J’ai quitté le bord du puit D’un coup de rein Pour revenir sur mes deux pieds Pendant ce temps Je pense à tout et à rien Et je me dis que Quoi qu’il en soit Avec un peu de temps Nous aurions pu faire quelque chose De bien Tendre une main Ou donner une caresse à l’un ou à l’autre Saisir une chance Qui passe Ne rien faire à dessein Ou lancer les bras au ciel Toutes ces choses qui tombent Avec moi Au fond du puit Reviendront à la surface En laissant ma carcasse Bien à l’abri Du soleil Du vent Et peut-être de la pluie Si l’on vient couvrir Le cercle de lumière D’un peu de métal, rond Plat, qui résonnera Jusque dans la boue De mon abri Je pense à ceci En flottant, me cognant, aux parois De pierre grise ou verte qui sait Le fond d’un puit ?
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25 décembre 2006
- Ah, mon ami, sur une planche, sans gouvernail, perdu dans un océan de requins, si quelqu’un vous tend la main, dieu que ça fait du bien.
- Puis il vous tire à l’eau.
- Allons, ne désespérez pas à ce point là de vous-même.
- Mais c’est le principe même de la vie, je suis joyeux au contraire. Et il faut bien nourrir les requins.
- Que les requins se mangent entre eux.
- Peut-être les requins n’aiment-ils pas le requin. Vous en avez déjà mangé ? Une chair friable, qui s’abandonne parfois longuement entre les dents. Très mauvais genre à la remise des prix.
- Alors, je suis perdu.
- Nous le sommes tous. Les requins eux-mêmes finissent mal. Détendez-vous, prenez un verre. Vous êtes encore sur votre planche, à l’abri. Profitez de ce soleil couchant.
- Vous voulez que je me détende ?
- Oui, j’y tiens beaucoup. Votre viande n’en sera que plus tendre.
22 juillet 2006
C’est un jeu idiot auquel je joue parfois, un jeu rigolo, mais idiot. Un jeu que je joue avec un enfant. Celui qui se cache si peu à la surface de moi.
Quand j’ai fini, elle, elle appuie la main sur mon front et me pousse sur le dos, elle me dit que je fuis. C’est un peu de sa paume sur moi qui me rejette en arrière.
Bob – Regarde Laura, c’est le morceau de papier que j’ai froissé dans ma main tout le jour, quand tu es partie, celui sur lequel tu avais écrit « Je reviens ».
Laura – Oh !
Bob – Oui, c’est le morceau de papier sur lequel tu avais écrit « Je reviens », je l’ai gardé dans ma main toute une journée parce que je sentais que quelque chose clochait. Que je ne te reverrais plus ou quelque chose comme ça.
Laura – Oh !
Bob – Oui. Je l’ai rangé le soir même dans le tiroir du petit bureau, celui que tu aimais tant, le bureau je veux dire, pas le tiroir, et peut-être l’aimes tu encore, lui, le bureau.
Laura – Oh !
Bob – Je n’avais jamais osé reprendre ce morceau de papier en main. A vrai dire, je n’osais plus ouvrir ce tiroir ce qui était problématique parce que, comme tu sais, ou savais, je ne sais pas, j’y rangeais les papiers de la maison et d’autres documents administratifs importants, et heureusement, je n’ai jamais dû en retrouver un parce que, vois-tu Laura, je ne sais pas ce que j’aurais fait.
Laura – Oh !
Bob – Tu as le hoquet Laura ?
Laura – Non. Je t’écoute. Je t’écoute Bob.
Bob – Ah. Quand je passais à côté du bureau, parfois j’entendais ta voix qui me disait «je reviens». J’aurais du jeter ce morceau de papier mais il était là dans le tiroir et je n’osais plus l’ouvrir, ce tiroir. J’ai eu de la chance de ne devoir jamais ouvrir ce tiroir malgré quelques factures impayées, mon Dieu, tu sais comme je suis, un peu désordonné. Tu sais n’est-ce pas ? Je veux dire tu t’en souviens ?
Laura – Je crois oui, les chaussettes dans le tiroir des chemises.
Bob – Ah. Oui, ça aussi. C’est vrai, tu as raison, tu as toujours eu raison, n’est-ce pas Laura ? Je ne sais pas si c’est bien.
Laura – Quoi ? Mais je pars alors.
Bob – Non, reste.
Laura – Non, je pars, c’est vrai tu as raison, on ne doit pas se revoir, ça ne mène à rien, qu’est-ce que ça change ? Tout ça me rend folle.
Bob – Ca change, non ? Moi, ça change.
Laura – Oh !
Bob – Ton hoquet. C’est nouveau ça ton hoquet par exemple. Moi, j’ai appris les claquettes, regarde. Hop, hop, hop.
Laura – Tu as le hoquet? Pardon, je n’ai pas pu m’en empêcher.
Bob – J’ai appris dans un cours du soir, un atelier hebdomadaire, tu sais, j’étais le seul mec, et bien, je n’étais pas le plus nul. Hop, hop, hop.
Laura – Oh !
Bob – Je n’en ai plus fait depuis longtemps, ça tue. Tu veux boire quelque chose ?
Laura – Non merci. Je vais y aller.
Bob – Déjà ? Mais tu es à peine arrivée !
Laura – Je n’aurais pas du venir Bob.
Bob – Ah, tu crois. Je ne sais pas. Ca change quand même.
Laura – Oui, ça change, en effet. Tu as raison.
Bob – Tu veux dire, pas dans le bon sens.
Laura – C’est quoi le bon sens ?
Bob – Tu veux reprendre le petit mot ? Tu finis toujours par repartir, finalement.
Laura – Je pensais.
Bob – Oui, oui, moi aussi.
21 juillet 2006
Bob – Ma tante, elle disait: “dessiner, c’est un art. Savoir arrêter, c’est un art aussi”. Ca veut dire, dessiner, c’est difficile. Arrêter de dessiner au bon moment, c’est difficile aussi. Pour ne pas surcharger le dessin quoi. Se dire, voilà, c’est fini, c’est ça, c’est ça que je vais accrocher au mur. Aimer, c’est difficile. Arrêter d’aimer correctement, c’est tout un art.
Camille – Ca y est, le ton est donné. Merci beaucoup pour cette intervention.
Bob – Je ne dis pas quitter, oui, quitter c’est difficile aussi, mais bon, je veux dire, arrêter d’aimer, aimer vraiment, arrêter de vraiment aimer, vraiment arrêter d’aimer, voilà, vraiment arrêter d’aimer, c’est terriblement difficile.
Camille – Je ne parle pas de musique. Je parle de lui. De nous. Je dis, le ton est donné. On ne va pas pouvoir dire qu’on a été surpris. Parce qu’on sait déjà maintenant ce qui va se passer. On ne pourra pas se plaindre, le cours de la rivière est déjà tracé avant même que la source ait jailli. Oh putain !
Bob – Tu me fais bien rire.
Camille – Toi aussi.
Bob – Tu as peur.
Camille – C’est ça. Toi aussi.
Bob – Quand j’aurai fini mon histoire, tu seras bien obligé d’admettre que la rivière pouvait se barrer dans n’importe quelle direction.
Camille – Toi aussi.