C’était une cérémonie bien curieuse. Personne n’a parlé. Après un moment, j’ai commencé à me sentir mal à l’aise. L’église était remplie et personne ne se levait pour venir dire un mot, alors que la musique donnait de ces envies, totalement incompatibles avec les circonstances, comme taper du pied par exemple.Nous avons pris congé en écoutant pendant 20 minutes les gammes folles de Django Reinhardt. Puis, la famille est sortie. Et nous avons tous été mettre une fleur sur le cerceuil.
Une fois dehors, l’enfant m’a parlé.
- Qu’est-ce que c’est tout ça ?
- C’est plus rien, a dit l’adulte. C’est plus de bisous, plus dans les bras, plus de pas sur le sable, plus de mots croisés, fini les courses cyclistes à la télé, les clin d’yeux, ta main sur la sienne, les douceurs après le repas, fini. C’est plus vacances à la mer, plus de comme tu veux, quand tu veux, plus de main dans les cheveux.
- Toi, le grand, tu me dis ce que ce n’est pas. Moi, le petit, je t’avais demandé ce que c’est. Tu es sourd ?
L’adulte réfléchit. Il sent qu’il a peur, parce qu’il va devoir dire quelque chose d’effrayant au gamin.
- Je ne sais pas ce que c’est, la mort. Je ne sais pas.
- Ah, c’est une surprise alors.
Le gamin a souri.
Evidemment, c’est une surprise se dit l’adulte. Et maintenant, il comprend mieux Django Reinhardt et le silence des proches. On a déjà tout dit, finalement. Le reste, c’est une surprise.
Ca m’a fait plaisir que l’enfant en moi m’ait botté le cul.