Archive pour 'Anti'Catégorie

18/07/2006

J’ai peur. Je suis tétanisé. Je sens la bête en moi, et pourtant je ne bouge pas, je n’esquisse pas le moindre mouvement, et tout se passe dans ma tête, car c’est mon cerveau qu’elle dévore. Comme la rage serait douce si elle venait à moi.

18/07/2006

J’ai peur. Si j’agis, si je détruis, si je hurle, c’est pour me défaire de cette horrible bête qui me  ronge les tripes, que je voudrais vomir. La rage est mon seul refuge.

25/06/2006

- Soldat ? Soldat ? Soldat, tu m’entends ?
- Qu’est-ce que c’est ?
- Mais ?! Qui es-tu ?
- Ecoute, je porte un casque sur la tête, un gilet de cuir et des sandales tressées. Comme nous ne sommes pas à la période du carnaval, j’ai bien l’impression d’être un vrai soldat, et j’ai cru donc que c’est moi que tu appelais.
- Où est ton collègue, celui qui gardait la porte avec toi ce matin ?
- Personne ne gardait la porte avec moi ce matin.
- Tu mens ! Une autre que toi, bien plus malin, est venu me parler ce matin.
- C’est possible, mais personne ne montait la garde avec moi ce matin, j’étais en congé. Par contre, ce que j’appellerais plutôt un idiot a été arrêté ce matin pour avoir dit au sergent que tu étais courageuse. Et voilà que je le remplace au lieu de boire du vin avec mes amis.
- Que vont-ils faire de lui ?
- Tout ce qu’ils ne peuvent faire avec toi.

24/06/2006

- Le chien de l'indien est mort le matin. A 15 heures, je l'ai trouvé, l'indien, dansant sur la colline. Il faisait un cercle autour d'un trou creusé dans le sol en fredonnant des chansons d'écoliers. J'ai d'abord un peu attendu mais j'ai rapidement traversé le cercle de l'indien pour aller voir autour de quoi il dansait. C'est comme ça que j'ai vu le chien, allongé au fond du trou, avec une laisse, deux colliers et d'autres objets, peut-être ses jouets, au chien. L'indien continuait sa danse et ses chants. Je suis ressortie du cercle et je me suis assise, j'ai regardé l'indien danser et j'ai attendu très longtemps. Ce n'est qu'à la tombée de la nuit qu'il a arrêté de tourner. Il a recouvert le corps et les objets avec la terre qu'il poussait dans le trou avec ses mains. Il est venu s'asseoir à côté de moi et m'a dit que c'était fini, et moi, je pleurais un peu. C'est fini. Il a répété plusieurs fois.
- C’est tout ?
- Oui, c’est tout
- Mais Antigone, tu ne peux pas te limiter à ça, c’est ça ta défense ?
- Oui, c'est tout

