19/09/2006

Comme c’est déplacé ce désespoir. Comme c’est mesquin. Comme c’est.
Petit. Viens petit, roule vers moi. Sois confiant.

A la lecture de ces mots trouvés dans un courrier des lecteurs du journal local, Hans a quitté la gare centrale de Berlin avec la ferme intention d’avoir un impact déterminant sur son destin. S’en suivi un nombre important d’évènements dont je tairai ici le détail pour éviter de surcharger le récit. Il vous suffira de savoir que Hans décida de ne pas prendre le bus à l’arrêt “Grauë”, de ne pas traverser la place Grauë, de ne pas épouser Greta qu’il croisa sur la GrauëStrasse, qu’il continua sur la GrauëAllee et arriva à l’entrée de l’autoroute. Ces exemples vous montrent qu’il avait décidé d’aller grand train. Il traversa l’Allemagne rapidement (mais à pied, la remarque précédente n’était qu’une façon de parler), ne s’arrêtant que pour dormir un peu. A la frontière hollandaise, alors qu’il avait pris depuis Berlin un nombre impressionnant de décisions, il fut écrasé par un camion slovaque. Son corps a été rapatrié rapidement et emmené dans la capitale allemande où il repose aujourd’hui.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce que hier, mon frère a déclaré au petit-déjeuner qu’à son tour il allait prendre sa vie en main. Et qu’à juste titre cela fait peur. Je lui ai montré la pierre de Hans, sur laquelle on avait écrit « Le monde de Hans n’appartenait qu’à lui ». Et quelqu’un avait dessiné un ballon en baudruche. Mais ce matin, mon frère est parti à cloche-pied, poussant devant lui un caillou blanc.

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