Archive pour avril, 2006

20/04/2006

En rentrant chez moi ce soir, j'ai trouvé un rêve ailé posé sur la table. Comme un con, j’ai ouvert la fenêtre.

20/04/2006

Sur le Boulevard de la Chapelle, une jeune fille faisait du stop. C’est beaucoup dire, elle avait le bras tendu et le pouce vers le haut, mais cela ne semblait pas concerner le reste de son corps, pas plus que son esprit. Elle regardait en réalité ses chaussures avec intensité.
Théophane se décida tard, et passa encore plus tard à l’action, il freina donc 20 mètres après avoir dépassé la jeune fille, et dû se lancer dans une marche arrière plutôt hasardeuse.
- Vous vous arrêtez pour moi ou vous répétez pour le permis ?
- Le permis, je l’ai.
- Alors c’est pour moi dit-elle en montant dans la voiture.

19/04/2006

Théophane était allé chercher sa voiture en province. Une voiture ancienne, une Audi 60, blanche. Plutôt grisonnante. Il était terriblement excité à l’idée de la ramener à Paris, de passer devant « les alouettes » au pied de Montmartre et de klaxonner bruyamment  pour que tout le monde se retourne sur lui, les amis, les inconnus, les touristes, qui se seraient dit c’est magnifique Paris, grâce à lui.

Arrivé à la porte de Bagnolet, il pensait à tout ça, aux boulevards qu’il allait emprunter pour rejoindre le 18ème, puis aux ruelles, puis au café et enfin à la tête effarée de tous ceux qui le verraient, pour la première fois, au volant d’une voiture, et quelle voiture ! Il faisait bon, le coude de Théophane sortait légèrement de la large voiture, posé sur la portière par la fenêtre ouverte. Il paressait, conduisant lentement, une main sur le volant, donnant du gaz d’une manière très mesurée. Il était débutant et comptait bien garder sa voiture entière, au moins jusqu’aux alouettes. Après…

18/04/2006

Willy a mesuré l'ampleur de sa perversité le 24 janvier 1999, en passant devant la vitrine d’un magasin de meubles qui affichait : « Occasion : divan-lit 3 personnes ».

Pendant 300 mètres, et Willy marche lentement, il avait été confronté à cette question: pourquoi avait-il pensé à ça, et pas à une des nombreuses autres possibilités ?

18/04/2006

- Soldat ? Soldat ? Quelle heure est-il ?
- Comment veux-tu que je le sache ? Je suis enfermé comme toi et par ta faute. J’ai passé la nuit loin de mes enfants et de ma femme.
- A quelle heure vient-on me chercher ?
- Qu’est-ce que cela peut te faire puisque tu ne sais pas quelle heure il est ?
- Réponds à ma question.
- On viendra te chercher quand l’acte d’accusation sera complet.
- Il est donc si long à rédiger ?
- Je ne sais pas.
- Il est peut-être compliqué. Il me paraît très simple pourtant.
- C’est ton opinion.
- Ce que tu peux être prudent.
- Ne compte pas sur moi.
- Que penses-tu de mon acte ?
- Mon collègue m’appelle. Tiens-toi calme.
- Que penses-tu de l’édit ?
- Mon collègue m’appelle encore.
- Penses-tu ?
- Nous ne sommes pas là pour ça, nous, soldats. On nous apprend à sortir de la cité pour foncer vers l’ennemi, tête baissée, et le glaive pointé vers l’avant. Et à courir. Un jour, dans un exercice, un soldat a été puni parce qu’il avait demandé le pourquoi d’un ordre. J’ai fait des études, mais malgré tout, il n’y avait pas de boulot pour moi, et, figure-toi, en dehors des limites du palais, le boulot est nécessaire pour nourrir ses enfants. Alors je me suis engagé comme soldat. On m’a appris, ton père, celui à qui tu dois tout, m’a appris à ne pas réfléchir, et maintenant, tu voudrais que je commente ton acte ?
- Je comprends.
- Ca m’étonnerait beaucoup. Mon collègue m’appelle, je te laisse.

16/04/2006

Je suis dans ma chambre, ceci est ma chambre, personne n’a le droit d’y entrer sans mon autorisation. Je suis une fille. Je suis la fille, Antigone.

