J’ai eu quelques aventures tout de même. J’ai toujours été quitté. Après Maud, Suzie, Régine, Sylvie, Nathalie, Isabelle, j’ai rencontré Jeanne. La relation, en ce qui me concerne, fut très satisfaisante. Mais Jeanne est pourtant là, assise sur une de mes nouvelles chaises en formica, à sauter d’une fesse sur l’autre. Elle va commencer son discours. Je n’ai pas besoin d’écouter. Je suis de retour dans la petite voiture verte, mais ce coup-ci, c’est Jeanne qui a pris le volant. Elle roule doucement, elle ne veut pas me secouer. Je sens qu’elle m’observe dans le rétroviseur, mais moi, je fixe le paysage à l’extérieur. Je regarde dans le vide, mais c’est plein de formes et de couleurs dans ce mouvement. Après quelques minutes de route, Jeanne s’embarque sur un rond-point. Elle y reste plusieurs tours, alors je lui fais remarquer qu’elle tourne autour du pot. Je n’aurais peut-être pas dû. Elle accélère et prends une route mal pavée, je saute sur le siège et manque de cogner le plafond. Je mettrais bien la ceinture de sécurité, mais dans ces vieilles voitures, pas de ceinture à l’arrière. Je regrette un peu le rond-point. Elle bifurque sèchement. Je vois le nom de la plaque de rue : rue de la tendresse. Elle prend ensuite à gauche, avenue du respect, et débouche sur les chapeaux de roues boulevard des hommes sensibles. Au bout du boulevard, elle s’arrête enfin au feu rouge. J’ai le souffle coupé. Jeanne préfère qu’on en reste là, même si bien sûr, nous pouvons rester amis. Bien sûr. Je ne compte pas poser la moindre question. Maude, Suzie, Régine un peu moins, Sylvie, Nathalie et Isabelle y ont sûrement déjà répondu. J’abrège sa souffrance par quelques banalités d’usage, je comprends, restons en contact, merci pour ce que tu as pu me donner, et voilà que Jeanne est partie.