10/09/2006

Les trains me passent sous le nez aujourd’hui. Beaucoup de trains de marchandises, quelques trains militaires, une locomotive, deux trains de voyageurs. Les cheminots me saluent de la main. Je réponds en levant un bras qui me paraît bien lourd. Les machines crachent la vapeur sur le sol et au ciel, certaines s’élancent lourdement après une brève halte, d’autres passent à bonne vitesse. Toutes grincent.

Si Hannah me voyait maintenant, elle saurait à quoi je pense. Je pense aux mois de mai, qu’elle vivait si près de moi, des années durant. Ce mois où l’on nettoie tout dans la congrégation, du sol au plafond, pour que l’été soit net et frais, et où les hommes et les femmes plongent les mains dans la même eau. Et tout ce qui se passe sous la surface, entre ses doigts travailleurs qui n’ont pourtant, normalement, d’autre souci que le labeur. Des doigts qui se touchent sans qu’on puisse rien en voir. Et quand bien même, il faut bien fouiller pour trouver le torchon plombé par l’eau sale.

Dans un de ces moments, Hannah et moi avons troublé l’eau, avec autre chose que de la crasse. Nous l’avons troublée avec nos regards qui s’évitaient, qui ont fini par se rencontrer en son milieu. Pour un instant, nous avions bien compris, et rien ne pouvait plus être repris. Et pendant des années, nous avons plongé les mains dans les bassins du lavoir, seul lieu de rencontre.

Ecrire un commentaire