Archive pour 'Insomnie'Catégorie

24 septembre 2010

J’ai vu dans un bar
un homme qui chantait de la tête
en plein jour
un petit fou sale et puant
qu’on évite de tout
du corps et du regard
un petit fou accroché à la seule chose qui l’écoute
un zinc de service posé sous son bras
un petit fou de passage
en face d’une armée
prête à la journée
prête à tout
pour gagner sa croute
son vernis
sa vie

j’ai entendu son histoire
incompréhensible
c’est comme un délire je pensais
il disait son histoire
d’un homme qui a perdu le fil
un homme
c’est lui je crois
dehors
toujours dehors
dehors de tout
dehors de nous
qui dit pour moi la nuit c’est le jour
je m’illumine, je m’aveugle
je prends tous les détours
je marche pour ne pas mourir de froid
comme vous faites vous le jour
pour ne pas vous glacer d’effroi
vous courez vous courageux que vous êtes
moi c’est tout juste si je me tiens
debout
assis
debout
assis
la bouteille à la main
à la bouche
je meurs d’ennui
je ne suis nulle part à ma place
je ne m’en sors pas
j’attends le lever du soleil
épuisé
au lever
je m’apprête à dire enfin ma vérité
à entrer dans le monde
à mon tour démasqué

entrer dans vos vies
pour quelques secondes, un instant monsieur,
c’est mon délire, c’est ce qu’il vous semble
mais je ne suis pas fou
si vous écoutez bien
si vous tendez l’oreille
ne vous reconnaissez-vous pas?

J’ai vu un homme
dans un demi cercle
et des hommes pressés de boire leur café
plus pressés que d’habitude
de ne pas écouter
une pelure
une vieille peau sale
une barde qui gazouille des mots durs
des insultes composées
du bien beau langage pour
un naufragé
un homme à la mer
des mots bien salés
qui vous piquent aux oreilles
quoi qu’on en dise

que l’on comprend bien
très bien
des mots à notre portée

des mots du monde
sur le monde
sur la destruction
sur la peur

sur ce que nous portons en nous de cet homme
cet homme de cro-magnon
sans âge
qui nous dit tout notre être
mais que l’on ne veut pas voir
qu’on évite du regard parce que c’est bien trop lourd de porter tout ça, ce type, sa pelure, ses mots, sa crasse

Un homme à moitié fou
vit dehors de tout
dans le froid, le vrai froid, le froid véritable
celui que nous, nous fuyons follement
en faisant payer le coût de cette faiblesse
à cette homme à moitié lucide
c’est-à-dire bien plus que nous

j’ai vu un homme qui avait trouvé le fil
et venait nous le présenter
le partager
j’ai vu un homme
jeté d’un bateau
par des marins grands et forts
cet homme en tombant criait
nous criait quelque chose
avant d’être avalé par l’eau

Quelquefois nous allons sur les îles
pour nous reposer de nos ruées vers l’or.
Pour reposer nos jours.
Quelquefois nous partons de chez nous ,
nous quittons tout.
Pour reposer nos jours, nos jours épuisés
par ce que nous en faisons.

23 septembre 2010

A l’aube
Tant de choses importantes
vibrantes
Jour levant sur une corde qui pend
sur un soldat qui se sent
obligé de tirer
sur un frère qui s’en va
Jour levant
sur une ruine qui fume
sur un champ couché dont on ne tirera rien
sur une mère qui rentre sans son nouveau-né
jour levant sur la misère
à l’heure malheureuse des journées qui commencent
à l’heure du poids du monde
où l’on abandonne à jamais
l’espoir qu’on avait
d’un terrible changement
jour levant sur les nouvelles du bout du monde
sur la vie qui s’éteint à côté de chez soi
sur cette évidence
qu’à la lumière la vie n’est pas plus juste
n’est pas plus belle ou plus douce
Jour levant sur un homme qui cesse d’être.

A tous ceux qui ne s’éveille pas au matin
s’éteignent
s’effondrent
lâchent prise
à la lueur
abandonnent tout
se laissent là

frères humains
que faisons-nous de nos rêves?
où avons-nous laissé ce qui faisait de nos vies
des vies de choix?

