Archive pour octobre, 2007

16/10/2007

Le type frappait sur les clous comme un furieux. Il les enfonçait parfois d’un seul coup de marteau dans le bois. Des pointes de 6 centimètres. C’était incroyable. Il suait, il était trempé comme s’il avait plu sur lui, ses cheveux collaient à son visage, ses longs cheveux roux et bouclés, qui dessinaient des dizaines de petits serpents sur son front. J’avais l’impression que si je disais ne fut-ce qu’un mot, le prochain clou était pour moi. Apparemment, tout le monde pensait comme moi. Il n’y avait de la place que pour lui et ses râles.

Il a vidé une boîte de clous dans le gros bloc de bois. Puis, il l’a soulevé, et l’a jeté dans le feu qui s’est mis à vrombir dans la cheminée. La pièce est devenue orangée du sol au plafond. Nous suions à notre tour. Lui avait l’air calme maintenant, comme hypnotisé par les flammes.

Les colères du forgeron étaient célèbres dans la région. Ce soir-là, nous étions 8 gamins, tétanisés de peur. Nous n’avons jamais su pourquoi il s’était mis dans cet état. Et moi, j’aurais préféré avaler trois clous que de lui poser la question. Pourtant, le forgeron, nous pouvions le regarder travailler pendant des heures. Nous prenions souvent le risque de nous glisser au fond de son atelier.

Aujourd’hui, il plie le forgeron. Il courbe. Il a mal séché de la dernière drache. Quand je vois cet homme penché sur sa canne, et que je me souviens de ses colères, c’est comme deux mondes.

13/10/2007

A chaque pas, j’écrase la neige. C’est le bruit qui me frappe. Et le silence entre les pas. C’est magique. Ca a l’air si doux, et pourtant, pour rien au monde je ne voudrais tomber dedans. Je sens, rien qu’à y penser, la neige qui fond dans le cou, coule dans le dos.

Je tourne autour d’un arbre et mon chemin est de plus en plus sombre car apparaît la terre piétinée, l’herbe écrasée, déchirée. A force de marcher, mon chemin est de plus en plus clair, il se dessine d’une manière si contrastée.

Je voudrais le quitter.

Quand je le quitte, comme je regarde derrière moi, je ne profite pas vraiment du paysage. Je regarde l’arbre cerclé de boue.

Regarde devant toi. Perds le sens de l’orientation, gagne celui du vent. Perds-toi mille fois avant de calculer quoi que ce soit.

Mille fois, comme le temps passe vite en ce moment.

5/10/2007

Il compte sur son corps les hématomes. Comme autant de petits bonheurs, des contacts fortuits avec le sol, des prises de risques, des joies qui planent, comme des feuilles à cette saison-ci. De tout. Des bruns, des bleus, des noirs. Des rouges, du rose aussi. Des tâches, des points, des auréoles, en fonction du jour de la semaine.

La semaine prochaine, il tombera de nouveau. Jusqu’à avoir une peau d’éléphant. Et à ce moment-là, qui peut dire ce qui se passera ? Est-ce que le plaisir sera toujours là ?

4/10/2007

Maria avait la main haute, très haute (vraiment très, très, haute) au-dessus de la tête. Elle flottait là, sans bouger, la main. Puis elle est venue se ranger dans une poche. Et Maria a dit « Ciao ». Je n’aurais rien pu entendre, parce que moi, j’étais de l’autre côté de la vitre blindée. Mais avec l’habitude, la longue habitude, ça a sonné dans ma tête. “Ciao”.

Maria a dit “Ciao” puis s’est retournée et a marché rapidement vers le parking. Je ne sais pas quelle expression pouvait avoir son visage.

Dans l’avion j’ai fourré mon manteau dans le compartiment prévu pour les bagages à main. J’avais envie d’être débarrassé. J’ai attrapé un rhume pendant le vol.

En descendant de l’avion, je passais ma main sur les pans froissés de mon manteau. Il faisait très froid à Stockholm.

En arrivant à l’hôtel, j’ai appelé Maria à la maison et elle n’était pas là.

3/10/2007

Dans la terre, il n’est plus là. A l’endroit où on l’avait laissé, c’est un autre puis un autre puis un autre. Des noms sur des petites croix de bois, vaguement plantées, qui penchent dans la gadoue.
C’est comme ça.
Gégé fait des tours dans l’espace, à califourchon sur un chicon. Gégé ricane, la tête rentrée dans les épaules. Il nous voit, on ne le voit pas.