Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas si j’ai oublié ou si je n’ai jamais su.
Dans la pièce d’à côté, on reçoit des messages codés. Rien pour moi mon lieutenant demande quelqu’un. Cela semble être négatif.
Je ne sais pas qui je serais si j’en avais le courage. Je ne sais pas être.
Je me frappe de mes erreurs, elles me glacent le sang, me griffent.
Je ne sais pas. Plus rien.
Le sol se dérobe et pourtant je suis sur la mer.
Rien pour le soldat. Le lieutenant est sans doute accoudé, il regarde distraitement arriver les messages codés, dans la pièce à côté, à côté de moi, qui ne sais ce que c’est que ce moi, qui suis moi-même codé.
Encore un fameux chemin à faire avant d’accoster.
Encore un fameux trajet, une traversée comme on en faisait au temps du Titanic.
Save Our Souls.
Pas assez de chaloupes.
Je ne sais pas qui je suis et si je coule ou si je survis, si je m’étouffe ou si je respire enfin.
Dans la pièce à côté, c’est le commandant qui vient d’entrer, une bouteille à la main, il commande.
Il dit à demain à l’officier de quart.
Il va se coucher. Moi aussi qui ne suis ni commandant ni officier, ni soldat, juste un message codé. Je vais me méprendre toute la nuit durant.
Je suis allongé. Je sens à quelle point la mer est un âme et qu’il faut y plonger. Boire l’eau salée à en vomir. Si l’on veut vraiment se reposer.