Archive pour mars, 2008

16 mars 2008

Si l’on reste à distance, c’est une aurore comme les autres. Une campagne au matin. Si l’on est prudent. Humide, froide. Rien. Si l’on est distrait, c’est un ciel livide et un petit morceau de terrain. Une colline. Un arbre mort. Une fermette. C’est tout.

Puis finalement, si l’on n’a rien d’autre à faire, et que l’on s’approche, un pas suffit. Un pas seulement. Alors, là, derrière la porte et les volets. Et l’inclinaison de l’arbre, et l’ombre de la maison sur le sol. Et le ciel, jaune finalement. Voilà. Ca commence.

Les chuchotements. D’abord, on croit que c’est le vent dans les branches. Mais non, ce sont de petites voix, du brouillard d’âmes qui respirent sous le toit de chaume. Je m’approche encore et j’entends à nouveau la chanson d’une femme. Pour un enfant ? Pour des enfants ? Mais oui. Mais oui, des rires étouffés. Très haut. L’homme est parti, avant que le soleil ne se lève. Et quand les enfants se sont levés pour rejoindre les parents au lit, ils ont eu froid, ont pleuré. Et maintenant leur mère chante, pour eux mais aussi pour se donner du courage. Il faut se lever.

Quand Marie arrive, je l’attire chaque fois d’un geste de la main vers la reproduction. Elle ne comprend pas me dit-elle pourquoi je traverse chaque dimanche le musée au pas de course pour venir me planter devant cette affiche, en face des toilettes, à la sortie. Marie et sa thèse ont la moitié de mon âge.

La petite chanson me suit jusqu’au lundi soir, parfois le mardi. A moi aussi elle me donne du courage.

J’attends le dimanche.

10 mars 2008

Tiens, aujourd’hui les trottoirs sont vides. D’habitude, à cette heure, les vieux prennent l’air, sur une chaise, devant leur porte d’entrée. Mais aujourd’hui, personne. Nous marchons en silence. Tiens, on n’entend que nos pas. Je compte trois des miens pour un des siens. Tap tip tip Tap tip tip Tap tip tip Tap. Tiens, c’est la première fois qu’il prend ma main dans la sienne. Ses mains ! Enormes ! Il tient délicatement ma petite patte dans sa grosse pogne. Du bout des doigts, je caresse la peau sèche, rêche. Je sens les durillons. Je sens aussi que s’il devait serrer le poing il me broierait les os. C’est un ours qui m’emmène en promenade. Un ours dressé. Un ours à casquette et bretelles. Un ours rasé de près. Mais un ours quand même.