Archive pour janvier, 2011

28 janvier 2011

Je suis passé par dessus bord et j’ai crié “un homme à la mer” sachant pourtant que j’étais le seul sur ce maudit bateau. Une fois dans l’eau, alors que je coulais consciencieusement, j’ai vu, à la surface, une bouée, une bouée orange, lancée à ma rescousse.

Je n’étais donc pas seul sur le bateau.

28 janvier 2011

Je suis violent. Je suis chaud. Je suis doux. Je suis du Nord. Je suis glacé. Je suis tourbillonant. Je suis de face. Je suis fort. Je suis très fort. Je suis au ras du sol, sous la porte. Changeant. Je suis contraire. Je suis de l’Est. Je suis de la terre, je suis de la mer.
Je vous instruis. Je dissimule. Je soulève. Je recouvre.
Je meurs chaque jours. Je suis toujours. Je suis à l’infini.
Je parcours les malheurs du monde. Je suis un cri. Je suis un soupir. Je suis la joie, moi-même.
Je suis le vent.

27 janvier 2011

Un homme cherche un lieu. Il se pose la question: où vais-je aller porter mon cri?
Il traverse des villes, des canyons et des océans, franchit des montagnes. Rentre finalement à la maison, s’arrête au coin de chez lui. Alors que tout le monde le cherche et que la rue est déserte, il y dépose son cri.
C’est un cri gigantesque. Qui prend tout, le prend, le jette au sol. Mais personne d’autre pour entendre ce cri. Des maisons, des voitures, des trottoirs, le monde qu’on lui avait construit.
Il est mort en tombant.
Se fend le crâne sur un coin du monde.
Perd son sang, fait des flaques. Disparaît tout entier dans l’égout et flotte, va, à la nage, et ce qui reste de lui s’étend sur un rivage.
Cet homme est devenu le vent.

26 janvier 2011

Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas si j’ai oublié ou si je n’ai jamais su.
Dans la pièce d’à côté, on reçoit des messages codés. Rien pour moi mon lieutenant demande quelqu’un. Cela semble être négatif.
Je ne sais pas qui je serais si j’en avais le courage. Je ne sais pas être.
Je me frappe de mes erreurs, elles me glacent le sang, me griffent.
Je ne sais pas. Plus rien.
Le sol se dérobe et pourtant je suis sur la mer.
Rien pour le soldat. Le lieutenant est sans doute accoudé, il regarde distraitement arriver les messages codés, dans la pièce à côté, à côté de moi, qui ne sais ce que c’est que ce moi, qui suis moi-même codé.
Encore un fameux chemin à faire avant d’accoster.
Encore un fameux trajet, une traversée comme on en faisait au temps du Titanic.
Save Our Souls.
Pas assez de chaloupes.
Je ne sais pas qui je suis et si je coule ou si je survis, si je m’étouffe ou si je respire enfin.
Dans la pièce à côté, c’est le commandant qui vient d’entrer, une bouteille à la main, il commande.
Il dit à demain à l’officier de quart.
Il va se coucher. Moi aussi qui ne suis ni commandant ni officier, ni soldat, juste un message codé. Je vais me méprendre toute la nuit durant.
Je suis allongé. Je sens à quelle point la mer est un âme et qu’il faut y plonger. Boire l’eau salée à en vomir. Si l’on veut vraiment se reposer.

25 janvier 2011

Je suis tordu. Sur un lit, tordu comme un ver.
Bonne nuit. Bonnes suées froides.
Je sens que le malheur me passe sur le corps et que personne ne comprendra.
Je suis verni.
Point.
Verni point.
Je voudrais bien être compris. Me faire comprendre.
Voici: avale un hérisson.
Vas te coucher.
Bonne nuit. Bonnes suées froides.

24 janvier 2011

Dans le fond, ils étaient bien, disaient-ils, à 33.
Moi pas, dans le fond, je ne suis bon qu’à le toucher.
Souffrance. Attente. Que cela passe. Que tout s’arrange.

Il paraît que je suis malade. Je prends mes cachets avec obstination.

Je tombe. Encore plus bas. Ça y est, c’est le fond. C’est bien mieux en effet.
On reste ici?

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