Je suis immobile devant la fenêtre
chez moi
chez moi comprenez-vous en face de chez moi je vois qu’on dort à poings fermés
moi pas
je veille
je compte les rêves dépensés
pourquoi rêvons-nous si c’est pour faire ceci de nos rêves?
pourquoi rêvons-nous dites-le moi,
quelle vaine énergie avons-nous déjà dépensé
à saisir, à dire, à projeter
sommes-nous donc mal conçus?
ou concevons-nous mal?
que faisons nous de nos rêves
et de nos jours?
pourquoi rêvons-nous frères humains?
pour l’espoir?
mais avons-nous besoin d’espoir nous qui vivons dans le meilleur système possible ?
avons nous besoin d’espoir ?
pourquoi avons-nous besoin d’espoir nous qui vivons si bien, à en donner des leçons ?
notre système est-il bon? alors pourquoi rêvons nous?
pourquoi? répondez !
pourquoi nom de dieu rêvons-nous?
si nous  sommes si heureux, avec nos lèvres luisantes, pourquoi
avons nous besoin de rêver? Rêve-t-on encore ?
Avons-nous besoin qu’on nous dise ce que sont nos rêves ?
Alors pourquoi rêve-t-on si on nous souffle ces rêves, si on nous les dit avant qu’on les fasse ? Rêve-t-on ou nous laissons-nous rêvés ?

22 septembre 2010

Ted habite en banlieue
dans une maison blanche
bordée de pelouses
traversées de petits chemins
les pelouses
Ted habite loin de la ville
à des lieues
il fait la route
c’est surtout ça
pare-choc contre pare-choc on appelle ça
avancer
de temps en temps
à l’arrêt
en été
en hiver
le soleil
la pluie sur le pare-brise
parer
parer
à cela
passer sa vie
à parer le risque et le danger
Ted y est bien préparé.
C’est dans la famille.
Construire petit à petit la vie qu’il faut
une vie
bordée de pelouses
traversées de chemins
les pelouses
pour ce qui de la vie
une seule voie
déjà déjà déjà tracée
par avant soi
la voie
pare-choc contre pare-choc

car ils sont si nombreux
sur cette voie
déjà tracée
par avant soi
à connaître le secret le faux secret le secret
de la belle autoroute
droite
droite droite
toute droite
droite
sans bande d’arrêt d’urgence.
Ted écoute tous les jours la radio du matin
le monde le traverse
le monde sur la bonne voie
la seule
un grand viaduc
dont on ne peut sauter
sans se briser le cou
la nuque fracassée au fond de la vallée pour un pas de côté
un pas de travers
un petit pas sur le bord de la route
glissant
le bord de la route
on y pose un pied
trop tard
on a chuté par dessus le parapet
un corps est dans l’espace
il tombe
il chute
il est perdu déjà
car on connaît la suite

il vole se dit Ted

monté sur l’autoroute
à vitesse réglementaire

il vole ou il plane
Ted ne sait pas bien
mais il ne tombe pas
pas encore
tant qu’il n’a pas touché le sol
il ne tombe pas
avant l’impact

à vitesse réglementaire
il prend place
entre celle de devant
et celle de derrière
les voisins pour une heure trente
sur la voie rapide
à l’arrêt
dans la bonne direction
c’est certain
la meilleure possible
la seule à défendre
à défendre de manière acharnée
avec les dents s’il le faut
cette évidence
à défendre
en ricanant
en mordant
de toutes les façons
en montrant les dents
il vole se dit Ted en pensant au trajet
du corps allant vers le bas
depuis le pont
le grand pont

