Archive pour août, 2006

8/08/2006

Dans la nuit du 8 août 2001, par l’effet de la chaleur peut-être, Lee Brenton n’a pas pu trouver le sommeil. A 4 heures du matin, il est sorti dans le jardin et il a traversé celui de son voisin. Il a sonné plusieurs fois à la porte d’entrée.

Craig est apparu en pyjama sur le petit perron de la maison. Il avait les cheveux en bataille et semblait encore profondément endormi.

- Craig, tu es mon voisin depuis 15 ans, Craig. Je ne peux pas nier que tu es devenu quelqu’un qui compte. Je voulais simplement te le dire.

- A quatre heures du matin.

- Qui sait, Craig, qui sait. Tu vois ce que je veux dire.

Les deux voisins se sont recouché et Lee a pu enfin s’endormir.

7/08/2006

1. La deuxième fois que j’ai vu Laura, elle ne se disait pas encore à cette époque qu’elle n’était pas amoureuse de moi, je veux dire, elle n’avait aucune raison de se dire ça puisque nous ne sortions pas ensemble, bref, ce jour-là, elle avait mis de l’huile sur la chaîne de mon vélo. Je lui avais envoyé un sms pour la remercier, je n’avais pas osé lui dire que c’était sur les rouages de la vie qu’elle avait mis du lubrifiant. Je pensais bien que ça ne durerait pas (la vie, ça rouille vite, surtout si vous la laissez tout le temps dehors, comme je le fais).

2. Laura m’avait dit, on met un petit morceau de bonheur épicé sur le coin d’une tartine.
Le goût est fort mais ça dure peu de temps. Je ne comprenais pas si «on» c’était elle et moi, où si elle faisait de la théorie, on, en général, on fait ça, ça se fait souvent, ce sont des choses qui se font, etc.

3. Malgré ces deux avertissements, quand elle a lâché la corde, j’ai pensé, un nœud mal fait, ça peut arriver à tous les marins du monde. Mais quoi qu’il en soit, je fus un homme à la mer.

4. Tous les marins du monde regardaient à ce moment-là un reportage de la BBC (sous-titré, je vous rassure) sur la chasse à la baleine. On ne se refait pas. Donc, personne ne m’a lancé de bouée. J’ai bien dû apprendre à nager.

6/08/2006

A cent pas à peine du bonheur, j’ai dû m’arrêter pour refaire mon lacet. En me relevant, le bonheur, sous le soleil de midi, avait fondu.

Le soleil était haut dans le ciel. Sur mes pieds lacés, j’ai pensé, et si le soleil avait le vertige?

6/08/2006

Un bûcheron canadien explique à un  pingouin. “Avec deux doigts de moins, la vie est plus dure”. Le pingouin ne comprend pas.

5/08/2006

Li est un petit chinois. Ce n’est pas de sa faute.

A Paris, Li fait de sa vie une course contre la montre. Il a du mal. Il a du mal avec le gris de la ville, il a du mal avec le temps qu’il fait, il a du mal avec le gris des gens, il a du mal avec le temps qu’il a. Une seule petite vie pour Li.

Tous les soirs, Li compte les sous dans la caisse. Il compte et recompte pour être sûr, et écrit dans un carnet la somme du jour, en dessous des sommes des jours qui ont précédé.

Li est seul à Paris. Pas de femme, pas d’ami. Li n’a rien d’autre à faire que de travailler et de compter, car il ne boit pas et ne joue pas au tiercé. Li n’a qu’un loisir, il lit chaque jour, avant de s’endormir, quelques poèmes dans le petit livre qu’il avait emmené avec lui.

Li lit.

4/08/2006

Pour la première fois aujourd’hui, j’ai réussi à faire les courses de A à Z avec les mains dans les poches. Je ne vous raconte pas, c’était la classe. A la caisse bien sûr, j’ai sorti une main, je n’allais quand même pas souffler mon code secret à l’oreille de la caissière pour qu’elle le compose elle-même.

