25/05/2006

- J’appelle à la barre le témoin numéro 1. Bonjour témoin numéro 1, avancez, que votre visage soit dans la lumière. Encore un pas en avant s’il vous plait. Un à gauche. Merci. Témoin numéro 1, veuillez décliner votre identité.
- Je m’appelle Emistophylène.
- Ma foi.
- Mes proches m’appellent Misto.
- Approchez-vous alors. Dites-nous Misto, je peux vous appeler Misto ? Connaissiez-vous le dénommé Etéocle. Heu, non, Polynice, c’est ça ?
- Oui, je le connaissais. Etant petit, nous étions dans la même équipe de foot. Il ne jouait pas très bien. On l’avait mis à la caisse.
- A la caisse ?
- Au goal.
- Ah. Et ?
- Ben rien. Il encaissait beaucoup. Moi je l’aimais bien, mais quand même il encaissait beaucoup.
- Vous l’aimiez bien. Très bien. Dites-nous Misto ce que vous faisiez hier soir.
- Ben, je faisais rien, je regardais la télé.
- Ah. Très bien cela. Y avait-il quelque chose d’intéressant à la télé ?
- Non, pas particulièrement. En fait, j’ai lu dans le journal qu’une détonation avait retenti au commissariat. Navarro était sorti de son bureau et avait été jusqu'aux vestiaires: un policier en uniforme gisait sur le carrelage, tenant encore son arme de service. Il s'appelait Garel. C'était un flic comme les autres, Monsieur le Président. Un brigadier, marié, père de deux enfants. Mais il s'est suicidé sur son lieu de travail. Quelques heures après, Shao-Lynn, une belle Asiatique, était entrée au commissariat et avait demandé à parler à Garel Monsieur le Président. En lisant le résumé, j’ai pensé, qui est cette Shao-Lynn ? Que veut-elle à Garel ? Et je savais que je devais voir cet épisode, sans quoi, je n’aurais pas pu fermer l’œil. Vous pensez, un flic qui meurt dans un commissariat.
- Je comprends. D’ailleurs vous me raconterez tout ça après l’audience, j’ai moi aussi le sommeil léger. Donc, malgré le lien étroit qui vous liait à la victime, enfin, je veux dire, au mort, vous n’avez pas tenté de le recouvrir. De lui offrir une sépulture, je veux dire.
- Ben, non, c’était interdit. Donc je suppose qu’il y avait une bonne raison. Et puis c’est pas mon problème. Moi j’ai un mauvais sommeil, et si je dors mal, le lendemain, j’ai mal à la tête. Et c’est pas Polynice qui va m’apporter une aspirine. Et puis, ici, tout le monde parle de Polynice, mais Garel, qui pense à lui ?
- Vous pouvez vous retirer Monsieur Misto.

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