Ted a mal aux dents aujourd’hui
il a mal
et la douleur s’étend
on klaxonne
c’est le voisin de derrière
qui trouve le temps
long
à la radio on explique que quand tout monte
tout descend
que le monde tourne mal mais qu’on le comprend
que le monde ne tourne pas comme il faudrait qu’il tourne
mais qu’heureusement
on a trouvé la voie
la sécurité
la pensée
unique
le sens
unique

sur la voie rapide
Ted passe la première vitesse et vient se coller au voisin de devant
le voisin de derrière en fait de même et tout le monde avance
d’un pas ou deux
puis revient au point
mort

sur le côté de la route il y avait des vaches quand Ted était enfant
des paysages
pour peu que l’on sache encore
ce que c’est
ici
un paysage
un paysan
Ted se souvient bien
de la vitesse à laquelle
passait les vaches
qui aujourd’hui
ont laissé place à des parkings
qui ne bougent pas
ou si peu
si peu qu’on pourrait dire
pas

dans bientôt il y a la sortie 34
la sortie de Ted
et de ses voisins de devant
et de derrière
de gauche
et de droite
tous ensemble ils descendent
chaque matin
de la voie
rapide
à pas de loups
les loups de la ville
descendent en lacet
se répandent en lacet
se lancent à l’assaut
d’une sainte journée

Un corps qui tombe
Qui se rue vers le sol
sûr de soi
si sûr
suit une autre voie
un corps qui lâche prise
Voilà Ted qui accélère
lance sa voiture
droit

dans un lacet
Ted qui pense à tout
même à la chute
à l’impact
elle décolle la voiture
puis tombe à la renverse
se retourne
et retombe
dans une piscine
vide
une piscine
vide
C’est une villa à vendre
vide
une villa à prendre d’assaut
une villa avec jardin
et piscine
au bord de l’autoroute
Des enfants y jouaient

Ted est mort dit-on maintenant
d’un accident de la route
d’un accident
voilà la mort de Ted
dans les journaux
chez Harry
sur le coin
Harry dit que Ted buvait
Harry le patron du bar
dit cela maintenant

c’est la preuve
toute simple
lit-on partout
que la seule chose à faire
est de rester à sa place
de travailler le jour venu
pour assurer son bonheur
et le bonheur du voisin
tous la même chose
tous la même chose

Pourtant Ted a fait ce qu’on attendait de lui
Sa tête dans les journaux
Son nom partout
C’est ça le bonheur dans toutes les cités des anges
Au fond d’une piscine vide
C’est le bonheur assuré
C’est l’assurance

21 septembre 2010

La lumière parfois nous empêche de voir. On dit aveuglé par la lumière.
La lumière de face, la lumière de midi, la lumière du jour. La lumière dans les yeux. Les yeux pour voir. La lumière dans les yeux nous éblouit.
Moi je cherche l’ombre. L’ombre de chaque chose, qui révèle chaque chose,
les formes sont à chercher dans l’ombre.
Les formes sont en nous. Notre ombre, en nous, révèle chaque chose.
La lumière m’épuise. Elle me colle au corps. Elle m’étouffe l’esprit. La lumière.
Savez-vous que dans le sommeil, la nuit ne dure que quelques secondes ? Entre la chute et l’éveil, quelques secondes seulement. Le temps que je dorme et voilà que la nuit n’est plus là.
Car quand on vient me tirer du lit,
et que pour sortir de l’ombre
on allume le jour
partout dans la maison
en faisant du bruit
je sais que la nuit est finie
par où elle est partie
et ce qu’elle en pense elle de tout ça
où elle va, où elle ne va pas
que ces quelques secondes passées au creux du lit
ne pèsent pas bien lourd
face à la traversée qui m’attend
traverser un monde, tirer le poids de soi à travers le pays
ce qui me reste d’espoir pour seule pause
ce qui me reste d’espoir, que je perds, qui me tombe des poches, qui me glisse des doigts,
me tirer tout le jour et m’effondrer plusieurs fois
relever mon petit corps
relever mon esprit
reprendre un faux pas, volontaire, décidé, rythmé comme un mensonge qui croît éteindre la peur,
se savoir à contresens de soi
attendre juste la fin de ça
de cette comédie
pour qu’enfin revienne la nuit
qui ne vient que quand elle sent
que je suis prêt
Elle attend la nuit
elle attend son heure
elle attend que mon pas
se taise
la fin de la course
que mon pas se taise
et fasse place à tout ça
à ce monde
en moi
que je garde pour moi
que je cache en moi
qui n’est pas un endroit que je pourrais vous montrer du doigt
pourtant c’est un monde en soi,
vraiment,
un monde
c’est celui de la nuit
c’est la vie en moi, la vraie vie sans mensonge
sans aucun à priori

Maintenant

Je suis prêt
Je vais vivre ma vie
la vraie vie
celle qui me colle comme il faut, qui me coule tout partout comme elle se doit
je suis prêt enfin pour ça
et la nuit, vient, vient et reste là, à côté de moi, tout autour de moi.

