Archive pour juillet, 2006

31/07/2006

Roberto est né Dieu sait où. Dans un nid de cendres ou dans un nid de plumes. Dans une ville en guerre ou au fond d’un bois silencieux. Dieu sait, mais il ne dit rien à Roberto. Tous les soirs, après la journée dans le monastère, Roberto s’agenouille devant le cadre de bois. Il demande à Dieu qu’il lui rende sa mémoire. Il ne demande pas les gens, pas la mère, ni le père, ni les oncles ou les tantes. Il ne demande pas l’époque ou l’âge.

Je demande le lieu. Les odeurs, les couleurs.
Je demande le vent sur le chemin de ma maison.

suite

29/07/2006

Jason était un adulte depuis plusieurs jours déjà. Et depuis quelques temps, il avait un problème auquel il avait donc décidé de faire face : Jason avait un caillou dans sa godasse.

suite

28/07/2006

14 heures 16. Je suppose que ce sont les mains dans les poches qui font ça, que c’est pour ça qu’elles me regardent comme si elles allaient me dévorer. Je suis un dessert. Apparemment, mon attitude à des effets qui dépassent mes espérances. Dommage que la jolie ne soit pas dans le quartier, elle serait prise avec toutes les autres dans le tourbillon du désir. Dans ce bar, je fais face à trois femmes qui me veulent, je fais face à leur faim de moi, et ça ne fait que renforcer la tension qu’elles ressentent envers ma personne.

14 heures 32. Est-ce qu’elles louchent toutes les trois, et pourquoi ne me suis-je pas retourné plus tôt ? J’aurais vu ce costaud. C’est lui qu’elles regardent, et pas moi, je suis dans l’ombre de cet amateur de gonflette. J’exécuterais bien quelques pompages, là, devant tout le monde, mais comment faire avec les mains dans les poches ?

27/07/2006

Thomas avait lu ça dans un livre du grenier, «l’eau a coulé sous les ponts». Il a demandé ce que cela voulait dire. De son grand-père, il a appris qu’avant, les rivières n’étaient pas toutes couvertes de bitume. Sa grand-mère lui a expliqué qu’avant, les rivières aussi passaient sous les ponts, comme les voitures aujourd’hui et sa mère lui a dit que leurs eaux étaient parfois claires, et elle a imité le son de la rivière. De son père, il a entendu que son arrière grand-père y nageait, pas loin de la ville.

Thomas est parti ce matin avec sa bouée en forme de canard autour de la taille. Il est allé sur le pont de l’autoroute. Il est monté sur la balustrade de sécurité et s’est tenu là, toute la journée, en équilibre, regardant tout en bas, la route.

Chaque chose en son temps dit le père à Thomas, chaque chose à sa place dit sa mère, chaque chose dit son grand-père. La grand-mère ne dit rien, elle prend le petit garçon sur ses genoux en essuyant ses larmes. Tout le monde est très nerveux. Il est rentré tard avec un petit sourire sur le visage.

Demain, il retournera là-bas, regarder l’eau qui passe sous le pont, parce qu’il est bien d’accord, chaque chose, chaque chose à sa place, en son temps, et tout ça.

24/07/2006

A l’est de la banquise, dans le blizzard, un petit pingouin, les petits bras derrière le dos, fait un cercle de 200 mètres de diamètre. Il suit ses propres pas croyant être sur la trace de sa famille. A force de tourner, un chemin se creuse, dans la neige, dans le vent, le petit pingouin tourne en rond, il se poursuit sans jamais se rattraper.

Je n’ai pas envie de rire. Je pense à ce petit pingouin, c’est moi, je marche avec les bras croisés dans le dos. Je me cours derrière, et c’est inutile, n’est-ce pas ? Mais je me comprends aussi, à force de ne pas me rencontrer, de m’éviter, j’ai fini par perdre patience, et je me file, même si je sais que c’est peine perdue.

Hier, je suis rentré dans un taxi, je lui ai demandé de suivre une voiture, la mienne, qui était garée un peu plus loin. Le type s’est retourné et m’a demandé de sortir. Si vous croyez qu’on a que ça à foutre, qu’on n’a pas assez de problèmes comme ça.

