Cette nuit, j’ai dormi sur le banc. C’est devenu un lieu à part entière, pas un simple siège où se reposer. Un lieu où tout peut se passer, tout peut s’allumer. A pont Daniel, j’ai laissé mon ennui, j’espère que je n’en ai pas nourri ce pauvre poisson. Je ne comprends toujours pas ce que l’ouvrier agricole voulait de moi, je ne sais pas ce qu’il savait et ce qu’il ignorait. Je ne sais pas, par exemple, s’il savait où il allait, ni si ça l’intéressait. Mais contrairement à ce que je pensais, mon père m’a laissé quelque chose et je compte bien en faire usage. Je garde l’image de la main sur son front, tant pis si c’est un mensonge. Je garde son dos voûté dans l’embrasure de la porte. Je garde surtout le silence. J’ai un morceau de vie pour le remplir. Grâce au banc.
Maintenant que le soleil se lève et que les mains se réchauffent, je vais aller à mon tour, car il me reste du travail. Je tournerai quelques pots, et pendant qu’ils cuisent dans le four, je ferai le café du matin.