Si l’on reste à distance, c’est une aurore comme les autres. Une campagne au matin. Si l’on est prudent. Humide, froide. Rien. Si l’on est distrait, c’est un ciel livide et un petit morceau de terrain. Une colline. Un arbre mort. Une fermette. C’est tout.
Puis finalement, si l’on n’a rien d’autre à faire, et que l’on s’approche, un pas suffit. Un pas seulement. Alors, là, derrière la porte et les volets. Et l’inclinaison de l’arbre, et l’ombre de la maison sur le sol. Et le ciel, jaune finalement. Voilà. Ca commence.
Les chuchotements. D’abord, on croit que c’est le vent dans les branches. Mais non, ce sont de petites voix, du brouillard d’âmes qui respirent sous le toit de chaume. Je m’approche encore et j’entends à nouveau la chanson d’une femme. Pour un enfant ? Pour des enfants ? Mais oui. Mais oui, des rires étouffés. Très haut. L’homme est parti, avant que le soleil ne se lève. Et quand les enfants se sont levés pour rejoindre les parents au lit, ils ont eu froid, ont pleuré. Et maintenant leur mère chante, pour eux mais aussi pour se donner du courage. Il faut se lever.
Quand Marie arrive, je l’attire chaque fois d’un geste de la main vers la reproduction. Elle ne comprend pas me dit-elle pourquoi je traverse chaque dimanche le musée au pas de course pour venir me planter devant cette affiche, en face des toilettes, à la sortie. Marie et sa thèse ont la moitié de mon âge.
La petite chanson me suit jusqu’au lundi soir, parfois le mardi. A moi aussi elle me donne du courage.
J’attends le dimanche.