C’est bizarre quand même. On avait été bien plus poli à l’entrée qu’on ne l’est à la sortie. Je croyais avoir une minute, j’ai peut-être eu droit à trente seconde pour sortir de la cellule. Pendant ce petit laps de temps, je n’ai pas quitté le dessin des yeux. Tout voir, tout retenir. On m’a rendu ma vieille peau kaki, mes pompes et quelques dollars, puis quelqu’un que je n’avais jamais vu, un type en civil avec des lunettes de soleil, m’a reconduit à la sortie. Pas un au revoir, pas un merci.
En face de la prison, il y a une route. Je n’ai pas eu le choix, il n’y a qu’une direction à suivre. C’est ce qu’on disait à l’école, aux gamins comme moi, qu’il n’y a qu’une seule voie, la bonne, la bonne voie, et mille mauvaises. Mille et une voies, dont une seule bonne, faut déjà avoir de bon yeux pour s’en sortir.
J’ai du soleil sur les godasses. Ca faisait longtemps que je n’avais plus eu de soleil sur les pompes, avec ses murs qui étaient plus hauts que les échelles de nos rêves. Je regarde mes pieds et j’ai presque envie de rire tellement je trouve ça beau, cette lumière sur le cuir déjà poussiéreux de mes bottines. Elles sont comme à l’époque, accueillantes. C’est le mot que j’avais utilisé à Remo, quand je les avais achetées, «accueillantes», et à vrai dire, je parlais surtout de la vendeuse. Elle était grande et mince, elle portait une bague rouge, très voyante, à la main droite. La droite.
Pour éviter celle de son petit copain, j’ai acheté les chaussures et je suis parti. Au moins, j’aurai gardé les chaussures.