Je ne vous ai jamais dit, et pour cause, ça n’a aucun intérêt, que j’avais peur des chiens. Un d’entre eux m’a plaqué au sol alors que je ne m’étais pas dressé depuis bien longtemps sur mes pattes, et j’ai gardé de cet acte très peu sport un véritable effroi du chien.
Ce matin, en baladant mon corps, j’ai vu dans le parc une dame qui en promenait un, ridiculement petit. Il avait des pattes très courtes et se dandinait piteusement, se frayant un chemin à travers les herbes qui lui caressaient le ventre. Elle l’a appelé, « Pedro », car il traînait, et peut-être après tout que cette dame avait des choses à faire. Pedro. Un chien qui parle espagnol ! Faut-il qu’il soit intelligent ! Avais-je déjà vu ce chien espagnol quelque part ? L’avais-je vu affronter un taureau furieux dans une arène noyée de soleil ? M’avait-il coupé les cheveux dans un village blanc et bleu, face à la mer ? Son aïeul avait-il forcé les voies de la fortune en mettant à genoux de fiers indiens d’Amérique (face aux caméras) ?
Le fait est que je n’ai pas eu peur du petit chien. Je me suis même penché vers lui, et après un délai nécessaire à des présentations en bonne et due forme, j’ai tendu la main vers lui pour le caresser, ce qui était une mauvaise idée puisque le petit chien, évidemment, m’a mordu, refusant ensuite de lâcher ma main. J’ai dû frapper plusieurs fois le chien contre un arbre avant qu’il ne lâche prise. Ayant récupéré ma main, j’ai pu la foutre en travers de la gueule de la dame qui me frappait lourdement sur la tête avec son parapluie (il ne pleuvait malheureusement pas, et elle n’avait donc rien de mieux à faire avec l’ustensile).
A partir d’aujourd’hui, j’aurai donc aussi peur des dames, je ne les caresserai plus et je me demande qui je pourrai encore caresser. Pour l’heure, je n’ai pas de réponse et je regarde un match de foot à la télévision.