23/10/2006

Au soir d’un 24 décembre, un ami passablement éméché m’avait offert un magnifique coup de boule de Noël. L’alcool m’avait curieusement aidé à ne pas tituber sous le choc. La goutte de sang, sur le bout du doigt qui venait de sonder mon nez, témoignait pourtant de la gravité de la situation : le coup avait été bien porté.

J’ai gardé de cet événement un nez crochu et une réelle aversion pour les soirées de réveillon. Je les boude tant que je peux. La dernière était un peu particulière, c’était une soirée déguisée, et avec ce casque de football américain, je me sentais armé pour affronter la nativité. C’est surtout la grille de protection, placée devant le visage, qui me sécurisait. Et comme j’avais enfilé l’entièreté du déguisement, y compris les protections dorsales, je ne risquais pas non plus le coup du lapin en cas de débordement.

La soirée filait et tout le monde adorait mon déguisement. Cela me réjouissait grandement, mais ce même tout le monde avait un peu de mal à me reconnaître. Et comme j’avais aussi choisi de chausser, si je puis dire, le protège-dents, que je ne pouvais pas retirer sans enlever le casque, j’ai aussi eu du mal à me faire connaître, à me présenter aux gens, même quand ils se rapprochaient tant que possible de ma bouche, ce qui était très relatif, à cause de la fameuse grille de protection.

Je n’ai pu boire que des boissons qui se dégustent à la paille, et dans ce cas-ci, la seule solution était un immonde cocktail maison au jus d’orange et au rhum, que je n’aime pas particulièrement, je suis sensible. Je furetais, sirotant mon jus acide et alcoolisé, et je commençais à sentir, en plus d’une légère aigreur à l’estomac, que la situation m’échappait. Une foule de jolies filles se pressaient partout. J’aurais pu me mettre en tête d’en embrasser une, mais c’était sans compter ce foutu casque, que pourtant, je ne retirerais sûrement pas.

Vers 23 heures, j’ai vomi mes quelques cocktails dans  le jardin. La grille a filtré des choses étonnantes, des morceaux de je ne sais quoi puisque je n’avais rien mangé (aller manger de la pizza ou du foie gras avec un casque de foot américain), et j’ai eu beaucoup de mal à remettre le protège-dents.

Je suis rentré chez moi et je n’ai pas réussi à retirer le casque. Après m’être brosser les dents à travers la grille du casque, me fourrant la brosse à dents deux fois dans le nez, je me suis couché.

Je me réveille maintenant avec un terrible torticolis. Je déteste toujours autant Noël. Je ne peux pas supporter ces regards émerveillés, ces sourires béas, ces musiques dégoulinantes qui nous entoureront jusqu’au 2 janvier. Tout ce bonheur, ça me dégoûte.

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