Je finis par me décourager, et l’absurde me gagne. Je m’appuie sur le muret et me dit que c’est déjà ça de pris. Je regarde dans la rivière, je vois un poisson sommeille à l’ombre d’une grosse pierre. Je vois sa queue qui bouge un peu, lentement, pour se maintenir à la même place. Le courant est faible à cet endroit et avec peu d’efforts, ce que je crois être un jeune brochet se maintient paresseusement derrière le caillou, tout en veillant à ce qu’aucune proie ne lui échappe. Les poissons mangent sans cesse. Ils passent leurs longues journées à cela, et on pourrait croire qu’ils n’utilisent leur énergie que pour trouver de la nourriture.
C’est la première fois que j’observe un brochet vivant. J’en avais déjà vu des énormes, qu’on exposait sur la place du village comme un trophée de guerre. Je n’imaginais qu’ils puissent être aussi souple et élégant. Je n’imaginais pas non plus que pour dernière volonté, mon père choisisse de m’envoyer ici pour deviser sur la beauté des brochets.