Je ne vois rien du dehors parce que les volets ont été fermés et cloués. Il n’y a qu’un petit rond de lumière qui se dessine sur le plancher. Il vient de l’oeil de bœuf. C’est grâce à lui que je sais que le jour s’est levé, j’ai bien compris que je ne devais pas compter sur ces veaux de soldats qui surveillent une porte que seuls eux peuvent ouvrir.

Si je me mets dans le rond de lumière, est-ce que le monde peut me voir ? Est-ce que je peux plaider ma cause ?

16/04/2006

Qu’est-ce que Laura a fait de moi, et qu’est-ce que j’aurais fait de Laura ?

16/04/2006

- Avant de reprendre ta place à côté de ton soldat de copain, écoute donc ce que j’ai à te dire.
- Non Antigone, je ne veux pas t’entendre. Je repars maintenant.
- Pose ton oreille contre la serrure. Je te soufflerai quelque chose que toi seul entendras, tu ne risques rien, pas de témoin.
- Que me veux-tu démon ?
- Je veux juste te dire ceci : je n’aime pas qu’on me dise ce que je dois faire. Je préfère le découvrir moi-même.
- C’est très bien, nous sommes différents et il n’y a pas de jugement à avoir à cet égard.
- Je suis contente de te l’entendre dire.
- Mais je ne t’ouvrirai pas la porte car tu as transgressé les lois.
- C’est très clair soldat.

15/04/2006

- Je ne dis pas Antigone que tu as tort, je ne dis pas que tu as raison. Je ne me mêle pas de politique, je suis un soldat.
- Mais avant d’être un soldat, tu es un citoyen, n’est-ce pas ?
- Je nourris ma famille avant tout.
- Tu as bien raison, cela t’honore. La mienne est partie en lambeaux.
- Je le sais. Je vais m’éloigner maintenant, je ne sais pas parler, moi.
- Tu vas rejoindre ton camarade. Qui lui aussi nourrit sa famille.
- Quel mal y a-t-il à ça ?
- Aucun. Pour vous aucun. Pour moi, je préfèrerais que vous oubliiez un instant votre famille.
- Tu crois que je vais t’ouvrir la porte et te laisser filer ? Tu me prends pour un fou ? A quoi pensais-tu quand petite, tu courais dans les couloir du palais?
- Ce n’est pas cette porte que tu devrais ouvrir soldat.
- Je m’éloigne, je rejoins mon camarade.

14/04/2006

Son nom, ça je ne m’en souviens pas. Je crois que c’était Drago. Mais je ne suis pas sûr. Ou Ratko. Ou Romeo. Ou Ronald. Je ne sais plus. Je sais juste que c’est lui qui m’a donné ce papier sur lequel quelqu’un (lui ?) avait écrit ceci :

"Mon pays était fait de plusieurs tissus reliés par une tirette. Il ressemblait à un tableau. Comme tous les pays, il disait l’espoir et la misère. Il disait la victoire, la défaite, l’humilité et la gloire. La lettre. L’esprit. Il disait la terre. Celle qui se ramasse à pleine main. Un jour quelqu’un qui avait besoin d’air a ouvert doucement la tirette. Un petit millimètre. Mais depuis, la tirette est descendue et mon pays est parti en morceaux. Il est parti et je le regarde. Je vois son dos. De dos ça va, on dirait un grand champ couvert d’espoir. De face, mon pays est un gilet, grand ouvert. Avant, il me tenait chaud. Aujourd’hui, il est aussi utile qu’un verre vide de son eau. Mon pays. Je ne t’ai pas assez regardé avant que tu disparaisses. Que seras-tu encore pour moi?"

J'ai gardé le papier, et même si je trouvais le texte un peu désuet, je l'ai toujours. Il est dans un tiroir, mais je ne sais plus lequel. Celui de la commode? Ou celui du petit bureau, le marron, qui vient du marché. Ou au bureau? Ou dans ma chambre, dans le petit meuble en bois à côté du lit. Je ne sais pas. C'est dommage parce que je ne suis pas sûr de me souvenir exactement du texte. Ce n'est pas que c'était particulièrement beau, mais c'est juste que ce n'est pas moi qui l'ai écrit et donc je ne sais pas si je peux le donner comme ça, sans être sûr de l'exactitude des termes utilisés.

