Archive pour mai, 2006

31/05/2006

Ce matin, j’ai bien cru voir que ma crémière avait pris un coup. Un coup de vieux en plein dans l’œil. J’ai baissé la tête, et je lui ai souhaité, comme chaque jour de semaine, une  bonne journée de semaine. Elle n’a pas répondu, elle a sans doute rangé l’argent dans son tiroir car j’entendais, en quittant la boutique, des cling et des clang, des larmes de crocodile qui tombaient dans la caisse de la crémière.

Sur le trottoir, je me suis regardé dans la vitrine du magasin d’en face. Je me suis souhaité bien du courage, car sans doute, ce n’était pas la dernière fois qu'elle en prendrait pour son âge.

Dans le tram, j’ai ri en pensant à ma crémière. Je l’imaginais à l’ouvrage, dans la boutique de son libraire de mari. Comme elle est belle ma crémière, le temps d’un tout petit voyage.

30/05/2006

Haiku

Frotté, frotté sur le pavé
La semelle souillée
Pauvre pavé

30/05/2006

Haiku

Sur le trottoir, pressé par le temps
Même si cela porte chance
Pleurer d’avoir mis le pied dedans

29/05/2006

Ce matin, j’ai failli me jeter avec l’eau du bain. J’avais un gros nuage dans la tête et j’ai failli. Heureusement que j’ai les oreilles très décollées. Elles m’ont retenu au moment où ma tête allait passer, elle aussi, par petit trou d’évacuation. Tout le reste de mon corps est dans le tuyau, tout ce qui se trouve en dessous du nez. Je ne sens plus mes pieds ni mes genoux, parce que je suis coincé depuis ce matin, il est 16 heures. Je ne sais pas du tout comment ma femme va réagir. J’ai un peu peur car elle est capable de se faire couler un bain, sans se rendre compte de quoi que ce soit. Et ma bouche, coincée dans ce tuyau, je ne peux plus l’ouvrir, je ne peux pas parler. Je n’aurais pas dû m’inscrire à ces cours de yoga.

Quel rêve idiot. Je ne suis même pas marié.

27/05/2006

J’étais dans ce concert, donné dans une église. Il y avait une centaine de personnes. Plein d’enfants. J’allais écrire plein d’enfants aussi. Mais donc effectivement il y avait des enfants en plus de la centaine de personnes déjà comptabilisée. A l’arrière de l’église, les plus grands batifolaient, couraient, chipotaient aux saints, se cachaient dans les recoins du bâtiment. Entre la scène et le public, les plus petits se tenaient en troupeau et faisaient des bruits avec leur bouche, certains parlaient, à peine. De manière régulière, l’un d’entre eux s’échappait du groupe et courait vers un adulte, un parent sans doute, pour revenir ensuite se dandiner avec le reste de la meute. On trouvait manifestement ça charmant de toute part, ces enfants qui exprimaient leur nécessaire liberté en babouillant, en bullant, en zézéyant, en disant tout ce qui leur passe par la tête, en tombant, et tout ça.

Je me disais, moi, tiens, voilà donc une idée particulière que d’emmener des enfants pour assister à un concert dans une église. La musique était particulièrement calme, et, voilà, je n’y peux rien, il me semblait de prime abord que je n’étais pas sensible au charme de la scène. Quelque chose me dérangeait. Il était pourtant clair qu’il était inutile de donner mon avis, ils étaient en surnombre et de toute façon, l’entièreté de l’église me seraient tombée dessus, les pierres y compris, moi qui suis sans descendance connue, je me permettrais de mettre un frein à cette merveilleuse expression, qui, suis-je donc sourd pour ne pas m’en rendre compte, s’accordait de manière naturelle avec le faible son que nous offraient deux musiciens et une chanteuse.

Tout était parfait. Jusqu’à ce qu’un des enfants du troupeau dise tout haut ce que quelques parents semblaient penser tout bas, à savoir « j’aime pas la musique ». Les mamans se ruèrent alors sur leur mioche alors que les pères enfonçaient les mains dans les poches de pantalons. L’église se remplit de « chhhhttt » à l’adresse des enfants. Certains se mirent à pleurer et furent emmenés à l’extérieur. Le calme régnait bientôt, on ne bougeait plus. On écoutait, je n’y peux rien non plus, religieusement.