J’ai 11 ans aujourd’hui. J’ai 11 ans cette nuit. J’ai la vie devant moi.
Je ne me sens bien qu’un instant. Qu’ici.
le moment entre ceci: entre c’est déjà la nuit et c’est encore la nuit. Pas avant. Pas après. C’est un bref moment. Car la nuit est plus courte qu’on ne le croit.
Et vous voudriez que je dorme. Que je brûle ce qui fera de moi un homme, un jour?
Vous voudriez que je m’éteigne?
Je garderai les yeux ouvert. J’ai 11 ans aujourd’hui et je comprends ce qu’est mon jour. Qu’il est fait de mensonge et de folie.
Qu’il dure bien plus longtemps que ma nuit. Mais que la nuit venue, quand les autres s’endorment, moi je vis.
Pourquoi dit-on aveuglé, pourquoi dit-on cela? Pourquoi la lumière nous empêche-t-elle de voir?

Pourquoi le dit-on? Pour une fois, je sais quoi faire, ne pas dormir pour la vie à venir, m’empêcher de dormir.
Rester éveillé. Juste sentir le temps qui passe, ne savoir qu’en penser, donc penser vraiment,
sans rien savoir, penser à perte de vue, penser à en trouver des voies,
faire des rêves éveillé, rêver la vie comme elle se doit,
rêver à perdre le goût du reste,
de ce qui est vrai, dans le journal, à la télé, le sens à l’école, les flèches et les plans, les règles,
les évidences, rêver jusqu’à l’épuisement du peu que je sais, ce que je hais par dessus tout
et qui me fait si peur
que je ne pourrai pas être
qu’il le faut
qu’on le peut si on le veut. A moins que ce ne soit l’inverse.

Que pèsent les rêves? que pèsent-ils quand on dort? Que sont mes rêves quand je dors. Je n’en sais rien.
Quand je dors est-ce que je vis? Est-ce que je sais que vis?

Je ne veux pas du jour !
Je ne veux pas du jour et pour m’en défaire je fixe le plafond avec les plus grands yeux du monde.
Je rêve de toute mes forces.
Je rêve le monde et c’est tant mieux pour lui,
comme ça lui fait du bien au monde qu’un enfant de 11 ans le prenne par main
le mène où je le mène
le perde en chemin
le ramène
le tire
le pousse
le glisse
l’abandonne
le laisse respirer
souffler un peu
ce monde

souffler

Je ne veux pas du jour. Je ferme les rideaux espérant ralentir la course du temps
je fracasse le réveil sur le mur de la chambre
je me cache sous l’oreiller
je pleure à m’en noyer les rêves
qui s’échappent
je ferme les yeux comme jamais je ne les ai fermé

La traîtrise se glisse sous les portes
Je la sens qui se pousse au dedans de la chambre
je l’entend presque cette lueur
qui geint
comme un enfant
comme un monstre
comme une chatte en chaleur, cette lumière est comme une chatte en chaleur
qui passe par le tout petit trou de la serrure
et vient défier la nuit
qui recule
effrayée
en dehors
de ma chambre
le jour du monde contre la nuit de ma chambre

La mère est par là. Déjà dans la lumière.
Qu’elle répand, un peu partout.
partout
Je sais que je ne pourrai pas lutter
Qu’à l’heure qu’il est, il est l’heure
“il est l’heure”
“il est l’heure”
“il est l’heure!”