23/07/2006

A la fin de juillet 2003, j’étais véritablement désespéré. Je ne savais pas quoi faire pour changer une situation qui n’était ni bonne, ni mauvaise, mais qui m’oppressait. Je ne voyais aucune direction. L’horizon était fermé et par ailleurs à peine distant d’un mètre de moi, je le touchais du doigt. Il était chaud et moite. C’était une palissade blanche, vieillie par le temps. La peinture était craquelée et des gouttes d’humidité s’étaient accumulées sur le bois, coulaient le long des planches.

J’ai tenté de m’effacer avec une gomme pendant une nuit entière, une nuit d’orage. J’ai frotté la matière molle contre mon torse, mes bras, mes jambes et sur mon visage, pendant des heures, pour faire disparaître les traits de ce qui m’encombre tant, c’est de moi que je parle. En faisant aller et venir, sur la peau, la gomme blanche, j’ai pensé que je disparaissais, que seule mon angoisse resterait là, au matin, dans les draps. Qu’elle tremperait le lit et qu’on chercherait en vain Lucien sur la terre entière, qui a sué une dernière fois dans son lit avant de partir à l’aventure, qui l’eut crû ?

Le matin, dans le miroir, j’ai reconnu mon échec. J’avais les traits tirés, bien nets. J’étais toujours là, et manifestement, je prenais de la place. Au miroir, j’essaye de dire quelque chose. Miroir, si tu savais ce que je veux te dire, tu prendrais peur. Le miroir est tombé sur le sol, à mes pieds, et le verre est parti en étoile sur le plancher de la salle de bains. Je suis entouré du verre du miroir et je ne sais dans quelle direction aller. Chaque pas, chaque route, sera sanglante. Et pourtant, il faudra bien marcher, sur le verre, au matin, bien avant le café, se désinfecter, bander le pied, sentir la douleur, quelque soit la direction, mordre ses lèvres, sous la peine, où que j’aille, le miroir me rentrera dans la plantes des pieds, sur chaque route je connaîtrai la douleur, jusqu’au lit qui m’accueillera, les pieds enveloppés, le front suant, en plein été.

Personne ne cherche Lucien aujourd’hui. Personne ne cherche Lucien, nulle part, et pourtant, Lucien est bien là, et on pourrait le trouver.

22/07/2006

C’est un jeu idiot auquel je joue parfois, un jeu rigolo, mais idiot. Un jeu que je joue avec un enfant. Celui qui se cache si peu à la surface de moi.
Quand j’ai fini, elle, elle appuie la main sur mon front et me pousse sur le dos, elle me dit que je fuis. C’est un peu de sa paume sur moi qui me rejette en arrière.

Bob – Regarde Laura, c’est le morceau de papier que j’ai froissé dans ma main tout le jour, quand tu es partie, celui sur lequel tu avais écrit « Je reviens ».

Laura – Oh !

Bob – Oui, c’est le morceau de papier sur lequel tu avais écrit « Je reviens », je l’ai gardé dans ma main toute une journée parce que je sentais que quelque chose clochait. Que je ne te reverrais plus ou quelque chose comme ça.

Laura – Oh !

Bob – Oui. Je l’ai rangé le soir même dans le tiroir du petit bureau, celui que tu aimais tant, le bureau je veux dire, pas le tiroir, et peut-être l’aimes tu encore, lui, le bureau.

Laura – Oh !

Bob - Je n’avais jamais osé reprendre ce morceau de papier en main. A vrai dire, je n’osais plus ouvrir ce tiroir ce qui était problématique parce que, comme tu sais, ou savais, je ne sais pas, j’y rangeais les papiers de la maison et d’autres documents administratifs importants, et heureusement, je n’ai jamais dû en retrouver un parce que, vois-tu Laura, je ne sais pas ce que j’aurais fait.

Laura – Oh !

Bob – Tu as le hoquet Laura ?

Laura – Non. Je t’écoute. Je t’écoute Bob.

Bob – Ah. Quand je passais à côté du bureau, parfois j’entendais ta voix qui me disait «je reviens». J’aurais du jeter ce morceau de papier mais il était là dans le tiroir et je n’osais plus l’ouvrir, ce tiroir. J’ai eu de la chance de ne devoir jamais ouvrir ce tiroir malgré quelques factures impayées, mon Dieu, tu sais comme je suis, un peu désordonné. Tu sais n’est-ce pas ? Je veux dire tu t’en souviens ?