26/05/2006

- J’appelle à la barre le témoin numéro 2. Bonjour témoin numéro 2. Veuillez décliner votre identité.
- Je suis Aristophonice. Aristophonice l’ancien.
- Ah, vous avez un fils ?
- Non, c’est mon voisin. Il a appelé son fils du même nom que moi.
- Bien, je vois que vous vous entendez bien avec votre voisin.
- Non, au contraire, il a fait ça pour m’embêter, il reçoit mon courrier et lit mes extraits bancaires. J’ai déjà porté plainte deux fois mais il n’y a eu aucune suite. Je voudrais d’ailleurs saisir l’occasion…
- Monsieur Aristopophis, venons-en à notre affaire si vous voulez bien. Connaissiez-vous Polynice ?
- Oui, très bien. Nous étions ensemble à l’école secondaire. C’était un ami. Je sais qui il était. Je sais ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait, comme tout le monde.
- Et qu’en pensiez-vous ?
- Que voulez-vous dire ?
- Et bien, que pensez-vous de ce qu’il a fait et pas. Enfin, comme vous disiez.
- Moi, je ne fais pas de politique. Mon voisin par contre…
- Très bien. Que faisiez-vous hier soir.
- Hier soir ? Je suis allé chez des amis. Des amis qui habitent dans une autre rue.
- Très bien. Et qu’y avez-vous fait, chez ses amis ?
- Nous avons mangé. Du flan de saumon au coulis de concombre.
- D’accord, d’accord. Sur votre chemin, il semble que vous ayez croisé deux soldats. Que vous ont-ils dit ?
- Ils m’ont dit que Polynice et Etéocle étaient morts dans les bras l’un de l’autre. Et que Polynice était laissé sans sépulture entre les cyprès, sur la colline au nord de la ville, pour payer son crime.
- Qu’avez-vous répondu.
- Rien. De leur histoire, j’en ai pris bonne note. Je ne fais pas de politique, comme je vous l’ai déjà dit me semble-t-il. Et j’ai beaucoup de respect pour les militaires. Je me suis juste demandé pourquoi on laissait pourrir ce corps là où, bientôt, avec le printemps, les enfants iront jouer.
- Je pensais que vous ne faisiez pas de politique Monsieur Aristidophis ?
- Les jeux des enfants, ce n’est pas de la politique.
- Cela dépend. A quoi jouent-ils ces enfants ?
- A chat perché. A la marelle. Ils chantent aussi.
- Rien de bien méchant.
- Voilà, rien de bien méchant, sauf peut-être les enfants de mon voisin qui jouent avec un arc et des flèches. Mais pourquoi a-t-on mis là le corps de Polynice ?
- Nous non plus, nous ne faisons pas de politique Monsieur Artétopolice. Ce que je voudrais savoir, Monsieur, c’est pourquoi vous n’avez pas décidé de prendre votre courage à deux mains, et d’aller couvrir le corps de votre ami.
- Mais j’étais attendu à dîner. Du flan de saumon au coulis de concombre. Et mon ami est très à cheval sur les horaires. Je ne dis pas que je n’y ai pas pensé, mais je ne l’ai pas fait, sinon je serais aujourd’hui aux côtés de sa sœur, et ça, je ne le voudrais pour rien au monde, il paraît qu’elle n’est pas facile. Je me suis quand même demandé si je n’irais pas bouger le corps, qu’est-ce que ça peut leur faire finalement. Les vautours, ça vole. Pas les enfants. Bien que, ceux de mon voisin…

25/05/2006

- J’appelle à la barre le témoin numéro 1. Bonjour témoin numéro 1, avancez, que votre visage soit dans la lumière. Encore un pas en avant s’il vous plait. Un à gauche. Merci. Témoin numéro 1, veuillez décliner votre identité.
- Je m’appelle Emistophylène.
- Ma foi.
- Mes proches m’appellent Misto.
- Approchez-vous alors. Dites-nous Misto, je peux vous appeler Misto ? Connaissiez-vous le dénommé Etéocle. Heu, non, Polynice, c’est ça ?
- Oui, je le connaissais. Etant petit, nous étions dans la même équipe de foot. Il ne jouait pas très bien. On l’avait mis à la caisse.
- A la caisse ?
- Au goal.
- Ah. Et ?
- Ben rien. Il encaissait beaucoup. Moi je l’aimais bien, mais quand même il encaissait beaucoup.
- Vous l’aimiez bien. Très bien. Dites-nous Misto ce que vous faisiez hier soir.
- Ben, je faisais rien, je regardais la télé.
- Ah. Très bien cela. Y avait-il quelque chose d’intéressant à la télé ?
- Non, pas particulièrement. En fait, j’ai lu dans le journal qu’une détonation avait retenti au commissariat. Navarro était sorti de son bureau et avait été jusqu'aux vestiaires: un policier en uniforme gisait sur le carrelage, tenant encore son arme de service. Il s'appelait Garel. C'était un flic comme les autres, Monsieur le Président. Un brigadier, marié, père de deux enfants. Mais il s'est suicidé sur son lieu de travail. Quelques heures après, Shao-Lynn, une belle Asiatique, était entrée au commissariat et avait demandé à parler à Garel Monsieur le Président. En lisant le résumé, j’ai pensé, qui est cette Shao-Lynn ? Que veut-elle à Garel ? Et je savais que je devais voir cet épisode, sans quoi, je n’aurais pas pu fermer l’œil. Vous pensez, un flic qui meurt dans un commissariat.
- Je comprends. D’ailleurs vous me raconterez tout ça après l’audience, j’ai moi aussi le sommeil léger. Donc, malgré le lien étroit qui vous liait à la victime, enfin, je veux dire, au mort, vous n’avez pas tenté de le recouvrir. De lui offrir une sépulture, je veux dire.
- Ben, non, c’était interdit. Donc je suppose qu’il y avait une bonne raison. Et puis c’est pas mon problème. Moi j’ai un mauvais sommeil, et si je dors mal, le lendemain, j’ai mal à la tête. Et c’est pas Polynice qui va m’apporter une aspirine. Et puis, ici, tout le monde parle de Polynice, mais Garel, qui pense à lui ?
- Vous pouvez vous retirer Monsieur Misto.

