Archive pour novembre, 2007

25/11/2007

Lee et Mary étaient bons amis. Mary avait donné un double de ses clés à Lee, qui passait souvent à l’improviste chez elle. Il aimait la surprendre dans son loft, et la regarder ensuite vaquer à ses occupations, sans faire aucun commentaire.

Un lundi, Lee était arrivé au moment où Mary sortait de la douche. Elle lui avait dit qu’elle aimerait parfois avoir un peu plus d’intimité et Lee avait dit d’accord. Il s’était dirigé vers la porte et avait tourné la clé dans la serrure. Voilà. Lee avait mal compris ce que Mary demandait, et elle le lui avait dit: tu ne comprends pas, quand je sors de la douche, je ne désire pas toujours te voir vautré dans mon sofa. Lee était rentré chez lui un peu vexé. Ils ne sont pas revus pendant des années.

Mais un jour, comme il désirait revoir Mary, Lee a pris un crayon et un morceau de papier et a écrit l’histoire du petit incident. Il a mis le morceau de papier dans une boîte à tartines (celle qu’il utilisait à l’école primaire). Il a pris le métro jusqu’à la gare de l’Ouest et a attendu qu’un train arrive sur le quai. Pendant l’arrêt de ce train, Lee a jeté la boîte à tartines dans un des wagons et est redescendu. Il est rentré chez lui. Dans son esprit, le malentendu avait disparu, il était loin, on ne sait pas où exactement.

Il est allé tout de suite chez Mary. Il a sonné à la porte et un homme lui a ouvert. Bonjour. Bonjour, je suis Lee. Mary a déménagé ? Non, elle habite toujours ici. Elle est sous la douche. Tu veux rentrer et l’attendre ?

Lee est retourné tout de suite chez lui. Le lendemain, il lisait dans le journal qu’un train avait déraillé à la sortie de la ville.

23/11/2007

Nous sommes 5. Nous nous levons tôt le matin, descendons sur la plage et allons à la limite de l’eau. Avec un doigt, nous dessinons dans le sable humide. Ce sont de petites traces, des riens du tout. Sur le jour, l’eau lave et relave le sable. Mais, au soir, si nous retournons sur nos pas, nous retrouvons les traces de nous sur le sable. Nous croyons avoir marqué quelque chose. Et pourtant, le lendemain, tôt le matin, nous descendons sur la plage.

22/11/2007

Elle danse, elle saute dans sa robe en laine, sa lourde robe en laine. Olga, elle tournoie entre les tables, elle pousse les chaises. A part elle, tout le monde titube. C’est dimanche.

Olga, je l’ai surprise, se penchant sur l’étang, pour regarder ses nouvelles tresses, longues. Elles pendent jusqu’au coudes quand elle se tient debout. Là, elles tombent et flottent sur l’eau. C’est mardi partout. On retient son souffle.

Je l’ai prise sous les bras, Olga. Je l’ai prise par là, je l’ai portée pendant quelques pas, vendredi soir, puis elle a couru comme une folle vers la maison.

Samedi. La robe de laine sèche au jardin. C’est toute une semaine de vacances qui goutte dans l’herbe sèche. Je vais à la gare en passant par le bar du dimanche. Il n’y a que des hommes qui fument, jettent des cartes ou se grattent sous la casquette. C’est bleu de fumée. J’achète mon billet en regardant tout autour de moi. De la poussière, des papiers froissés, un petit souffle d’air. Du banc, c’est tout ce que je capte. Du banc, à l’ombre, sous le préau du quai.

Au moment de monter dans le wagon, rien ne me dit que je reviendrai. Rien ne dit rien, et personne ne bouge. Une seule place libre pour moi et ma sacoche de cuir, sur les genoux.

Quand le train se remet à grincer, j’enfonce mon visage dans le creux de mes mains.

4/11/2007

L’un fut poussé par la guerre. L’autre par la faim. Un troisième par la rage.

Ils se retrouvent, entre quatre murs.

Ils prennent le café à la petite fenêtre. Un sucre pour adoucir le temps gris, le froid qui vient de partout, va partout.

On s’encourage. On dit qu’on eu raison. Que sinon, sûr qu’on s’y prend toujours trop tard, qu’on s’y prend mal. On calcule quoi. Sans compter qu’il faut encore du temps et du temps pour expliquer tout ça à tant de gens. Faut foncer tête baissée. Sûr, autant être là, déjà.

Comme c’est haut ici. Est-ce que New York c’est encore plus haut ? demande l’un. Les deux autres rigolent mais ils n’en savent rien. Puis plus un mot. La nuit tombe, on va s’allonger pour une autre nuit au sommeil léger. Demain, c’est comme demain. Quand ils sont sur leur matelas, ils doutent, chacun. Ils ne font plus que ça, marche arrière.

2/11/2007

L’un monte les marches quatre à quatre, l’autre passe la jambe. L’un, arrivé au quatrième étage s’arrête. Il pense. Réfléchit. Pèse le pour et le contre, tourne un peu en rond sur le palier. Se pousse un peu pour laisser passer. Amène quelques doigts au menton. Soupèse. Hésite en somme. Au quatrième étage, l’un n’est plus sûr. Au quatrième étage, l’autre non plus. L’un finit par faire demi-tour. Il descend lentement les escaliers jusqu’au rez-de-chaussée. L’autre n’a pas changé d’avis finalement. L’autre l’attend, étendu.

1/11/2007

Plus qu’à se laisser filer, vers le bas de la vallée. Tout ce qui reste, c’est du vent dans les cheveux, sur le front. Quelques doux virages. Des bonjours, des signes de la main, des masses de signes de la main. Des rides aux coins des yeux.

Pour l’heure, je suis encore en équilibre, tout en haut, entre la fin de l’effort et le moment où je bascule. Le froid des sommets me colle aux bras.

Demain, je commence la descente. J’imagine, d’abord, les mains sur les freins, comme tout le monde. Je me demande si j’oserai laisser aller. Laisser aller.