15 août 2006

Comme je n’ai pas de jardin, j’ai décidé de me laisser pousser la moustache. Le poil est le gazon du pauvre.

Celle de cette semaine va descendre bien en dessous de la commissure des lèvres, de façon à me donner un air de gangster. J’avais déjà porté pareille artifice, et j’avais perçu un changement sensible. On me vouvoyait par exemple, alors que normalement, dans mon quartier, le tutoiement est de rigueur. Si en plus, je plisse les yeux, que je regarde fixement quelque chose ou quelqu’un, sans agressivité bien sûr, et toujours les mains dans les poches, l’effet est garanti. L’attention converge vers ma petite personne. On me trouve sans doute détestable, et je ne suis sûrement pas plus beau. Mais quelque chose, néanmoins, fait de moi la personne du moment. Celle que l’on regarde. Tout comme moi, hier, je regardais ce type ventru qui coupait l’herbe de son jardin, en débardeur et en short, sur son petit tracteur.

J’ai mis un marcel et un short, je vais me tailler la moustache dans la salle de bain.

Laisser un commentaire