C’est le moment que je choisis pour me lever et quitter l’église, le moment le moins approprié. Moi non plus, finalement, je n’aimais pas la musique.

27/05/2006

Laura râle parce que l’amie du Tibet m’a envoyé, sur un morceau de tissu, du réconfort. Laura peste, sacrée Laura. Sacré Tibet. J’ai déposé le tissu à un mauvais endroit, sur un meuble, et je lui ai dit de rester patient, que rien n’était immuable. Le tissu a souri. Amie du Tibet a trouvé, dans un stock, sur le marché de Lhassa, un tissu sympathique qui a le sens de l’humour, qui a le sens de mon humour. Amie du Tibet a trouvé un tissu bien élevé, qui a sourit.

26/05/2006

J'ai perdu quelque chose dans un endroit secret. Je ne peux demander de l'aide à personne. Les femmes disent que les hommes cherchent mal. Mais si les femmes voyaient mon endroit secret, elles diraient plutôt "comment voulez-vous retrouver quelque chose dans un tel capharnaüm?".

26/05/2006

Ce matin, je voulais écrire, mais j’ai regardé le bout de mes doigts, et je n’y ai vu aucun talent. Ce soir, j’ai pressé les touches du clavier, je n’y ai trouvé que du bonheur. Pourtant, s’il y a un talent que je n’ai pas, c’est bien celui-là.

26/05/2006

Ma crémière à moi vend des journaux. Elle aurait sûrement rendue Laura très jalouse, à cause de son sourire. Quel sourire elle a ma crémière ! Tous les matins, je vais acheter un journal, et je me trouve face à la crémière, ou, en fonction des jours, en face de son mari, qui n’est pas crémier mais libraire. Quel idiot celui-là.

Ma crémière, je ne pense pas à elle en dehors de la librairie. Je ne l’emmène pas chez moi. Chez moi, c’est toujours Laura qui me rejoint. Parfois, je me dis que je ferais mieux de rêver de ma crémière. Qu’y puis-je ? C’est Laura qui décide.

26/05/2006

La minute de silence la plus longue de l’histoire des minutes  de silence s’est produite aujourd’hui. J’étais dans un cortège, sous la pluie. Nous marchions en mémoire de quelqu’un et contre quelque chose.

Nous nous sommes immobilisés. Un homme a demandé dans trois langues de respecter une minute de silence. D’abord en français, puis en néerlandais, puis en anglais, ce qui me fait penser que les francophones ont du se taire quelques secondes plus que les anglophones. Mais soit. La minute de silence en était au moins à 20 secondes quand je me suis rendu compte que mon GSM, qui était dans mon sac à dos, était allumé, et que s’il devait sonner, il ferait assurément beaucoup de bruit. Le moment était intense, et puis quand même, nous étions 20.000 à nous taire, et croyez-moi si vous voulez, c’était impressionnant. J’ai pensé à cette fille dont j’attends un coup de fil et je me suis dit que si elle appelait maintenant, franchement, ce n’était pas la peine, et que ça pouvait attendre, même une bonne semaine. C’est vrai que j’avais vérifié mon GSM 20 fois depuis le début de la marche, mais là, vraiment, je préférais qu’elle perde mon numéro, pour un moment en tous cas. La minute de silence a finalement duré un bon quart d’heure. C’est mon avis en tous cas. La pluie tombait de plus en plus fort et je regardais mes chaussures qui s'étaient immobilisées au milieu d'une flaque. Tout le monde priait pour cette personne pour laquelle nous étions tous là, moi je priais pour que la batterie de mon GSM fonde sous l’effet de je ne sais pas quoi. Le silence était terriblement pesant. J’imaginais déjà l’épitaphe, la foule allait me pendre pour sûr.

Le quart d’heure de silence a pris fin sans que mon GSM ne sonne. Mon ami a dit que c’était terriblement émouvant et j’ai répondu que c’était surtout terriblement long. Il m’a regardé bizarrement.

