Un homme à casquette et un homme aux cheveux hirsutes
L’homme à casquette :
- Rien à voir avec un chien, même si ça grogne. En poussant un peu, ça parlerait. Faut voir. Pas sûr qu’on en sorte quelque chose sans une petite formule magique. Deux trois mots sur le bout d’une langue, qui tournent autour de nous, puis, hop, je te les colle aux tympans. Que fais-tu, dans un cas comme celui-là ? Tiens, tu m’écoutes, mais tu fais semblant de rien. Tu sais ce que tu fais là, toi ?
- Là ?
- Oui, là, dans cette ville. Dans cette gare. Tu t’es incrusté ?
- Non.
- Moi je travaille. Je travaille ici.
L’homme aux cheveux hirsutes rit sincèrement. De plus en plus sincèrement. Son corps bascule vers le sol mais il se rattrape à temps, avant la chute.
L’homme à casquette reprend :
- Et toi, tu sais ce que tu fais ici ?
- Précisément. Je me protège du froid.
- Tu te protége du froid ? Quel froid ?
- Et bien le froid qu’il fait dehors et dont on se protège quand on est dedans.
- Soit, mais pourquoi ce dedans-ci ? N’as-tu pas d’autres contenants ?
- Si, j’y étais hier et j’y retournerai au printemps. Mais ici, on chauffe plus me semble-t-il.
- Si je coupe le chauffage, tu t’en iras ?
L’homme aux cheveux hirsutes rit sincèrement. De plus en plus sincèrement. Son corps bascule vers le sol mais il se reprend à temps, avant la chute.
- Si tu coupes le chauffage, tu tomberas malade, c’est mathématique.
- Tu connais les mathématiques, toi ? Je doute que tu sois capable de lire une facture.
- Je doute que tu lises parfois autre chose qu’une facture. Allez, recule. Que je mange mon pain noir sans être dérangé.
- Mange-le et vas.
- Tu es pire qu’un idiot. Sais-tu que tu es aussi inutile que moi ?
- Moi ?! Mais sans moi, rien ici ne tournerait ! Les trains seraient bloqués en gare. Tu es méprisant à mon égard.
L’homme aux cheveux hirsutes rit sincèrement. De plus en plus sincèrement. Son corps bascule vers le sol mais il se reprend à temps, avant la chute.
- Pourquoi ris-tu finalement ? Tu es dans une bien triste situation. Tu dois mendier pour manger et tu as froid, tu pues à cent mètres.
- C’est toi qui te plains depuis 10 minutes. Assieds-toi à côté de moi. Dans quelques temps, l’odeur, tu n’y prendras même plus garde. Et le travail attendra.
- Le travail attendra ? Que pourrais-tu savoir de cela ? Lève-toi et pars d’ici ou j’appelle la police.
- La police ne me fait pas peur. Elle me loge à tes frais et me nourrit.
- Tu n’as pas honte ?
L’homme aux cheveux hirsutes rit sincèrement. De plus en plus sincèrement. Son corps bascule et sa tête heurte le sol. L’homme meurt.
L’home à casquette
- Et voilà, on va m’accuser maintenant, de l’avoir tué ou quelque chose comme ça. Moi je n’ai fait que discuter. D’ailleurs il riait.