16/10/2007

Le type frappait sur les clous comme un furieux. Il les enfonçait parfois d’un seul coup de marteau dans le bois. Des pointes de 6 centimètres. C’était incroyable. Il suait, il était trempé comme s’il avait plu sur lui, ses cheveux collaient à son visage, ses longs cheveux roux et bouclés, qui dessinaient des dizaines de petits serpents sur son front. J’avais l’impression que si je disais ne fut-ce qu’un mot, le prochain clou était pour moi. Apparemment, tout le monde pensait comme moi. Il n’y avait de la place que pour lui et ses râles.

Il a vidé une boîte de clous dans le gros bloc de bois. Puis, il l’a soulevé, et l’a jeté dans le feu qui s’est mis à vrombir dans la cheminée. La pièce est devenue orangée du sol au plafond. Nous suions à notre tour. Lui avait l’air calme maintenant, comme hypnotisé par les flammes.

Les colères du forgeron étaient célèbres dans la région. Ce soir-là, nous étions 8 gamins, tétanisés de peur. Nous n’avons jamais su pourquoi il s’était mis dans cet état. Et moi, j’aurais préféré avaler trois clous que de lui poser la question. Pourtant, le forgeron, nous pouvions le regarder travailler pendant des heures. Nous prenions souvent le risque de nous glisser au fond de son atelier.

Aujourd’hui, il plie le forgeron. Il courbe. Il a mal séché de la dernière drache. Quand je vois cet homme penché sur sa canne, et que je me souviens de ses colères, c’est comme deux mondes.

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