24/05/2006

- Tu aurais pu te faire une raison, Antigone. Se faire une raison, n’est-ce pas la plus grande preuve de courage ? Tu aurais pu ne penser à rien. Te coucher dans un transat, au soleil, lire un roman facile. Et si tu ne pouvais pas rester les bras balants, Tu aurais pu te trouver ailleurs, trouver autre chose à faire, avoir des responsabilités, un rendez-vous. C’est ce que nous avons tous fait, Antigone. Crois-tu que ça nous plaît ? Tu crois que nous faisons ça pour nous amuser ? Nous n’intervenons pas pour notre plaisir sans doute ? Mais que faire Antigone ? Rien à faire, voilà, rien à faire, et tu le sais mieux que nous maintenant, tu as dû à peine jeter une poignée de terre sur le torse de ton frère. A peine ce que contient la main d’une femme. Car voilà ce que tu es, Antigone, une femme, tu ne devrais pas l’oublier. Tu aurais pu dire, je suis une femme, ce sont des histoires d’hommes, je n’y peux rien, je suis sage et posée, je ne me mêle pas de ces bêtises, et je respecte la loi des hommes. Tu le dirais bien ça maintenant, non ?
- Non, même si tu as raison, homme, je suis une femme. Je suis une femme, mais j’ai deux bras et deux jambes, n’est-ce pas ? Avais-je une seule bonne raison de laisser mon frère nu comme un ver à la merci des rapaces ? Que signifie se faire une raison ? La vérité, homme, c’est que tu as manqué de courage. Et que ceci ne colle pas avec ce qui est écrit dans les livres, fier guerrier. Es-tu furieux, petit juge, parce que je suis une femme et que tu voudrais être à ma place ? Que vas-tu faire maintenant ? Me couper la tête ?

13/05/2006

- Entre Antigone, tu n’as ici que des amis. Sois sans crainte.
- Je n’ai pas peur.
- Alors avance, Antigone. Avance, que ton visage soit dans la lumière.
- Que voulez-vous à mon visage ? Sommes-nous au marché ou au tribunal ?
- Tu es au tribunal, tu le sais bien, et il est bien normal que tes juges te voient. Je vais commencer par te lire l’acte d’accusation qui a été rédigé à ton encontre. Antigone, tu es accusée d’avoir tenté de recouvrir le corps d’Etéocle, heu, non, de Polynice, c’est ça ? Oui de Polynice, connu de tous ici, traître à la patrie, alors qu’un édit avait été promulgué par Créon qui interdisait qu’on lui donne une sépulture.
- C’est pour me dire avec peine ce que j’ai fait, ce que je vous ai moi-même raconté bien plus clairement, que vous m’avez fait venir ici ?
- Antigone, connaissais-tu cet édit ?
- Oui.
- Te rends-tu bien compte de ta situation ? Ton Oncle, le roi Créon, est lui-même mis en difficulté par ton comportement.

30/04/2006

- Ah, soldat, je me sens faiblir, puis reprendre des forces. Quel sens aurait mon geste si je devais fondre face au tribunal ? Tu ne peux pas le comprendre toi. J’ai couvert mon frère, mais ce n’est pas le soldat que je mettais sous terre, mais le petit garçon. Tu ris soldat ?
- Je ne ris pas vraiment, je fais juste un peu tourner le moteur. A moi, ma femme me dit que je ferais bien d’accoucher enfin du soldat, et d’arrêter de faire l’enfant. Il y a un temps pour tout.
- Mon frère était fort comme un bœuf
- C’est vrai, je l’avais vu de près un jour de sortie contre ceux de Mycènes. Je ne sais pas ce qu’il faisait là.
- Tais-toi donc, tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu veux savoir ce que va devenir ta cité demain, avec ce Créon de malheur ?
- Un soldat ne fait pas de politique.
- Alors cesse d'être soldat. Ce que tu appelles la politique, c'est la vie.
- Non. La vie, elle coule encore dans nos veines. C'est mon enfant quand je rentre, qui ne sera jamais soldat.

