Ce matin j’ai acheté un nouveau matelas, un matelas fort coûteux, mais je me demande s’il m’apportera de meilleures nuits, où si celles-ci ne sont livrées qu’avec le modèle supérieur, celui avec les ressort en latex recyclé du Brésil. C’est que pour moi, c’est la saison des tremblements apparemment. Parfois, allongé sur mon lit depuis heures, je vois sur le plafond la nuit passer d’un côté à l’autre de la chambre. J’ai les doigts plantés dans le drap qui couvre mon matelas à ressort et les mâchoires comme des cisailles. je suis froid au-dedans, très froid, et je sue. Voilà un triste sort. Pardon si je vous déprime, comprenez mon embarras, c’est la voisine qui me dit que j’ai triste mine que je fais peine à voir, et je m’inquiète. Je vous ai écrit ce petit poème pour vous dire mon désarroi. Mais je comprends que vous tourniez la page. On ne s’abîme pas les yeux pour s’abîmer l’âme, n’est-ce pas ? C’est la joie, la beauté, qu’on cherche dans les lignes. N’est-ce pas ?
- Fermez-vous les yeux pour dormir ?
- Docteur, bien sûr, jusqu’à me lasser. Après quoi je les ouvre.
- Et si vous les gardiez fermés ?
- Ah, parler à un scientifique, quel calvaire.