21/01/2007

Je suis revenu sur les routes de mes exploits. Celles sur lesquelles j’ai remporté tant de victoires d’étapes. C’est sur ce mauvais bitume, avec le vent de face, que j’ai battu des meutes d’Italiens, d’Espagnols, mais surtout de Français, lancés à mes trousses, ne pouvant remonter le champion que j’étais.

Le soir, en mangeant une crème à la vanille, je regardais les retransmissions de l’épreuve du jour, dans lesquelles je ne figurais jamais. Pour peu que je me souvienne, je ne m’en étonnais même pas. Mais c’est peut-être ce manque de rigueur journalistique qui me poussait, le lendemain matin, à réécrire courageusement l’histoire du sport cycliste.

J’apprends depuis peu que ceux de la télévision sont tous emplis de produits divers. Certains sous couvert d’une ordonnance médicale, d’autres pas. Ces derniers sont hués comme des vauriens, les plus malins sont rois. Moi qui n’ai jamais osé m’injecter la moindre substance dans la moindre veine, je ne doute pas que j’aurais fait un grand champion, d’une catégorie particulière, celle des purs, qui ne roulent qu’avec de la crème à la vanille dans les mollets.

L’insouciance est le cadeau des enfants véritablement gâtés. Certains mois de juillet, je m’y suis noyé. Elle a constitué pour moi le plus douillet des nids. Dont aujourd’hui encore, je l’avoue, je m’extrais avec difficulté. Il m’arrive, ayant atteint le sommet d’une côte, de lever le poing en signe de victoire. Je m’assure d’abord qu’il n’y a aucun témoin. A mon âge, il faut être prudent. Certains ne me le pardonneraient pas.

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