28/04/2006

- Antigone, je ne devrais pas te dire ceci, mais l’heure approche. J’ai entendu quelque chose.
- Merci soldat. Je fais moins la fière.
- Je comprends bien cela.
- Tu as mis du temps à grandir, toi ?
- On ne m’a pas laissé le choix.
- Finalement, tu n’as jamais le choix à ce qu'il me semble, soldat. Est-ce que nous n’avons pas toujours le choix?
- Nous-mêmes, non, mais tous les autres bien. A ce qu’il nous semble.

27/04/2006

J’ai bravé une loi injuste et inutile. J’ai rampé dans la nuit, sur les cailloux de la colline. J’ai les doigts en sang d’avoir gratté le sol pour couvrir mon frère de poussière. J’ai combattu trois soldats. J’ai défié un roi. Mais quand la porte s’ouvrira, et que Créon, mon oncle, me prendra par la main, je poserai le regard sur le sol et n’oserai pas lever les yeux sur lui.

18/04/2006

- Soldat ? Soldat ? Quelle heure est-il ?
- Comment veux-tu que je le sache ? Je suis enfermé comme toi et par ta faute. J’ai passé la nuit loin de mes enfants et de ma femme.
- A quelle heure vient-on me chercher ?
- Qu’est-ce que cela peut te faire puisque tu ne sais pas quelle heure il est ?
- Réponds à ma question.
- On viendra te chercher quand l’acte d’accusation sera complet.
- Il est donc si long à rédiger ?
- Je ne sais pas.
- Il est peut-être compliqué. Il me paraît très simple pourtant.
- C’est ton opinion.
- Ce que tu peux être prudent.
- Ne compte pas sur moi.
- Que penses-tu de mon acte ?
- Mon collègue m’appelle. Tiens-toi calme.
- Que penses-tu de l’édit ?
- Mon collègue m’appelle encore.
- Penses-tu ?
- Nous ne sommes pas là pour ça, nous, soldats. On nous apprend à sortir de la cité pour foncer vers l’ennemi, tête baissée, et le glaive pointé vers l’avant. Et à courir. Un jour, dans un exercice, un soldat a été puni parce qu’il avait demandé le pourquoi d’un ordre. J’ai fait des études, mais malgré tout, il n’y avait pas de boulot pour moi, et, figure-toi, en dehors des limites du palais, le boulot est nécessaire pour nourrir ses enfants. Alors je me suis engagé comme soldat. On m’a appris, ton père, celui à qui tu dois tout, m’a appris à ne pas réfléchir, et maintenant, tu voudrais que je commente ton acte ?
- Je comprends.
- Ca m’étonnerait beaucoup. Mon collègue m’appelle, je te laisse.

16/04/2006

Je suis dans ma chambre, ceci est ma chambre, personne n’a le droit d’y entrer sans mon autorisation. Je suis une fille. Je suis la fille, Antigone.

Je ne vois rien du dehors parce que les volets ont été fermés et cloués. Il n’y a qu’un petit rond de lumière qui se dessine sur le plancher. Il vient de l’oeil de bœuf. C’est grâce à lui que je sais que le jour s’est levé, j’ai bien compris que je ne devais pas compter sur ces veaux de soldats qui surveillent une porte que seuls eux peuvent ouvrir.

Si je me mets dans le rond de lumière, est-ce que le monde peut me voir ? Est-ce que je peux plaider ma cause ?

16/04/2006

- Avant de reprendre ta place à côté de ton soldat de copain, écoute donc ce que j’ai à te dire.
- Non Antigone, je ne veux pas t’entendre. Je repars maintenant.
- Pose ton oreille contre la serrure. Je te soufflerai quelque chose que toi seul entendras, tu ne risques rien, pas de témoin.
- Que me veux-tu démon ?
- Je veux juste te dire ceci : je n’aime pas qu’on me dise ce que je dois faire. Je préfère le découvrir moi-même.
- C’est très bien, nous sommes différents et il n’y a pas de jugement à avoir à cet égard.
- Je suis contente de te l’entendre dire.
- Mais je ne t’ouvrirai pas la porte car tu as transgressé les lois.
- C’est très clair soldat.

