19/12/2006

Mikki Olensën est tombé amoureux de la petite Marta le jour de la rentrée des classes alors qu’ils débutaient tous les deux leur 4ème année primaire. Ce jour-là, elle avait mis du vernis rose sur ses ongles, et Mikki avait beaucoup apprécié cette marque avancée de féminité. Depuis, bien qu’ils ne se soient jamais retrouvés dans la même classe de cours, ils avaient suivi le même parcours scolaire et ils fréquentaient aujourd’hui la même université.

Mikki avait eu quelques amies, et il avait été correctement dépucelé par une certaine Katarina. Il n’était pas malheureux, mais rien, jamais, n’avait pu lui apporter autant d’émotion que de croiser Marta dans un couloir de l’école ou de l’université. Mikki était presque sûr de vouloir épouser Marta. Presque sûr. C’est qu’il n’avait jamais osé franchement l’aborder. Ils se parlaient parfois, mais ils en restaient à des considérations très générales. Et donc, Mikki ne connaissait guère Marta. Un doute persistait dans son esprit. Il avait besoin, avant de lui faire des avances, de s’assurer définitivement que Marta était bien la femme. Mais comment le savoir sans lui parler d’autre chose que du temps ou d’une soirée réussie ou ratée ?

Un jour de saoulerie, Mikki est entré dans les toilettes des hommes et s’est dirigé vers son urinoir favori. Avant de ressortir, il est allé vers les murs du fond. Il a saisi le bic qui dépassait de la poche de son veston, et a écrit sur le mur le message suivant : « Qui peut me parler de Marta, que j’aime en secret ? » Mikki est rentré directement chez lui après avoir posé cette question sur le mur des toilettes. Il est resté allongé sur son lit, tout habillé, et n’a presque pas dormi. Il pensait aux réponses, aux messages, aux indications. Il avait peur.

Le lendemain, Mikki n’est pas passé par les toilettes du foyer, ni le surlendemain. Mais le samedi, il est aller voir le mur du fond. Et il a vu que quelqu’un avait écrit quelque chose. Quelque chose d’intéressant, sur Marta. Pendant des mois, Mikki est passé plusieurs fois par semaine voir si on avait laissé quelque chose. Le mur se couvrait doucement de Marta. Bien sûr, au début, les renseignements d’ordre sexuel étaient plus nombreux, on était quand même dans les toilettes des garçons, et ceci d’ailleurs ne dérangeait nullement Mikki (Marta semblait en bonne santé et le faisait savoir), mais petit à petit, beaucoup d’autres aspects de sa personnalité étaient évoqués. A la fin de l’année, Mikki trouvait que l’ensemble de la fresque était de bonne facture.

La veille de la remise des résultats, Mikki faisait la fête avec des amis dans le foyer de l’université. Il se rendit aux toilettes, pour uriner, pas pour lire. Il fut surpris de trouver un message, à l’écart des autres, presque en face de son urinoir préféré. « Dépêche-toi, où elle est pour moi, Marta ». Mikki ne rentra pas chez lui cette nuit-là. Il rôda toute la nuit dans plusieurs bars. Le lendemain, lors de la fête officielle de fin d’année, Mikki parla à Marta et la déposa chez elle. 15 jours plus tard, ils s’embrassaient.

Aujourd’hui, Mikki travaille dans une banque et Marta attend le second. Cela fait 5 ans qu’ils sont mariés. Mikki gagne très bien sa vie déjà. Pour la première fois depuis qu’ils sont mariés, Mikki à menti à Marta : il ne va pas au bureau ce samedi matin. Il n’a pas de travail en retard. Il va à l’université.

Dans le foyer, des étudiants sont encore ou déjà à la bière. Il est 10 heures du matin. Mikki se rend immédiatement dans les toilettes et va vers le mur du fond. Il relit les messages, les dizaines de messages sur le plâtre jauni. Il recule et regarde la fresque à la base de laquelle se trouve sa question. Il prend dans la poche de son veston le bic en argent reçu l’année passée, à Noël, il se penche, et en dessous de tous ces messages écrit : « Je ne parlais pas de cette Marta là ».

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