25/09/2006

Surprise par un désastre, la mer est venue se jeter sur un pays ami, aux abords duquel elle avait toujours, avec le sourire, abandonné ses rêves de conquête. Un pays avec lequel elle avait dessiné de si beaux rivages, de si reposants contours.

Surprise par un désastre une mère a lâché son enfant. Elle a ouvert les bras et lâché son enfant.

Depuis, à chaque jour de fête, et il y en a beaucoup, car avant le désastre le pays était joyeux, la mère pense au petit disparu, emporté par l’océan. Elle ne pleure pas. Elle va marcher sur les plages, et ramasse des coquillages dont elle fait des colliers, des bracelets, des bibelots. Elle donne ces objets aux enfants de l’île.

Elle a gardé pour elle un grand coquillage dans lequel elle recueille des gouttes d’eau quand il pleut, les jours de fête. Elle l’abandonne ensuite au soleil du lendemain, et l’eau s’évapore laissant de petites traces sur le coquillage. Dans les traces, elle relit l’histoire de son enfant, où il est maintenant, qui il aurait été, ce qu’il fût pour elle, ce qu’elle était pour lui. C’est un réconfort de se pencher sur le coquillage et d’entendre les soupirs légers qui viennent de son centre. Elle reste des heures entières, l’oreille tendue et l’œil aux aguets, tournée vers le calcaire.

A l’intérieur de la maison, elle a déposé le coquillage en attendant le prochain jour de fête. En attendant le prochain jour de plage. En attendant.

Je suis avec la mère sur les bords de l’océan qui vient se prosterner à nos pieds pour demander pardon. Pas de pardon, pas de revanche, pas d’oubli, pas de rancune dit la mère. Juste un espoir ténu, au bord de cœur.

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