son excitation. En parlant de hurler, à cet instant, 50.000 personnes lèvent les bras au ciel, 100.000 bras levés, tous ces gens criant quelque chose comme « yeehaaa » (nous sommes en Angleterre). Une énorme clameur qui a dû faire fuir toutes les taupes des jardins avoisinants jusqu’au cœur de la terre. Et lui, le Dieu de ce stade-ci, a continué à trottiner, presque désintéressé, un poing à peine serré. Imperturbable.
Au même moment, sur une surface brunâtre, au bord d’une grande route, un petit garçon maladroit pousse péniblement devant lui un ballon gris qui colle à la boue. Pour la dixième fois, il avance lentement vers le petit but en bois. Il évite maladroitement quelques adversaires imaginaires. Après neuf échecs consécutifs, ayant glissé 2 fois, shooté 6 fois à côté du goal et touché le poteau 1 fois, il envoie enfin le ballon dans le goal vide, privé de toute défense. Le petit garçon lève les bras au ciel, lui aussi. Il hurle sa joie également et court sans s’arrêter pendant plusieurs minutes. Il fait peut-être ce que le public de Highburry attendait de Thierry Henry.
Alors, moi, je vais encore lire Samuel. On ne sait jamais.