Jodie a pris froid ce matin. En sortant du bain, elle a couru sur la terrasse, à peine couverte d’une serviette. Parce qu’elle entendait hurler dans la rue. Une femme qui faisait les cent pas devant dieu sait quoi. Sa robe à fleurs bleues cachée sous un tablier sans âge. Elle avait les poings serrés, les levait au ciel, puis les cachait sous ses aisselles. Une femme blonde, rouge, rouge. Un petit bout, un peu tordu par la rage, que rien n’effraie puisqu’elle semble défier le ciel. Puis, c’est la détresse. Elle s’appuie sur le mur de la maison, plonge son visage dans ses mains noires et pleure en geignant.
Quelle est cette histoire. Qui a croisé cette femme pendant le bain? Qui ne l’a pas vue? Qui lui a dit quelque chose ou qui l’a jetée dehors?
Jodie tousse. Elle a déjà fini de manger. Sa mère lui passe la main dans les cheveux.
- Va te coucher, dit-elle. Demain, c’est la rentrée.
Dans le lit, Jodie pense à la femme aux fleurs bleues. Quelle vie, pense-t-elle.
Quelle vie au matin. Comme c’est lourd sur son dos. Comme tout est loin ce matin. Quand elle passe devant la maison des cent pas, elle regarde doucement par la fenêtre, mais rien. Personne ne va à l’école, ici. Jodie continue à tirer plus loin son courage et sa fatigue. Ils sont tous deux dans son cartable. Elle en prendra soin, mais là, maintenant, toutes ces questions qui la ramènent en arrière, pour revenir à la fenêtre, rester là tout le jour, voir. Voir. Une autre scène, un autre moment de la vie.
Mais voilà le bus, elle court et saute, paie et s’asseoit. Pour la vie, on verra un autre jour.