Céline a laissé sa virginité dans des draps roses. Quand elle m’a dit ça, j’ai eu du mal à le croire, mais quand elle m’a rappelé ses barbies, ses nœuds dans les cheveux, ses robes à pois, tout collait, si je puis dire, et j’ai su qu’elle disait la vérité. Dans des draps rose. Mais encore ? Je ne savais toujours pas ce que je voulais savoir, ce pour quoi j’étais venue: avec qui ?
Mais voilà, j’étais sidérée par la nouvelle, les draps. J’ai fui avant d’entendre le nom de l’heureux élu. Je l’ai vaguement cuisinée pour faire bonne impression et j’ai quitté l’appartement pour aller faire un tour au parc. Je prenais de grande bouffée d’air plus ou moins frais, et je tentais désespérément de me changer les idées mais le rose des draps me poursuivait.
J’ai pris le bus 12 qui va vers le centre et j’ai longé la grande rue commerçante, j’ai traîné dans les 2 magasins de literie. Puis j’ai pris le tram 3 jusqu’au centre commercial, j’ai cherché jusqu’à la fermeture des magasins des draps roses acceptables, des draps roses dans lesquelles on aurait pu initier Céline sans tout gâcher. Je n’ai pas trouvé. Je déteste le rose et je crois que c’est une excellente idée.
Nous jouions mes amis et moi à un jeu idiot. X demande à Y de soutirer telle ou telle information à Z. Je devais, moi, apprendre avec qui Céline avait couché pour la première fois. Nous sommes tous le X, le Y et le Z de quelqu’un. J’ai téléphoné à mon X pour lui dire que je n’y arrivais pas, il m’a trouvée nulle, et dans la foulée, j’ai appelé mon Y pour lui dire « 21 ». Sa première approche avait été tellement lourde que j’avais immédiatement deviné. Je ne vous dirai pas de quelle question il s’agissait. Ce n’est en tous cas pas ce à quoi vous pensez. Je n’ai que 20 ans.