Laura – Je crois oui, les chaussettes dans le tiroir des chemises.

Bob – Ah. Oui, ça aussi. C’est vrai, tu as raison, tu as toujours eu raison, n’est-ce pas Laura ? Je ne sais pas si c’est bien.

Laura – Quoi ? Mais je pars alors.

Bob – Non, reste.

Laura – Non, je pars, c’est vrai tu as raison, on ne doit pas se revoir, ça ne mène à rien, qu’est-ce que ça change ? Tout ça me rend folle.

Bob – Ca change, non ? Moi, ça change.

Laura – Oh !

Bob – Ton hoquet. C’est nouveau ça ton hoquet par exemple. Moi, j’ai appris les claquettes, regarde. Hop, hop, hop.

Laura – Tu as le hoquet? Pardon, je n’ai pas pu m’en empêcher.

Bob – J’ai appris dans un cours du soir, un atelier hebdomadaire, tu sais, j’étais le seul mec, et bien, je n’étais pas le plus nul. Hop, hop, hop.

Laura – Oh !

Bob - Je n’en ai plus fait depuis longtemps, ça tue. Tu veux boire quelque chose ?

Laura – Non merci. Je vais y aller.

Bob – Déjà ? Mais tu es à peine arrivée !

Laura – Je n’aurais pas du venir Bob.

Bob – Ah, tu crois. Je ne sais pas. Ca change quand même.

Laura – Oui, ça change, en effet. Tu as raison.

Bob – Tu veux dire, pas dans le bon sens.

Laura – C’est quoi le bon sens ?

Bob – Tu veux reprendre le petit mot ? Tu finis toujours par repartir, finalement.

Laura – Je pensais.

Bob – Oui, oui, moi aussi.

21/07/2006

Bob - Ma tante, elle disait: “dessiner, c’est un art. Savoir arrêter, c’est un art aussi”. Ca veut dire, dessiner, c’est difficile. Arrêter de dessiner au bon moment, c’est difficile aussi. Pour ne pas surcharger le dessin quoi. Se dire, voilà, c’est fini, c’est ça, c’est ça que je vais accrocher au mur. Aimer, c’est difficile. Arrêter d’aimer correctement, c’est tout un art.

Camille – Ca y est, le ton est donné. Merci beaucoup pour cette intervention.

Bob – Je ne dis pas quitter, oui, quitter c’est difficile aussi, mais bon, je veux dire, arrêter d’aimer, aimer vraiment, arrêter de vraiment aimer, vraiment arrêter d’aimer, voilà, vraiment arrêter d’aimer, c’est terriblement difficile.

Camille – Je ne parle pas de musique. Je parle de lui. De nous. Je dis, le ton est donné. On ne va pas pouvoir dire qu’on a été surpris. Parce qu’on sait déjà maintenant ce qui va se passer. On ne pourra pas se plaindre, le cours de la rivière est déjà tracé avant même que la source ait jailli. Oh putain !

Bob – Tu me fais bien rire.

Camille – Toi aussi.

Bob – Tu as peur.

Camille – C’est ça. Toi aussi.

Bob – Quand j’aurai fini mon histoire, tu seras bien obligé d’admettre que la rivière pouvait se barrer dans n’importe quelle direction.

Camille – Toi aussi.

19/07/2006

A cette époque, je n’avais pas grand-chose pour moi. A vrai dire, je n’avais que la rage, et encore, ma rage à moi, elle était plutôt légère, et passagère. J’en étais très conscient. De n’avoir que ça je veux dire, que si peu pour moi.

Vers 12 ans, au collège, j’ai cherché à plaire aux filles en prenant des airs ténébreux, mais j’étais vraiment trop banal d’aspect, voire laid. Mes oreilles, particulièrement, me desservaient, ruinant toute approche. Dès l’âge de 14 ans, je me suis rendu compte que les filles m’évitaient poliment. Que rien en moi, jamais, n’y changerait quoi que ce soit. J’en étais là, à me détester, à éviter de croiser le regard méprisant des miroirs, à maudire les vitrines de magasins qui reflétaient mon image aux milieux des objets désirables. J’attendais impatiemment l’hiver et mon bonnet. Le doux nid de laine qui cachait mes petites ailes, quelques heures par jour.

