J’étais dans ce concert, donné dans une église. Il y avait une centaine de personnes. Plein d’enfants. J’allais écrire plein d’enfants aussi. Mais donc effectivement il y avait des enfants en plus de la centaine de personnes déjà comptabilisée. A l’arrière de l’église, les plus grands batifolaient, couraient, chipotaient aux saints, se cachaient dans les recoins du bâtiment. Entre la scène et le public, les plus petits se tenaient en troupeau et faisaient des bruits avec leur bouche, certains parlaient, à peine. De manière régulière, l’un d’entre eux s’échappait du groupe et courait vers un adulte, un parent sans doute, pour revenir ensuite se dandiner avec le reste de la meute. On trouvait manifestement ça charmant de toute part, ces enfants qui exprimaient leur nécessaire liberté en babouillant, en bullant, en zézéyant, en disant tout ce qui leur passe par la tête, en tombant, et tout ça.
Je me disais, moi, tiens, voilà donc une idée particulière que d’emmener des enfants pour assister à un concert dans une église. La musique était particulièrement calme, et, voilà, je n’y peux rien, il me semblait de prime abord que je n’étais pas sensible au charme de la scène. Quelque chose me dérangeait. Il était pourtant clair qu’il était inutile de donner mon avis, ils étaient en surnombre et de toute façon, l’entièreté de l’église me seraient tombée dessus, les pierres y compris, moi qui suis sans descendance connue, je me permettrais de mettre un frein à cette merveilleuse expression, qui, suis-je donc sourd pour ne pas m’en rendre compte, s’accordait de manière naturelle avec le faible son que nous offraient deux musiciens et une chanteuse.
Tout était parfait. Jusqu’à ce qu’un des enfants du troupeau dise tout haut ce que quelques parents semblaient penser tout bas, à savoir « j’aime pas la musique ». Les mamans se ruèrent alors sur leur mioche alors que les pères enfonçaient les mains dans les poches de pantalons. L’église se remplit de « chhhhttt » à l’adresse des enfants. Certains se mirent à pleurer et furent emmenés à l’extérieur. Le calme régnait bientôt, on ne bougeait plus. On écoutait, je n’y peux rien non plus, religieusement.
C’est le moment que je choisis pour me lever et quitter l’église, le moment le moins approprié. Moi non plus, finalement, je n’aimais pas la musique.