15/04/2006

- Je ne dis pas Antigone que tu as tort, je ne dis pas que tu as raison. Je ne me mêle pas de politique, je suis un soldat.
- Mais avant d’être un soldat, tu es un citoyen, n’est-ce pas ?
- Je nourris ma famille avant tout.
- Tu as bien raison, cela t’honore. La mienne est partie en lambeaux.
- Je le sais. Je vais m’éloigner maintenant, je ne sais pas parler, moi.
- Tu vas rejoindre ton camarade. Qui lui aussi nourrit sa famille.
- Quel mal y a-t-il à ça ?
- Aucun. Pour vous aucun. Pour moi, je préfèrerais que vous oubliiez un instant votre famille.
- Tu crois que je vais t’ouvrir la porte et te laisser filer ? Tu me prends pour un fou ? A quoi pensais-tu quand petite, tu courais dans les couloir du palais?
- Ce n’est pas cette porte que tu devrais ouvrir soldat.
- Je m’éloigne, je rejoins mon camarade.

10/04/2006

- Que veux-tu que nous fassions pour toi ? Ta famille est à moitié décimée et maudite. Ton frère cadet est en route vers l’enfer pour avoir tourné son glaive contre la cité. Ton père est perdu, aveuglé par son crime. Il erre sur les routes de Grèce dans l’espoir de l’oubli de lui-même, le pauvre fou. Pour ceux-là, nous n’avons pas du lever le petit doigt. Pour toi, c’est différent. Nous avons dû te maintenir au sol pendant qu’un troisième courait jusqu’au palais. Je suis bien content de n’avoir pas dû moi-même annoncer la nouvelle à Créon. On dit que son regard était encore plus noir.
- Que dites-vous de mon acte ?
- Qu’il est interdit par la loi.
- De quelle loi parlez-vous ?
- De celle que tu connais comme nous.
- Dites-moi qui l’a édictée cette loi.
- Tu le sais mieux que nous, toi qui traîne depuis toujours dans les couloirs du palais. Cette nuit encore, tu aurais pu dormir dans la soie si tu n'avais pas fait la folle. Si tu n’étais pas née femme, peut-être aurais-tu signé de ta propre main la loi que tu transgressais cette nuit. Mais l’aurais-tu alors violée cette règle ?
- C’est toi qui parles ainsi, le soldat ?

10/04/2006

Ecoutez, soldats, écoutez la fille d’Œdipe vous souffler une idée irresponsable à l’oreille. Collez-la, votre oreille, contre la porte de ma prison, et pliez donc votre corps couvert de fer et de cuir pour entendre celle que vous avez enfermée il y a quelques heures à peine. Depuis peu en prison, déjà condamnée pourtant. Elle vous racontera pourquoi vous devriez peut-être lui ouvrir votre tête.

10/04/2006

Je suis dans ma chambre, et derrière la porte se tiennent deux gardes. Ils sont attentifs à chaque bruit. Si je fais craquer mon lit, ils se penchent et tendent l’oreille. Si je ne fais pas de bruit, ils s’inquiètent du silence et chuchotent. La porte est pourtant fermée à double tour et la seule fenêtre de la chambre est dotée de lourds barreaux. Mon  père me disait qu’ils me protégeaient. Aujourd’hui, ils me tiennent prisonnière.

Si je me mets sur la pointe des pieds, je vois, entre les barreaux, à la lueur de l’aube, les oiseaux du matin qui s’en vont rejoindre les marais. Je sais que bientôt, la lourde porte va s’ouvrir et que l’ombre de la justice se découpera dans la lumière du matin, car j’ai volontairement enfreint la loi des hommes.

9/04/2006

J’ai passé la nuit à courir d’un frère à l’autre. J’ai glissé plusieurs fois en courant sur les collines, évitant les cailloux, et mes genoux sont couverts de sang.

Un des frères est sous la lune, l’autre est recouvert de terre. Un des frères a été vaincu, l’autre a été fauché. Les deux frères sont morts, un seul repose. L’autre, à midi, sera déjà déchiré par les vautours.

8/04/2006

Deux frères se sont entretués. Deux frères sont morts pour le pouvoir et la gloire. Ce jour-là, le plus âgé est sorti des murs de la cité à la rencontre du cadet. Ils se sont livrés au combat singulier, portant sur leurs épaules le poids de leurs armées. Cent milles regards fixés sur eux, cent milles nuques tendues vers un  nuage de poussière duquel s’échappe le bruit des armes et du sang. Moi seule, les yeux fixés sur la pierre du rempart, je refuse de regarder le combat. J’en devine l’issue, deux frères couchés côte à côté dans la poussière, leur sang se mêlant. Deux frères couchés dans un même lieu, une plaine bordées de soldats.