(suite)

18/07/2006

Tiiiiirez, pliiiiez, tiiirez jusqu’à la pointe, pliiiiez, pliiiiiez. Voilà, j’ai fait un avion en papier. Encore une soirée perdue à ne rien faire. A penser à tant de choses, trop de choses. Pour certains, une seule suffit, une seule chose, à moi, il faut tout à la fois et donc rien. Une soirée passée, ce que je hais cette pensée. Parfois, à côté de chez mon oncle, une dame est assise devant la maison. Elle me dit « ça fait passer le temps ». Ca me déprime terriblement.

Je jette mon avion depuis le balcon, j’habite dans un appartement très très haut (j’ai le vertige), et l’avion descend lentement. Une merveille de technologie. Il passe le coin de l’immeuble et disparaît, une mouche est à deux doigts d’entrer dans ma bouche ouverte, l’avion revient, un peu plus bas, dans l’ombre de l’immeuble d’en face. Il descend encore et se pose doucement sur le carré de pelouse d’un jardin. J’ai passé un peu de temps.

Je me dis que si un enfant l’avait ramassé et puis jeté à son tour, j’aurais passé un peu plus de temps, mais ça, ça ne peut pas se produire. Pas quand c’est moi qui pilote l’avion. Ah, tout ce plaisir, quel temps perdu.

18/07/2006

J’ai peur. Je suis tétanisé. Je sens la bête en moi, et pourtant je ne bouge pas, je n’esquisse pas le moindre mouvement, et tout se passe dans ma tête, car c’est mon cerveau qu’elle dévore. Comme la rage serait douce si elle venait à moi.

18/07/2006

J’ai peur. Si j’agis, si je détruis, si je hurle, c’est pour me défaire de cette horrible bête qui me  ronge les tripes, que je voudrais vomir. La rage est mon seul refuge.

16/07/2006

3 jours avant de me quitter, Laura m’avait dit qu’elle m’aimait jusqu’au bout des ongles. J’avais répondu c’est dommage je les ai coupé hier. Elle a dit tu ne comprends pas, au bout de mes ongles à moi. Laisse-les pousser j’ai répondu alors. C’était souvent comme ça avec elle, elle disait et je répondais.

2 jours plus tard elle se cassait un ongle. Et puis elle me quittait. C’est une histoire que je trouve incroyable, c’est comme dans un film, et c’est vrai que Laura, je pense qu’elle se croyait un peu dans un film.

Depuis, rien à faire, je regarde d’abord les mains des filles. Et dans mes rêves, je nourris des poules avec des rognures d’ongles, pardon si vous passez à table.

Quand j’y pense aujourd’hui, je me trouve terriblement idiot, mais c’est vrai que pendant des années, j’ai cru que si elle ne s’était pas cassé un ongle, on l’aurait fait cet enfant dont elle m’avait un peu parlé, dans des termes assez flatteurs, à tel point que même moi j’ai eu envie de le rencontrer. J’ai même ramassé de la publicité pour un vernis qui fortifie nos griffes. J’ai compris ma bêtise un jour, je ne sais plus lequel, mais ça ne compte pas, ça n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que ce jour-là, j’ai remplacé une idiotie par une autre. J’ai cru que j’avais fait un pas en avant, alors que je ne fais jamais de pas en avant, je les fais dans tous les sens, mais jamais en avant. Comme les poules qui courent dans toutes les directions quand je rentre dans le poulailler avec les rognures d’ongles, pardon si vous passez à table.

15/07/2006

Laurence est une chienne. Elle a dit Oh Lucien mais tu es toujours seul comme un pauvre petit et elle m’a touché la joue comme on fait à un enfant pour qui, vraiment, on ne peut rien. Elle a raison, je suis seul, j’ai beaucoup d’amis, mais je suis seul. Elle l’a souligné au plus mauvais moment pour moi. Au meilleur moment pour elle. Les femmes sont comme des chiens et je ne les caresse plus depuis longtemps maintenant.

