10/12/2007

Dans une ville aux abords d’un désert, un homme se lève, seul, et garde les yeux fermés car il fait rouge aujourd’hui. Après le café renversé, en partie du moins, il fait ses lacets et noue sa cravate à tâtons. Il pousse dans sa bouche ce qu’il espère être une tranche de pain, sort et referme la porte de l’appartement derrière lui. Il fait rouge aujourd’hui, c’est le pays qui veut ça dit on à la radio, dans l’appartement d’à côté.

Un homme, seul, marche sur le trottoir. Il fait si rouge que même avec les yeux fermés, il a mal, si mal aux tempes, qu’il les presse entre le pouce et l’index pour les soulager.
Un homme, seul, marche sur le trottoir en titubant. Tous les volets sont baissés. Les rideaux tirés sont orangés quelque soit leur couleur. Il fait si rouge.

Un homme perdu continue à marcher. Il se croit capable, il marche sans se soucier de rien, car il sent bien que personne d’autre que lui n’a pris le risque de sortir ce matin. Il ne craint rien. L’homme prend la mauvaise route avec la joie d’un enfant sur le chemin des vacances. Une joie qui dit que ce sera mieux plus loin, mieux qu’ici, mieux que maintenant. A cette borne-ci, c’est décevant bien sûr, mais mieux attend sagement, les mains posées sur les genoux.

Rien pendant quelques temps. Puis une odeur de fuel, une odeur lourde et volage à la fois. L’homme s’assoit sur le bord de la route pour fumer une cigarette.

Un homme dit tout haut qu’il est déçu de la tournure des événements. Il prend part au repas sans qu’on l’y invite. C’est la seule maison sur la route et le rouge tourne maintenant au sombre. Il fait si froid que personne ne sort les mains de ses poches. On aspire la soupe à même l’assiette. On s’arrête parfois de manger pour regarder l’homme, arrivé seul, qui a parcouru une longue distance, depuis la ville jusqu’ici, la dernière pompe à essence avant longtemps. Pourquoi venir jusqu’ici si c’est à pied demande le barbu. L’homme ne répond pas. Il ne s’arrête même pas de laper. Il a faim comme jamais.

Il dort à même le sol, sans bouger d’un pouce. Le lendemain, tout est bleu. C’est reparti pour un tour dit le barbu. Les voitures se suivent à la pompe, on s’invective quand un conducteur prend trop de temps, plus de temps, ou du temps, pour remplir le réservoir.

Un homme, seul, rentre à pied vers la ville. En marchant à reculons, il fait de l’auto-stop, le pouce vaguement levé vers le ciel. Personne ne lui propose quoi que ce soit. Il faut dire, il dépasse les voitures qui roule si lentement, si lentement. Tout est bleu pour le moment.

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