26/05/2006

- J’appelle à la barre le témoin numéro 2. Bonjour témoin numéro 2. Veuillez décliner votre identité.
- Je suis Aristophonice. Aristophonice l’ancien.
- Ah, vous avez un fils ?
- Non, c’est mon voisin. Il a appelé son fils du même nom que moi.
- Bien, je vois que vous vous entendez bien avec votre voisin.
- Non, au contraire, il a fait ça pour m’embêter, il reçoit mon courrier et lit mes extraits bancaires. J’ai déjà porté plainte deux fois mais il n’y a eu aucune suite. Je voudrais d’ailleurs saisir l’occasion…
- Monsieur Aristopophis, venons-en à notre affaire si vous voulez bien. Connaissiez-vous Polynice ?
- Oui, très bien. Nous étions ensemble à l’école secondaire. C’était un ami. Je sais qui il était. Je sais ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait, comme tout le monde.
- Et qu’en pensiez-vous ?
- Que voulez-vous dire ?
- Et bien, que pensez-vous de ce qu’il a fait et pas. Enfin, comme vous disiez.
- Moi, je ne fais pas de politique. Mon voisin par contre…
- Très bien. Que faisiez-vous hier soir.
- Hier soir ? Je suis allé chez des amis. Des amis qui habitent dans une autre rue.
- Très bien. Et qu’y avez-vous fait, chez ses amis ?
- Nous avons mangé. Du flan de saumon au coulis de concombre.
- D’accord, d’accord. Sur votre chemin, il semble que vous ayez croisé deux soldats. Que vous ont-ils dit ?
- Ils m’ont dit que Polynice et Etéocle étaient morts dans les bras l’un de l’autre. Et que Polynice était laissé sans sépulture entre les cyprès, sur la colline au nord de la ville, pour payer son crime.
- Qu’avez-vous répondu.
- Rien. De leur histoire, j’en ai pris bonne note. Je ne fais pas de politique, comme je vous l’ai déjà dit me semble-t-il. Et j’ai beaucoup de respect pour les militaires. Je me suis juste demandé pourquoi on laissait pourrir ce corps là où, bientôt, avec le printemps, les enfants iront jouer.
- Je pensais que vous ne faisiez pas de politique Monsieur Aristidophis ?
- Les jeux des enfants, ce n’est pas de la politique.
- Cela dépend. A quoi jouent-ils ces enfants ?
- A chat perché. A la marelle. Ils chantent aussi.
- Rien de bien méchant.
- Voilà, rien de bien méchant, sauf peut-être les enfants de mon voisin qui jouent avec un arc et des flèches. Mais pourquoi a-t-on mis là le corps de Polynice ?
- Nous non plus, nous ne faisons pas de politique Monsieur Artétopolice. Ce que je voudrais savoir, Monsieur, c’est pourquoi vous n’avez pas décidé de prendre votre courage à deux mains, et d’aller couvrir le corps de votre ami.
- Mais j’étais attendu à dîner. Du flan de saumon au coulis de concombre. Et mon ami est très à cheval sur les horaires. Je ne dis pas que je n’y ai pas pensé, mais je ne l’ai pas fait, sinon je serais aujourd’hui aux côtés de sa sœur, et ça, je ne le voudrais pour rien au monde, il paraît qu’elle n’est pas facile. Je me suis quand même demandé si je n’irais pas bouger le corps, qu’est-ce que ça peut leur faire finalement. Les vautours, ça vole. Pas les enfants. Bien que, ceux de mon voisin…

