On m’appelle le grand Nicolas. Je dépasse tout le monde d’une tête, sauf à la fête de fin d’année du club de basket, ou je regarde quelques types droit dans les yeux, et ma foi, c’est impressionnant. Depuis quelques temps, je marche en rue avec les mains enfoncées dans les poches de mon jeans, et croyez-moi, c’est une fameuse expérience. Tout est transformé, mon rapport à la violence (allez donc mettre une claque à un type qui a les mains dans les poches) et mon rapport à la maladie (allez donc serrer la main à un gars qui a les mains dans les poches), mon rapport au travail (allez donc tendre une caisse à un mec qui a les mains dans les poches), mon rapport aux filles (allez donc).
Je vous le dis. Le fait de placer ses mains dans son froc, le matin, juste après avoir ouvert bien grand la porte de mon appartement, est une voie lumineuse vers un autre Moi. Je claque la dite porte en l’accrochant avec le pied droit. Je suis parti et plus personne ne m’arrête, je joue des coudes, je me faufile, j’esquive.
Exemple: ce matin, Francis, le père d’Isabelle, m’a demandé pourquoi je gardais mes mains enfermées, et que si Dieu m’avait donné des mains c’était pour m’en servir. Je lui ai répondu que Dieu m’avait donné une autre chose dont je me servais peu pour l’instant et que s’il voulait me donner le numéro de téléphone de sa fille, je promettais de faire d’une pierre deux coups.
Comme je ne parvenais pas à faire tenir sur mon œil la pochette de glaçons que le libraire m’avait donnée, j’ai bien dû sortir une main de sa poche. Ce con de Francis n’a pas le sens de l’humour. Mais quand même, c’est la classe les mains dans les poches.