24/12/2007
Celui-là est né dans un chenil. Aujourd’hui, on voudrait bien lui apprendre à dire s’il-vous-plait-voici. Mais c’est mal parti. Hier, il a mordu son frère, ça se chamaille dans la famille de père en fils. Il répond aux doux noms de la ville, il répond tout le temps, à chaque fois, effrontément. Il ne lâche rien. Sauf les coups, les coups, il les donne pour un rien. Puis il jure, la main sur le cœur. Né dans un chenil, je vous dis. Et avec ça, pas de regret. Il voit au jour le jour. Que voulez-vous qu’on fasse ? Nous, nous respectons ces gens-là. Oh, bien sûr, on les tient à distance les jours de fêtes, on les range quand il faut cacher des choses à leurs yeux concupiscant. Mais pour le reste, c’est avec la main nue qu’on tend la nourriture. Avec le cœur qu’on leur parle d’avenir. Nous n’attendons rien en retour. Mais quand même, celui-là, c’est comme s’il pissait le matin dans un coin, et le soir, quand c’est propre, il recommence. On a beau lui dire, de toutes les manières que l’éducation admet, dans ces cas-ci du moins. Mais rien n’y change. L’été passé, on l’a même emmené à la mer. La première fois, à son âge, vous vous rendez compte ? Et bien, voilà, il n’a pas mis un pied sur la plage. Après ça, il a demandé une gaufre. Moi je me dis parfois qu’on naît où l’on doit naître. J’essaye de tuer cette pensée. Je n’y arrive pas, avec le temps, de moins en moins. La violence, ça me dégoûte, moi. Je suis à ma place, il est la sienne, c’est ça que je veux dire. Ce n’est pas une question de naissance, c’est une question de place. Je me demande parfois ce qu’il ferait s’il était à ma place, et moi, à la sienne. Merde, ça me fout les boules de penser à ça. C’est comme un gouffre, le sens, tout ça, tout tombe dedans, au fond du puits comme disait mon grand-père. Tiens. Mon grand-père, je me demande. Soit, bref, ce petit salaud va me gâcher le réveillon. J’attends depuis 3 heures dans ce putain d’hôpital, et toujours pas de nouvelles. Je vous jure, je suis tenté de partir. Ma femme et mes gosses m’attendent. Deux. Un blond et un brun, elle et moi, chacun sa part du gâteau. Chacun son truc. Nous, on vit à la campagne, c’est mieux pour les enfants.