25/05/2006

- J’appelle à la barre le témoin numéro 1. Bonjour témoin numéro 1, avancez, que votre visage soit dans la lumière. Encore un pas en avant s’il vous plait. Un à gauche. Merci. Témoin numéro 1, veuillez décliner votre identité.
- Je m’appelle Emistophylène.
- Ma foi.
- Mes proches m’appellent Misto.
- Approchez-vous alors. Dites-nous Misto, je peux vous appeler Misto ? Connaissiez-vous le dénommé Etéocle. Heu, non, Polynice, c’est ça ?
- Oui, je le connaissais. Etant petit, nous étions dans la même équipe de foot. Il ne jouait pas très bien. On l’avait mis à la caisse.
- A la caisse ?
- Au goal.
- Ah. Et ?
- Ben rien. Il encaissait beaucoup. Moi je l’aimais bien, mais quand même il encaissait beaucoup.
- Vous l’aimiez bien. Très bien. Dites-nous Misto ce que vous faisiez hier soir.
- Ben, je faisais rien, je regardais la télé.
- Ah. Très bien cela. Y avait-il quelque chose d’intéressant à la télé ?
- Non, pas particulièrement. En fait, j’ai lu dans le journal qu’une détonation avait retenti au commissariat. Navarro était sorti de son bureau et avait été jusqu'aux vestiaires: un policier en uniforme gisait sur le carrelage, tenant encore son arme de service. Il s'appelait Garel. C'était un flic comme les autres, Monsieur le Président. Un brigadier, marié, père de deux enfants. Mais il s'est suicidé sur son lieu de travail. Quelques heures après, Shao-Lynn, une belle Asiatique, était entrée au commissariat et avait demandé à parler à Garel Monsieur le Président. En lisant le résumé, j’ai pensé, qui est cette Shao-Lynn ? Que veut-elle à Garel ? Et je savais que je devais voir cet épisode, sans quoi, je n’aurais pas pu fermer l’œil. Vous pensez, un flic qui meurt dans un commissariat.
- Je comprends. D’ailleurs vous me raconterez tout ça après l’audience, j’ai moi aussi le sommeil léger. Donc, malgré le lien étroit qui vous liait à la victime, enfin, je veux dire, au mort, vous n’avez pas tenté de le recouvrir. De lui offrir une sépulture, je veux dire.
- Ben, non, c’était interdit. Donc je suppose qu’il y avait une bonne raison. Et puis c’est pas mon problème. Moi j’ai un mauvais sommeil, et si je dors mal, le lendemain, j’ai mal à la tête. Et c’est pas Polynice qui va m’apporter une aspirine. Et puis, ici, tout le monde parle de Polynice, mais Garel, qui pense à lui ?
- Vous pouvez vous retirer Monsieur Misto.

24/05/2006

- Tu aurais pu te faire une raison, Antigone. Se faire une raison, n’est-ce pas la plus grande preuve de courage ? Tu aurais pu ne penser à rien. Te coucher dans un transat, au soleil, lire un roman facile. Et si tu ne pouvais pas rester les bras balants, Tu aurais pu te trouver ailleurs, trouver autre chose à faire, avoir des responsabilités, un rendez-vous. C’est ce que nous avons tous fait, Antigone. Crois-tu que ça nous plaît ? Tu crois que nous faisons ça pour nous amuser ? Nous n’intervenons pas pour notre plaisir sans doute ? Mais que faire Antigone ? Rien à faire, voilà, rien à faire, et tu le sais mieux que nous maintenant, tu as dû à peine jeter une poignée de terre sur le torse de ton frère. A peine ce que contient la main d’une femme. Car voilà ce que tu es, Antigone, une femme, tu ne devrais pas l’oublier. Tu aurais pu dire, je suis une femme, ce sont des histoires d’hommes, je n’y peux rien, je suis sage et posée, je ne me mêle pas de ces bêtises, et je respecte la loi des hommes. Tu le dirais bien ça maintenant, non ?
- Non, même si tu as raison, homme, je suis une femme. Je suis une femme, mais j’ai deux bras et deux jambes, n’est-ce pas ? Avais-je une seule bonne raison de laisser mon frère nu comme un ver à la merci des rapaces ? Que signifie se faire une raison ? La vérité, homme, c’est que tu as manqué de courage. Et que ceci ne colle pas avec ce qui est écrit dans les livres, fier guerrier. Es-tu furieux, petit juge, parce que je suis une femme et que tu voudrais être à ma place ? Que vas-tu faire maintenant ? Me couper la tête ?

23/05/2006

C’est demain dans 3 minutes. J’essaye de retenir ce jour-ci mais il va me glisser entre les doigts. Comme toujours, j’ai peur au moment d’aller dormir, et je pense à Laura. Quelle garce cette Laura. Elle fait déjà chauffer l’eau pour le thé.

21/05/2006

Voilà, ça y est. Jean et Marie. C’étaient mes derniers amis ici. Moi je suis resté, bien sûr. Le magasin. Et je m’emmerde. Je m’emmerde c’est terrible. Bonjour madame. Au revoir madame. Bonjour monsieur. Au revoir monsieur. Il y en a un peu plus, je vous les mets ? Je vous les mets madame ?