Je me souviens que l'homme m'a dit que quand il était jeune (il y a très longtemps alors) dans son pays on parlait plusieurs langues et on priait plusieurs Dieux, avec des rites différents. Il semblait nostalgique de cette époque.

13/04/2006

J'ai vraiment cru que c'était elle, la fille de l'avion de Barcelone. J'ai couru pour la rattraper, mais j'ai finalement décidé de la suivre à quelques mètres pour goûter le moment où elle me verrait, me reconnaîtrait, et plus si affinité. Puis j’ai pensé que c’était mieux d’être honnête, d’être soi, qu’il était inutile de me faire passer pour qui je n’étais pas et inversement. Alors j’ai parlé dans ma main comme si je parlais dans un micro et j’ai dis une bonne vingtaine de fois « ici vol 737 pour Barcelone, à vous les anges, répondez les anges ». De plus en plus fort. Elle ne se retournait pas, mais elle a été arrêtée par le feu rouge. Quand je suis arrivé à son hauteur, la main sur la bouche, ce n’était pas elle. Je suis parti en vrille.

Je ne vais pas dormir cette nuit parce que je me dis que c’est sûrement la fille qui fait un stage au bureau à partir de demain.

Dans les fissures

12/04/2006

J’ai un projet idiot mais j’aime beaucoup.  Je cache dans des petits coins de la ville des passages de texte qui me plaisent, que j’ai lus à gauche à droite (accompagné d’une référence évidemment). La premier extrait que j’avais caché commençait comme ça:

“Je ne t’ai point aimé, cruel ? Qu’ai-je donc fait ?”
Pour les béotiens comme moi, ça vient d’une tragédie d’un auteur que j’ai mis du temps à apprécier, Racine, mais dont maintenant je goûte la langue avec délice. Je vous jure, quand j’ai l’impertinence d’écrire, comme maintenant, ne fut-ce qu’un petit post de rien du tout, si je me retourne, ils sont une meute derrière moi, Lui en tête, à se pencher sur ce que j’écris. Avec un air…

L’ extrait est accompagné de la phrase suivante:

“Je m’appelle Lucien. Je cache des petites phrases dans les fissures, au fond des fauteuils, entre les planches. Partout où je peux. Des phrases qui m’ont touché, que j’ai aimées. Si tu veux, tu peux la prendre avec toi. Mais tu peux aussi la remettre où tu l’as trouvée et la laisser à quelqu’un d’autre.
http://lelucien.wordpress.com”

Si vous trouvez un de ces messages, vous êtes verni. Moi aussi. Et juste parce que j’aime être verni, si en plus vous venez sur ce blog, et qu’en plus vous lisez ce message-ci, écrivez-moi juste un mot. Pour les amateurs de physique, j’ai calculé la propabilité: j’ai 0,0000000000021 chance sur 1.000.000.000.000.
Mais bon, 100 % des gagnants ont joué.

11/04/2006

J’ai mis du temps à comprendre qu’elle ne blaguait pas. Elle s’était trompée d’avion. Elle devait aller à Madrid, pas à Barcelone. Comment est-ce qu’on peut se tromper d’avion ? Ca m’a permis de la rassurer et ça m’a fait du bien parce qu’elle était très jolie. Mais quand j’ai demandé à l’hôtesse (en espagnol) si elle pensait qu’il y aurait encore des connexions Barcelone-Madrid ce soir, elle m’a répondu (en espagnol) que dans son quartier, on sortait les poubelles le mercredi et le samedi. Ou quelque chose comme ça. Heureusement, la jolie n’a pas compris.

En sortant de l’avion elle s’est dirigée vers le desk Iberia. Elle s’est arrêtée et elle m’a regardé. Je me suis arrêté et je l’ai regardée aussi. Elle m’a dit “à bientôt j’espère”. J’ai dit “Oui, à bientôt, sûrement, oui, j’espère” puis j’ai fait “hé hé” avec un sourire en forme de Dow Jones.

Elle habite à Bruxelles. Moi aussi. C’est du gâteau.

