23/06/2006

Si on m’avait donné des ailes, j’aurais voulu voler comme ceux-là.

Chaque matin, en montant sur la crête, je les cherchais du regard. A certains moments, je courais littéralement dans des nuages de papillons. Je n’en avais jamais vu autant. Moi qui crains les bêbêtes comme la peste, je me surprenais à me lever plus tôt pour aller regarder les papillons là-haut. J’affrontais les criquets qui dans leur panique vous volent dans les ailes, les lézards insaisissables (heureusement), les araignées énormes, très grosses disons, les guêpes et les abeilles dont j’ai véritablement horreur. Pour les armées de papillons.

Couche toi et ne bouge plus, que je vienne me poser sur ton bras, et par après, souviens-toi de moi.

J’étais particulièrement sensible à l’idée qu’un papillon ne vivant qu’une journée, je voyais chaque jour de nouveaux papillons. Des papillons vert et jaunes avaient plus particulièrement attiré mon attention. Les premiers jours, je les avais déclaré les plus beaux. Le jaune vif du haut des ailes et le vert très pâle du bas formaient un alliage incroyable. Mais après quelques jours, j’ai jeté mon dévolu sur un autre papillon. Ses ailes étaient noires et bleu clair. Le contraste des couleurs était si puissant que cela donnait l’impression d’un travail de grande précision, un dessin à l’encre de Chine réalisé par une main d’une grande sûreté. J’ai baptisé mon papillon Thomas. Il y avait peu de Thomas. Leur relative rareté rendait la rencontre encore plus jouissive.

De moi, ce que tu prends, prends-le vraiment

En reprenant la route vers encore plus haut, le temps était radieux, comme à son habitude depuis que j’étais arrivé. J’avais décidé d’emprunter les routes nationales et de ne monter sur l’autoroute qu’après Montpellier.  Je roulais lentement en goûtant une dernière fois au magnifique paysage des Sévènes. Alors que je me trouvais bien prudent, un Thomas est venu s’écraser sur le pare-brise. Il est resté prisonnier d’un essuie-glace. Je voyais ses ailes magnifiques vibrer au vent. J’aurais pu m’arrêter et le détacher doucement. Mais je n’en ai pas eu le cœur, et j’ai simplement actionné les balais. Thomas est parti pour un dernier vol, nettement moins gracieux celui-ci.

Et garde-le en toi. En échange, souviens-toi de moi un instant

Je m’en voulais terriblement, j’avais pris une vie, et à un être en pleine jeunesse, il était à peine quelques heures dans la vie du papillon. Je me suis inquiété pendant quelques centaines de mètres. J’ai pensé m’arrêter, mais pour faire quoi exactement. Heureusement, j’ai continué, parce que derrière le virage, il y avait les collines et le ciel, et plus loin, le village. Alors, j’ai pensé à autre chose. En échange, je me suis juré d'écrire ce petit texte.

Couche toi et ne bouge plus, que je vienne me poser sur ton bras,
et par après, souviens-toi de moi.
De moi, ce que tu prends, prends-le vraiment
Et garde-le en toi.
En échange, par après, souviens-toi de moi un instant
Et puis

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