25/11/2006

Alban avait construit son malheur sur de solides fondations. Personne n’arrivait à l’ébranler. Il était malheureux comme une pierre, mais une pierre plate et stable, alors il avait pris l’habitude. Et son entourage aussi. On le voyait pleurer à chaque heure. Il avait les yeux rouges comme la cendre chaude. Ils rayonnaient.

A la récré, Camille venait s’y chauffer les mains, avec ce petit sourire en coin qu’Alban aimait tant. Ca lui faisait peur tant de bonheur, et pour se rassurer, il se disait que le malheur viendrait bien à temps, à la reprise du cours, quand Camille repartirait dans la classe du dessous.

Mais à force de Camille, le malheur s’est fissuré. Et les yeux d’Alban ont cessé de rougeoyer. Et Camille est allé mettre ses mains ailleurs, les plonger dans un autre malheur. C’est si beau, elle disait à Roger, quand tu trembles.

Depuis Alban a bien changé. Il n’est plus malheureux mais il se gratte et la mélancolie le gagne. Dans les soirées, maintenant qu’il est plus grand, il ne sait plus sur quel pied danser.

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