12/09/2006

Un jour, prenant des risques fous, Hannah m’avait parlé, et elle m’avait demandé si nous resterions toujours dans la congrégation. A cette époque, j’avais eu l’impression de n’avoir jamais entendu question plus bizarre. Quitter quoi ? La douceur des jours ? La simplicité de la vie ? Aller souffrir au dehors, en arriver un jour à dire que c’est la vie. J’avais pensé de quoi manquons nous ici ? Nous avons tout, le toit, le couvert, le temps, et en plus, nous, privilégiés, nous avons l’autre. Sous l’eau, les mains qui se touchent. Autour de l’eau, les rencontres sans un mot inutile. Mais elle avait insisté, malgré ma bouche grande ouverte. Tu veux rester ici pour toujours ? Oui je voulais, sous l’eau et autour de l’eau, je ne pouvais le dire, mais oui, je voulais.

Et alors, c’est moi qu’ils ont chassé. Me voilà, mangeant mon pain, face à la fontaine sèche de la place vide devant de la gare. Même si je ne suis qu’à un arrêt d’Hannah, elle est distante de cent mille lieues sans doute. Enfin, je suis bien plus proche d’elle qu’elle ne l’est de moi. Comment pourrait-elle imaginer que je suis devenu un homme sous une casquette. Et puis, j’ai laissé pousser ma moustache, et cette ligne de poils sous le nez me donne un air de patriote.

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