26/05/2006

- J’appelle à la barre le témoin numéro 2. Bonjour témoin numéro 2. Veuillez décliner votre identité.
- Je suis Aristophonice. Aristophonice l’ancien.
- Ah, vous avez un fils ?
- Non, c’est mon voisin. Il a appelé son fils du même nom que moi.
- Bien, je vois que vous vous entendez bien avec votre voisin.
- Non, au contraire, il a fait ça pour m’embêter, il reçoit mon courrier et lit mes extraits bancaires. J’ai déjà porté plainte deux fois mais il n’y a eu aucune suite. Je voudrais d’ailleurs saisir l’occasion…
- Monsieur Aristopophis, venons-en à notre affaire si vous voulez bien. Connaissiez-vous Polynice ?
- Oui, très bien. Nous étions ensemble à l’école secondaire. C’était un ami. Je sais qui il était. Je sais ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait, comme tout le monde.
- Et qu’en pensiez-vous ?
- Que voulez-vous dire ?
- Et bien, que pensez-vous de ce qu’il a fait et pas. Enfin, comme vous disiez.
- Moi, je ne fais pas de politique. Mon voisin par contre…
- Très bien. Que faisiez-vous hier soir.
- Hier soir ? Je suis allé chez des amis. Des amis qui habitent dans une autre rue.
- Très bien. Et qu’y avez-vous fait, chez ses amis ?
- Nous avons mangé. Du flan de saumon au coulis de concombre.
- D’accord, d’accord. Sur votre chemin, il semble que vous ayez croisé deux soldats. Que vous ont-ils dit ?
- Ils m’ont dit que Polynice et Etéocle étaient morts dans les bras l’un de l’autre. Et que Polynice était laissé sans sépulture entre les cyprès, sur la colline au nord de la ville, pour payer son crime.
- Qu’avez-vous répondu.
- Rien. De leur histoire, j’en ai pris bonne note. Je ne fais pas de politique, comme je vous l’ai déjà dit me semble-t-il. Et j’ai beaucoup de respect pour les militaires. Je me suis juste demandé pourquoi on laissait pourrir ce corps là où, bientôt, avec le printemps, les enfants iront jouer.
- Je pensais que vous ne faisiez pas de politique Monsieur Aristidophis ?
- Les jeux des enfants, ce n’est pas de la politique.
- Cela dépend. A quoi jouent-ils ces enfants ?
- A chat perché. A la marelle. Ils chantent aussi.
- Rien de bien méchant.
- Voilà, rien de bien méchant, sauf peut-être les enfants de mon voisin qui jouent avec un arc et des flèches. Mais pourquoi a-t-on mis là le corps de Polynice ?
- Nous non plus, nous ne faisons pas de politique Monsieur Artétopolice. Ce que je voudrais savoir, Monsieur, c’est pourquoi vous n’avez pas décidé de prendre votre courage à deux mains, et d’aller couvrir le corps de votre ami.
- Mais j’étais attendu à dîner. Du flan de saumon au coulis de concombre. Et mon ami est très à cheval sur les horaires. Je ne dis pas que je n’y ai pas pensé, mais je ne l’ai pas fait, sinon je serais aujourd’hui aux côtés de sa sœur, et ça, je ne le voudrais pour rien au monde, il paraît qu’elle n’est pas facile. Je me suis quand même demandé si je n’irais pas bouger le corps, qu’est-ce que ça peut leur faire finalement. Les vautours, ça vole. Pas les enfants. Bien que, ceux de mon voisin…

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