Je suis rentré par le parc en me disant que je serais encore seul pour une éternité et que malheureusement, l’éternité commençait aujourd’hui et durait un certain temps. Et pourtant, j’ai des amis. Mes amis sont beaux et doux, ils reviennent par vagues de je ne sais où, d’amours infinis, de voyages et d’oublis, et repartent sur la pointe des pieds pour me chasser d’autres histoires. Mes amis sont transparents car ils ne me craignent pas, ils me disent tout, ils me montrent leurs reflets. Si je suis triste, ils me soufflent à l’oreille un tout petit bruit qui suffit à me rendre meilleur. Bref, mes amis sont comme une mer qui entoure mon île. Je regarde tous les jours le soleil qui se couche sur les amis, je les écoute me parler dans la nuit ou je me lève plus tôt qu’eux pour les voir s’éveiller et rayonner dans la lumière. Tout ça est très beau, mais bordel de merde, je n’en suis pas moins sur une île pour autant.

14/07/2006

J’ai craqué, et contrairement à des amis bien plus malins qui avaient trouvé bien mieux à faire (se disputer par exemple), j’ai regardé la finale de la coupe du monde.

J’avais trouvé l’endroit idéal. Un pub irlandais bondé de supporter français, ambiance garantie. Evidemment, c’est à côté de moi qu’elle est venue s’asseoir et les choses se sont compliquées. Elle était belle, ça, c’était évident. Elle était italienne, c’était moins évident, mais comme elle l’avait peint sur sa joue…

Elle m’a demandé pour qui j’étais et j’ai menti comme un lâche que je suis, j’ai dit « Italie ». Je me sens moins seule elle a dit, et elle a souri. Bon, comme j’ai déjà menti aujourd’hui, je ne peux plus, et je dois dire honnêtement que là, avec son visage face à moi, ses belles dents, ses longs cheveux noirs et ses yeux bleus, j’ai entendu du Joe Dassin , ce qui m’a étonné, parce qu’officiellement, je déteste ça, mais pour le coup, manifestement, j’aurais bien été siffler là-haut sur la colline.

J’avais déjà cueilli de gros bouquets d’églantines quand le match a commencé. J’étais très tendu parce que je sentais bien que j’étais dans une situation délicate. Ca s’est précisé rapidement sur le penalty de Zizou. J’ai crié et ça l’a étonné, mais c’est vrai qu’on aurait pu croire que la balle n’avait pas franchi la ligne. Elle était encore plus étonnée quand je suis resté totalement apathique sur le but italien. Mais j’ai réussi à sourire et j’ai montré mon pouce. C’était dur pourtant. Je pensais aux klaxons, et à la nuit difficile. Avec elle, j’en aurais bien fait une, de nuit blanche, mais seul, non, je ne voulais pas.

Quand la victoire italienne s’est précisée, elle m’a aidé, elle a planté ses ongles dans ma cuisse en criant, donc j’ai crié aussi, vous pensez bien, j’étais en short. Je crois même que sous l’effet de la douleur, j’ai levé les bras au ciel. Parfait.

Elle est partie rapidement pour rejoindre son mari, sûrement un français qui n’aime pas le foot. Je suis rentré de mon côté en râlant sur tout. Sur la France.

12/07/2006

Santé: faites de l’exercice
Travail: saisissez toutes les opportunités
Amour: voir points un et deux.

11/07/2006

J’ai toujours dit que quand Laura m’avait quitté, elle n’avait emmené qu’une chose, les capotes dans la salle de bain. Mais en fait, Laura avait pris autre chose avec elle. Laura est partie avec ma fierté. Et le plus drôle, c’est que, et j’ai vérifié, ce n’est pas chez elle que je la retrouverai, parce je crois qu’elle l’a entièrement dépensée. Elle l’a peut-être étalée au rouleau sur les murs de son nouvel appartement. Aujourd’hui, sur ces murs un peu délavés, ma fierté a été effacée. Elle est ailleurs ma fierté, et franchement, c’est une bonne nouvelle.

Un jour, un type qui m’avait pris en stop, un grand chevelu dans une Polo, m’avait dit de tremper mon pinceau en moi pour voir de quelle encre je me chauffais. C’est pas mal comme image je lui avais répondu. Non, il m’a dit, c’est ça le truc, c’est qu’on ne sait pas, on ne la connaît pas encore l’image.

Je n’ai pas très bien compris ce qu’il m’a dit mais ça m’a fait plaisir. Laura aurait aimé ça, je le crains. Je déteste penser qu’elle aurait aimé ça.

