C’est avec le clodo que je passe le jour. Il me suit dans chaque recoin de mon emploi du temps. Pour faire bonne figure, je suis très actif, je range, compte, tamponne, vends quelques billets de train. Il regarde, très concentré, le travail qui est le mien, le contenu de ma journée, il regarde surtout mes mains. Mes mains qui tremblent à l’unisson maintenant.
Le petit manège dure des semaines. Avec le temps, comme il commence à connaître la chanson, il peut observer d’autres choses. Parfois je pense qu’il connaît mieux le travail que moi. Certains jours, il s’absente pendant la matinée, puis revient plus concentré encore.
Aujourd’hui, c’est le jour où la saison froide pousse ses premières pointes des vents du nord. Le clodo passe pourtant la journée dehors. Je monte chez moi avant qu’il ne rentre. Je passe la nuit à écrire 50 raisons de rester là, du confort du poêle, qui va bientôt me manquer, à celui des habitudes. Quand le matin vient, je jette mes pages dans le feu, et je descends dans la grande salle. Le clodo est prêt. Je lui mets sur la tête ma casquette, il me vend un billet de train. Quand j’y monte, je ne regarde par derrière moi, parce que je n’y pense même pas. Je suis maintenant dans le train depuis des heures et je sais qu’enfin, je vais passer mon temps avec Hannah. Je lui ai laissé tout le reste, au clodo.