10/04/2006

- Que veux-tu que nous fassions pour toi ? Ta famille est à moitié décimée et maudite. Ton frère cadet est en route vers l’enfer pour avoir tourné son glaive contre la cité. Ton père est perdu, aveuglé par son crime. Il erre sur les routes de Grèce dans l’espoir de l’oubli de lui-même, le pauvre fou. Pour ceux-là, nous n’avons pas du lever le petit doigt. Pour toi, c’est différent. Nous avons dû te maintenir au sol pendant qu’un troisième courait jusqu’au palais. Je suis bien content de n’avoir pas dû moi-même annoncer la nouvelle à Créon. On dit que son regard était encore plus noir.
- Que dites-vous de mon acte ?
- Qu’il est interdit par la loi.
- De quelle loi parlez-vous ?
- De celle que tu connais comme nous.
- Dites-moi qui l’a édictée cette loi.
- Tu le sais mieux que nous, toi qui traîne depuis toujours dans les couloirs du palais. Cette nuit encore, tu aurais pu dormir dans la soie si tu n'avais pas fait la folle. Si tu n’étais pas née femme, peut-être aurais-tu signé de ta propre main la loi que tu transgressais cette nuit. Mais l’aurais-tu alors violée cette règle ?
- C’est toi qui parles ainsi, le soldat ?

10/04/2006

Ecoutez, soldats, écoutez la fille d’Œdipe vous souffler une idée irresponsable à l’oreille. Collez-la, votre oreille, contre la porte de ma prison, et pliez donc votre corps couvert de fer et de cuir pour entendre celle que vous avez enfermée il y a quelques heures à peine. Depuis peu en prison, déjà condamnée pourtant. Elle vous racontera pourquoi vous devriez peut-être lui ouvrir votre tête.

10/04/2006

Je suis dans ma chambre, et derrière la porte se tiennent deux gardes. Ils sont attentifs à chaque bruit. Si je fais craquer mon lit, ils se penchent et tendent l’oreille. Si je ne fais pas de bruit, ils s’inquiètent du silence et chuchotent. La porte est pourtant fermée à double tour et la seule fenêtre de la chambre est dotée de lourds barreaux. Mon  père me disait qu’ils me protégeaient. Aujourd’hui, ils me tiennent prisonnière.

Si je me mets sur la pointe des pieds, je vois, entre les barreaux, à la lueur de l’aube, les oiseaux du matin qui s’en vont rejoindre les marais. Je sais que bientôt, la lourde porte va s’ouvrir et que l’ombre de la justice se découpera dans la lumière du matin, car j’ai volontairement enfreint la loi des hommes.

9/04/2006

J’ai passé la nuit à courir d’un frère à l’autre. J’ai glissé plusieurs fois en courant sur les collines, évitant les cailloux, et mes genoux sont couverts de sang.

Un des frères est sous la lune, l’autre est recouvert de terre. Un des frères a été vaincu, l’autre a été fauché. Les deux frères sont morts, un seul repose. L’autre, à midi, sera déjà déchiré par les vautours.

8/04/2006

Deux frères se sont entretués. Deux frères sont morts pour le pouvoir et la gloire. Ce jour-là, le plus âgé est sorti des murs de la cité à la rencontre du cadet. Ils se sont livrés au combat singulier, portant sur leurs épaules le poids de leurs armées. Cent milles regards fixés sur eux, cent milles nuques tendues vers un  nuage de poussière duquel s’échappe le bruit des armes et du sang. Moi seule, les yeux fixés sur la pierre du rempart, je refuse de regarder le combat. J’en devine l’issue, deux frères couchés côte à côté dans la poussière, leur sang se mêlant. Deux frères couchés dans un même lieu, une plaine bordées de soldats.

6/04/2006

Hier, le ciel m'est tombé sur la tête et j'ai vu Laura qui s'éloignait sur une mobylette. Elle laissait derrière elle une petite fumée légère qui sentait la lavande. La mobylette. Le ciel a fait boum donc. Sur ma tête. Ce matin, j'ai une grosse bosse sur la tête. Maudite Laura, je n'en sui pas encore débarrassé de celle-là. Ma psy n'est pas prête de manquer de beurre pour les épinards.

5/04/2006

Ce n'est toujours pas ça. Ce n'est pas pour moi, ce n'est pas comme ça, ce n'est rien. Ce n'est rien. C'est toi. C'est ça, c'est toi. Ce n'est pas ce que je crois, ce n'est rien, c'est comme ça. Ca n'ira pas, ça ne changera plus. C'est comme ça, ce n'est pas ça. Si c'est ça, ça n'ira pas.