22/11/2006

A 12 ans, Denis était un garçon qui avait du cran. Il l’avait en tous les cas démontré un jour en s’enfouissant dans la narine droite un asticot de pêche, après quoi il avait sèchement inspiré par le nez. L’asticot était réapparu un instant plus tard sur le bout de sa langue tirée. Il l’avait alors avalé vivant. Il avait dit « Si l’acide de mon estomac n’en vient pas à bout, ce petit être blanc me percera l’estomac. Et je mourrai ici devant vous. Attendons. »

Nous avions attendu, que faire d’autre ? Nous étions à l’abri des regards des grands, à nous, rien ne pouvait arriver, mais nous ne perdions pas Denis des yeux. Au début, le moindre de ses soupirs, et nous nous tendions vers lui. Après une heure d’attente, deux d’entre nous s’étaient endormis. Des garçons, parce que les filles, elles, avaient les yeux rivés sur Denis.

Denis s’en est sorti. Il a vaincu l’asticot et a toujours prétendu qu’il avait vu, dans le troisième étron qui avait suivi l’évènement, un petit cadavre blanc. Pour rendre hommage à son noble adversaire, il était aller chercher sa flûte avant de tirer la chasse, et sa mère ne lui avait pas demandé pourquoi il jouait aux toilettes. Elle avait juste longuement soupiré. « Elle fait chier ma mère » avait dit Denis qui ne connaissait pas sa chance.

Un soupir, voilà ce que j’aurais bien voulu lui extraire à la mienne de mère, qui ne me voyait ni entrer, ni sortir des toilettes.

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