22/12/2006

Lobro est mendiant depuis 3 ans. Tous les matins, il s’assied sur le trottoir, devant un magasin de vêtements, et place devant lui un petit pot de plastic brun. Il baisse alors le regard. Lobro ne voit que les pieds des passants.

Quand quelqu’un dépose une pièce dans le petit pot brun, Lobro aperçoit une main. Il ne dit rien, on ne lui parle jamais. Il compte des centaines de pieds pour une seule main.

Lobro a vu passé la colère du monde et les jours de fêtes dans des milliers de chaussures. Lui, dans ses couches, ses pelures, son satin maudit, il frissonne ou il sue. Toujours les mains sur les genoux, toujours. A l’heure du repas qu’il ne prend pas, il a une pensée pour la faim. Quand il refuse un morceau de pain, il entend la morale qui s’éloigne en claquant les talons. Mais si Lobro dit non, c’est en pensant à demain, sans croûte ni mie.

Aujourd’hui s’est produit un véritable événement. Quelqu’un a shooté dans le gobelet de Lobro, qui a volé et puis roulé, et la petite monnaie s’est répandue sur le sol. Des pieds ont sauté pour éviter l’accident. Lobro n’a pas bougé. Statue figée.

Quand le soir l’a chassé de sa vitrine, Lobro a ramassé le pot, pas la monnaie. Aujourd’hui d’un coup de pied, quelqu’un a fait voler le monde de Lobro. Il a perdu la recette de la journée, mais il a le cœur un peu moins lourd. En se couchant, Lobro pense à la volonté qu’il a fallu pour envoyer si loin, d’un seul coup de godasse, le petit pot brun.

Ecrire un commentaire