Je sens la fraîcheur du jour sur le mur qui suinte légèrement. Je vais récupérer ce matin la vieille peau que j’avais laissée à l’entrée. Je me demande s’il y a toujours le sable au fond des poches. On m’a coincé sur une plage, loin d’ici.
J’ai hâte d’être à nouveau américain. Je vais claquer mes premiers dollars dans l’achat d’une casquette. Le temps a passé. C’est la seule chose qui passe ici, pas de visite, rien qui ne vienne combler les petits espaces. Le vide des autres est le même vide que le mien. Je quitte ceci pour un gouffre, autant être couvert.
Je dois cesser de penser, j’ai intérêt à me dépêcher de finir mon trait, et c’est mon dernier trait, après je ne toucherai plus à rien. Je vais m’asseoir dans un des coins de la cellule et attendre, la tête entre les genoux, le bruit des clés. J’ai terriblement peur. Bien plus peur que toutes les premières fois de la prison. Les premières ceci et cela où tout le monde vous regarde de toutes les façons possibles. Les premières fois s’effacent vite, et puis l’habitude, et puis plus rien. Une entrée, une sortie, c’est tout. Avant d’entrer ici, j’avais entendu parler d’une parenthèse, et j’avais trouvé ça juste. Il n’y a rien de plus faux.