29/11/2006

Craqué, d’abord doucement, comme sous un ongle. J’ai craqué, mais pas d’une pièce, je me suis d’abord fissuré du dedans. Imaginez une longue plaie intérieure, qui vous déchire un peu plus à chaque mot, sans qu’on puisse l’arrêter. Doucement, avec précaution, pour ne rien laisser derrière. Puis d’un coup, la plaie s’est ouverte au monde. J’ai craqué, une deuxième fois, subitement. Comme une noix, sous un pied délicat, qui s’excuse de m’ouvrir mais qui m’écrase de tout son poids. J’ai fini, étalé, sur le trottoir d’une rue, me voilà redevenu poussière de fruit sec.

Dans la rue, c’est le moment difficile. Le sac à chagrin en bandoulière, je me recompose et ensuite, il faut bien marcher, un pas, un autre pas. Des dizaines de pas à marcher. Je suis vide, un vrai trou noir, je n’aspire à rien. Pendant ce temps, une petite fille passe en courant sur le trottoir d’en face, un son inconnu vient frapper mon tympan, un vent nouveau souffle sur mon crâne, et il fait froid partout sur la terre.

Quelqu’un vient de me lâcher la main. D’accord, je l’avais moite et sale, mais je n’y peux rien, je ne m’y attendais pas.

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