Les jours fériés et les dimanche, j’écoute de la musique triste à l’arrière du magasin. Ca marche bien, je déprime. J’attends. J’attends que quelqu’un passe. Je ne sais pas quoi, un client. Une cliente si possible. Blonde si possible. Elle entrerait et me verrait, mais moi, pas un homme dans un bleu de travail. Je lui dirais il y en a un peu plus madame je vous les mets ? Et elle dirait oui, oh oui.

Et voilà, ce serait la belle vie, au bord de la route qui va vers là où sont partis tous mes amis. Ils reviendront un jour, ils me verront avec ma blonde cliente. La belle vie.

18/05/2006

Un petit robinet tout rouillé a cessé de couler. Fini le petit "plic ploc" au fond de la cour. Les oiseaux qui venaient boire de son eau sont perdus. Ils attendent l'eau qui tombait au fond d'un seau, mais plus rien ne sort du tuyau. Ils trouveront sûrement une autre source, mais, on ne sait pas pourquoi, ils viendront encore parfois se percher sur le petit robinet rouillé.

15/05/2006

Sur un banc, on m’avait raconté l’histoire suivante, un conte du futur, au creux de l’oreille, et avec beaucoup plus de talent : en deux mots, un jour, l’armée des marionnettes monterait sur des barricades qu’elle aurait construite avec des tables et des poutres de bois prises dans les appartements. Les marionnettes  bloqueraient les rues de la cité. Elles chanteraient et danseraient, jusqu'au petit matin. Mais finalement, elles se prendraient dans leur fils, leurs propres fils. Les marionnettes perdraient la bataille, et tout ce qui leur resterait alors serait la gloire. Ah, la gloire.

« Courageux lanciers, frères, camarades, vous qui avez marché sur le corps de vos compagnons tombés à vos pieds sous les balles, vous qui, ramassant leur étendard, avez forcé les portes de l’enfer pour y pénétrer le cœur léger, sûr de vos conquêtes, venez maintenant vous coucher au pied du trône, sans oser vous y asseoir, mais prêt à trancher la tête au premier roi venu. Je suis sûr de vous. »

13/05/2006

Dans le bus, Laura avait passé le bras autour de mon cou. Elle m’avait glissé dans l’oreille une langue pointue et froide, j’en avais frémi de la tête au pied. Voilà donc ma dernière heure venue, dans les bras de Laura. Autour de nous, personne ne voyait ce qui se jouait, à cet instant. L’angoisse, Laura, s’infiltrait en moi. L’angoisse s’inflirtait.

C’est comme si j’avais craint de mourir vautré sur Laura, que se referme sur moi ses bras soyeux. Et une seconde plus tard, c’est comme si j’avais craint que sa voix ou ses yeux ne me raniment peu à peu, que la vie me reprenne, et qu’assis à côté de Laura, je replonge dans l’effroi.

Non, Laura, que la vie me reprenne, d’accord, mais alors loin de toi. Que je ne sache pas.

13/05/2006

- Entre Antigone, tu n’as ici que des amis. Sois sans crainte.
- Je n’ai pas peur.
- Alors avance, Antigone. Avance, que ton visage soit dans la lumière.
- Que voulez-vous à mon visage ? Sommes-nous au marché ou au tribunal ?
- Tu es au tribunal, tu le sais bien, et il est bien normal que tes juges te voient. Je vais commencer par te lire l’acte d’accusation qui a été rédigé à ton encontre. Antigone, tu es accusée d’avoir tenté de recouvrir le corps d’Etéocle, heu, non, de Polynice, c’est ça ? Oui de Polynice, connu de tous ici, traître à la patrie, alors qu’un édit avait été promulgué par Créon qui interdisait qu’on lui donne une sépulture.
- C’est pour me dire avec peine ce que j’ai fait, ce que je vous ai moi-même raconté bien plus clairement, que vous m’avez fait venir ici ?
- Antigone, connaissais-tu cet édit ?
- Oui.
- Te rends-tu bien compte de ta situation ? Ton Oncle, le roi Créon, est lui-même mis en difficulté par ton comportement.

13/05/2006

Je remets aujourd’hui le nez à la fenêtre. J’ai le nez fort long et un oiseau est venu se percher dessus. Il sert de ses petites pattes crochues la chair de mon museau.