La jolie était là. Elle était dans la file d’à côté, la file rapide. Avec du pain 7 céréales bio. Dans ma file, ça traînait plutôt. Déjà que d’habitude, ça m’énerve quand ça coince, mais là, comme je voulais sortir en même temps que la jolie du magasin, je rongeais mon frein (c’est une image, en réalité je rongeais la barre de la charrette). Bien sûr que la nana qui prend un ravier de framboises sans prix, c’est pour ma fraise (la classe, je vous dis), elle est juste devant moi, juste au moment où Monsieur Frimoul des fruits et légumes, quand on a un nom comme ça on fait gardien de prison, fait sa pause et qu’il est remplacé par Madame Keyzer, quand on a un nom comme ça on fait maîtresse d’école, qui ne connaît pas le rayon, nous met la plombe pour retrouver l’endroit où il y a les fraises, pardon les framboises, et en fait, je devrais dire “il y avait” puisque la demoiselle a pris le dernier ravier et qu’elle aurait pu le dire et que finalement elle va le laisser, c’est pas grave. Mais là, ça m’a surénervé parce que tout en payant son pain 7 céréales bio recyclé alors que moi, je n’avais pas encore mis un seul article sur le tapis roulant, la jolie était en train de regarder mon stocks de poudre à lessiver pas du tout bio pour le coup et mes 16 Bistro dîners, avec un air pas du tout content.

Pour couronner le tout, j’ai engueulé mademoiselle Framboise en lui disant que si elle n’avait que ça à foutre, bloquer les files, elle pouvait aussi faire feu rouge au carrefour Léonard et que si vous n’êtes pas sûre d’aimer les framboises, achetez donc une boîte de petit pois, avec le code barre, comme ça, ça fera des copains à votre cerveau.

En passant devant le miroir du photomaton, j’ai vu que moi aussi je pourrais faire le feu rouge. Voilà, je suis passé pour un con. Je suis un con.

J’ai continué à pousser ma charrette remplie de savon et de surgelés en gardant mes petits poings serrés au fond de mes poches. Faudrait que je repense ma stratégie. Aujourd’hui, j’ai fait l’erreur de sortir une main de sa poche au moment crucial. Je suis sûr que si je les avais gardées toutes les deux au chaud, j’aurais trouvé quelque chose de malin à dire en faisant un clin d’œil à la demoiselle avec son putain de ravier. Et puis, dans une certaine limite (j’exclus Hitler, Staline, Bush, Poutine et Yvette Horner), il faut admettre ce qu’on est, n’est-ce pas ? Je devrais plutôt utiliser mes mains dans les poches à ça. C’est ce que je me disais en arrivant chez moi, mais comment essuyer mes larmes alors ?

3/08/2006

Rien à faire. C’était sa décision, peut-être qu’elle n’en pouvait plus, peut-être qu’elle n’arrivait pas à en parler, qu’elle ne savait pas qu’elle pouvait appeler à l’aide. Bien sûr, elle aurait pu penser aux répercussions de son acte, elle aurait pu.

Ce matin, je vais au boulot à vélo et une petite mouche est venue mourir dans mon oeil, alors j’ai versé une larme.

2/08/2006

Avec si peu de place dans ma tête, comment ranger, ordonner tant de rêves ? Je comprends que je ne puisse pas passer à l’action. Si je prends une seule de ces images, l’ensemble s’écroule dans un énorme vacarme. C’est la raison pour la laquelle je ne rêve pas la nuit, mais le jour, car on ne sait jamais. Si je devais être réveillé par un éboulement de songes, pourrais-je encore une nuit dormir ?

1/08/2006

On m’appelle le grand Nicolas. Je dépasse tout le monde d’une tête, sauf à la fête de fin d’année du club de basket, ou je regarde quelques types droit dans les yeux, et ma foi, c’est impressionnant. Depuis quelques temps, je marche en rue avec les mains enfoncées dans les poches de mon jeans, et croyez-moi, c’est une fameuse expérience. Tout est transformé, mon rapport à la violence (allez donc mettre une claque  à un type qui a les mains dans les poches) et mon rapport à la maladie (allez donc serrer la main à un gars qui a les mains dans les poches), mon rapport au travail (allez donc tendre une caisse à un mec qui a les mains dans les poches), mon rapport aux filles (allez donc).

Je vous le dis. Le fait de placer ses mains dans son froc, le matin, juste après avoir ouvert bien grand la porte de mon appartement, est une voie lumineuse vers un autre Moi. Je claque la dite porte en l’accrochant avec le pied droit. Je suis parti et plus personne ne m’arrête, je joue des coudes, je me faufile, j’esquive.

Exemple: ce matin, Francis, le père d’Isabelle, m’a demandé pourquoi je gardais mes mains enfermées, et que si Dieu m’avait donné des mains c’était pour m’en servir. Je lui ai répondu que Dieu m’avait donné une autre chose dont je me servais peu pour l’instant et que s’il voulait me donner le numéro de téléphone de sa fille, je promettais de faire d’une pierre deux coups.

Comme je ne parvenais pas à faire tenir sur mon œil la pochette de glaçons que le libraire m’avait donnée, j’ai bien dû sortir une main de sa poche. Ce con de Francis n’a pas le sens de l’humour. Mais quand même, c’est la classe les mains dans les poches.