21/12/2006

Un, deux, trois, lâchez tout, patatra. A l’angle de la rue, j’attends à l’angle de la rue que passe dans un sens, puis dans l’autre, l’ensemble des travailleurs. Comme des marées asymétriques et précises, on me passe par-dessous dans un sens puis dans l’autre.

J’ai les jambes dans le vide de la ville pendant le jour entier. A midi précise, j’ouvre ma boîte à tartines et je mâche doucement en regardant les rues désertes et les voitures immobiles. Vers 17 heures, tout s’active, la pollution me monte dans les narines et les pas résonnent autour de moi. La ville s’active et déborde. Moi, je range calmement ma boîte à tartines dans ma sacoche car je vais aussi rentrer chez moi. Je reviendrai demain, au même endroit, ne rien faire, être là.

Je suis peintre en bâtiment. Je ne travaille pas, je ne travaille plus. J’ai pendu à mon échafaudage un calicot : « je ne peins plus ». Faire la grève si haut perché, c’est se rendre la vie bien difficile. Personne jamais ne lève le nez, on ne voit rien de moi et de ma lutte. Mais ce matin, j’ai pris une grande décision. Quand la marée descendra vers les bouches de métro, je laisserai tomber le contenu d’un pot de peinture blanche et lourde pour qu’enfin on me voie. Moi aussi, je suis un artiste.

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