10/07/2006

J’étais sur le trottoir avec un copain (il s’appelle Richard comme le type qui présentait les émissions de cirque à la télé) quand j’ai vu qu’elle, la jolie, remontait la rue. J’avais trente secondes pour faire taire Richard et trouver en même temps quelque chose à lui dire, à la jolie je veux dire.

Je ne sais pas ce que je lui ai raconté, mais Richard m’a dit que pour l’agitation des mains, c’était pas mal, mais que ça manquait de fond. Comme quand les Italiens gagnent la coupe du monde il a ajouté (la maman de Richard est française). Il est con parfois Richard. Quand j’ai tourné mon regard vers elle à nouveau, elle était déjà loin et elle parlait avec un gars qui avait les mains en poche. Il parlait, elle riait.

Je suis rentré chez moi avec les mains dans les poches. Comme ma voisine du troisième arrivait en même temps, accompagnée d’une copine à elle, elle m’a ouvert la porte et mes mains sont restées au chaud. C’est bien comme attitude, les mains dans les poches. Ca pose son homme. J’ai bien vu que ma voisine m’avait regardé différemment.

J’ai passé la soirée sur la terrasse, les mains dans les poches, à lui dire, à la jolie, tout ce que je ne lui avais pas dit parce que je n’y avais pas pensé. J’y croyais tellement que je l’entendais rire comme si elle était à côté de moi. J’ai été me coucher quand j’ai réalisé que c’était ma voisine du troisième qui pouffait, avec sa copine.

Le lendemain, je l’ai croisée, la jolie, en descendant vers la boulangerie. Elle m’a fait un grand sourire et elle m’a souhaité une bonne journée. J’avais bien les mains en poche ce coup-ci. Je lui ai répondu avec un petit sourire en coin et un « toi aussi princesse » de derrière les fagots. Elle a pouffé un peu. Ce n’est qu’un début, mais franchement, c’est classe les mains dans les poches.

9/07/2006

Une s’il vous plaît. Une quoi? Une entrée? Non, une choucroute. Ben, on n’a pas de choucroute ici. Ah, tant pis, une entrée alors.

Je viens me faire du mal à la piscine quelques fois. Je suis construit comme un tuyau. Un petit tuyau. Dans les douches, des types baraqués se frottent énergiquement, éventuellement avec du savon, et me regardent en souriant. Ils sont nombreux cette fois-ci, ils ont de la chance, je ne vais pas m’énerver. Surtout qu’un type aussi gros que sa bouée entre dans la piscine des enfants. Les regards se détournent de moi et j’en profite pour sauter dans l’eau, ni vu ni connu.

Je fais quelques mouvements dans un sens puis dans un autre, ce qu’on appelle faire des longueurs, je me fatigue inutilement puisqu’en sortant, je ressemble toujours autant à un tuyau et que sous les douches, d’autres gros bras me matent à leur tour. Ils sont moins nombreux mais après l’effort, bien sûr, j’ai perdu mon influx comme on dit.

Ne plus rien écrire sur elle, ne plus rien dire, ça ne m’empêche pas de penser à elle. Aujourd’hui, j’ai décidé de recommencer, comme on recommence à fumer, et juste après le sport encore bien. Avec de la honte mélangée au plaisir. Saupoudrez de piment et laissez reposer au four, servez bien chaud. Donc voilà, je vais écrire ce nom qui traversait mon esprit sans cesse, pour assumer mon déshonneur. L’échec numéro 12.365 s’appelle Laura. Je n’en ai donc pas fini avec toi, ce n’est pas un malheur, mais c’est clairement une drôle de nouvelle.

8/07/2006

A l’entrée de la foire
Je demandais ceci à l’enfant : si tu lisais dans l’œil du poney
Ce que moi j’y lis, la tristesse,
Si tu entendais ce que j’entends
Quelque chose comme « j’ai appris à tourner en rond »
Monterais-tu sur son dos, au poney ?
Il me répondait
Si je pensais comme toi
Qu’apporterais-je donc au poney ?
Alors qu’aujourd’hui, grâce à moi, il court dans la plaine
Au milieu d’un troupeau de bisons
Que nous ramènerons le soir venu
Au village
Que lui donnes-tu toi, au poney ?