Archive pour février, 2007

11/02/2007

Que peut faire un enfant ? Il n’est pas sensé être frappé de raison. Il doit jouir de l’enfance, et qui n’en jouit pas ne pourra se rattraper plus tard. Ce qui est passé, est passé. Tom le sait, il tente de faire de son mieux. Il enfonce ses mains au plus profond de ses poches et shoote dans un caillou. Mais cela ne suffit pas. Il faudrait bien plus pour dire qu’une vie passe par là. Ici, entre ses deux oreilles, il ne sent que la terreur le gagner à chaque centimètre. Chaque avancée est un échec, un peu plus de terre sur son petit corps recroquevillé sur le matelas. Tom tombe bien bas.

8/02/2007

Le soir est ma seule paix. Quand la lumière fuse, que je vois mon ombre à des mètres de moi. L’été est mûr et rien d’autre ne pourrait compter que de décompter les heures qu’il me reste sur un terrain d’insouciance. La nuit est une lumière intense. La nuit est une peur sans fond, un puit de souffrance. La nuit est cause de troubles. La nuit ne passe pas vraiment, elle s’étale sur moi. Je vous assure, elle me prend, c’est la seule qui me soit fidèle à ce point. Je voudrais d’une vie sans lit. Le lit est la rivière de mon malheur.

6/02/2007

Tom qui ne pouvait vivre sa vie lançait des petits cailloux contre les carreaux de celle d’à côté. On finit par ouvrir la fenêtre. Mais là-haut on parlait une langue qu’il ne comprenait pas. Rien à faire.

Ma vie est celle-là que je vois étendue à mes pieds. J’en ramasse un fragment et le porte à mon oreille. Est-ce que vous croyez que j’entends la mer, comme dans un coquillage ? Non, évidemment. J’entends la cadence infernale. Celle du sang qui bat trop fort dans mes veines depuis que j’ai 12 ans.

4/02/2007

- C’est la clarté du jour dans cette boîte ?
- Oui.
- Et si je l’ouvre ?
- C’est la clarté du jour.
- Ah oui, bien sûr. Je peux ?
- Il y a là un enfant qui dort. Qui nous a laissé le soin de son sommeil. Laissons la boîte où elle est.
- Mais le jour doit bien venir, n’est-ce pas ?
- Laissons la boîte.

Jusqu’à l’âge de 12 ans, pour Tom aussi, on a gardé la boîte fermée. Mais une nuit, quelqu’un l’a ouverte légèrement, et la lumière a jailli. Depuis, Tom ne dort qu’à moitié quand il dort. Ce qui le rassure le jour, la nuit, l’empêche d’accéder au véritable repos.

Tom sera fatigué toute sa vie durant. Il a un visage sec comme un petit désert. Pour lui, on ne pourra plus rien planté qui ne soit arrosé de larmes.

2/02/2007

J’arrive à un âge. Comme tout le monde. Moi, ou plutôt aujourd’hui, c’est celui que j’appellerais l’estuaire de la vie. Le moment où le champ des possibles se réduit à cause du temps alors que les rêves accumulés forment une ligne d’horizon complète, de gauche à droite. Seul compte ici en fait d’éviter le naufrage. On sert les dents. Voilà ce qu’il convient de faire à mon âge avancé, à la moitié, entre deux eaux.