Il est l’heure en effet
ma seule consolation
c’est qu’il est l’heure de rien
que ce cirque
pour lequel
je n’ai pas été formé
est vide comme une poche
et que je sais que rien je ne risque
si ce n’est de perdre la vie
ma vie
à m’empêcher de rêver comme eux ils le font
remettant chaque matin le couvercle sur le monde
pour dominer le monde
pour dominer sa vie
on ne domine plus rien quand on tient sa vie à deux mains
puisqu’on n’est plus libre de rien, de rien saisir

en rue avec ma mère
voilà que je tends la main
à des étrangers
des gens qui passent
ayez pitié je demande
ayez pitié d’un pauvre gamin
qui va passer sa vie
de nuit
et vivre tant de calvaire dans ce qui est votre oubli
cette course dont vous raffolez
que jamais je ne supporterai
cette folie infinie
cette pauvre folie
sans goût
ce pis aller
ce rien du tout
je ne dormirai pas vous dis-je
ou alors quand il faut être éveillé
sur les bancs de l’école, oui.
Mais dans mon lit, à l’abordage !
Donnez-moi votre courage
votre bêtise, partagez-la, que je puisse passer cette longue journée sans trop souffrir
donner moi votre lâcheté votre clairvoyance
que je puisse faire le dos rond
comme vous
attendre que passe l’orage
que la pluie me lave de ce dégoût
pour l’absurde danse

dansons, dansons,
voilà ce que vous faites
à vous en casser les genoux
à vous en arracher les jambes
à vous en fracasser le dos
vous dansez
d’un pied
sur l’autre
pour vous écrouler le soir venu
ne pas penser
ce que vous êtes
ce que vous faites
ce que vous devenez
et bien pas moi
j’ai plus peur de votre farce
que de ma grande ignorance, bien plus peur de votre science
de vos calculs
de votre précision
de vos voyage sur la lune
que du trou dans lequel je descends
la nuit venue
depuis que j’ai 11 ans
depuis
hier et cette décision

je ne dors plus

je ne veux rien savoir

j’ai peur

mais ne m’aidez pas
vous ne pouvez pas
ce que je fais de moi est mon problème
vous en rirez tant
je ne peux pas dire
que je m’en fiche
j’en pleure déjà
à l’avance
pour prendre un peu d’avance
sur les larmes à venir
pour payer une partie de ma dette
déjà.

10 août 2010

La nuit je tremble.
D’effroi.

C’est Laura qui ouvre les portes et laisse entrer l’air froid.
Laura ouvre les fenêtres aussi, et voilà le vent sur le cœur.

Un jour Laura prendra le train, pour encore plus au Nord. En faisant ses valises, elle sourira. Qu’elle était bien chez moi, elle dira. Merci pour tout. Pour le chauffage surtout. En partant, cette fois-ci, elle fermera bien la porte. Et plus personne ne l’ouvrira.

La nuit suivante sera plus longue.

L’aura m’oubliera.

C’était moi, Laura.

Qui ça moi?

5 août 2010

J’ai lu dans le journal que les gens qui dormaient peu, mal, moins, courraient 5 fois plus de risques d’encourir des problèmes de santé. Est-ce que le type qui a écrit cela pense que cet article va m’aider à dormir?

4 août 2010

La nuit porte conseil. Le jour, la vérité s’efface. Quand tu vis la nuit, Tu ne fais que ce qui est utile, Comme la chouette, Et tu es surpris de ce qui t’est utile. Tu n’es pas détourné. Juste ce que tu dois faire. Comme marcher par exemple. Une nuit je marche sur un bout de trottoir. Je me suis levé, j’ai enfilé un jeans et un T-Shirt, je suis descendu, me voilà dans la rue, je marche parce que c’est la seule chose à faire évidemment. Je marche pour rester en vie par exemple, je sais que si je m’arrête je vais exploser. Je marche dans l’ombre, puis avec le temps, je marche à l’aube. Quand elle vient tout bascule, j’oublie pourquoi je suis sorti marcher. Pourquoi ais-je fait cela ? Je me pose la question en entrant dans une boulangerie. L’odeur de la boulangerie ne va sûrement pas répondre à la question. Voyez-vous comment le jour nous apporte l’oubli certes reposant mais aliénant. Cette certitude que tout va s’arranger (laissez-moi rire).

21 juin 2010

C’est une histoire du matin.
Une histoire du jour qui se lève.
Quand la lumière rampe au sol.
Quand la lumière passe sous les portes, sous les pas, les rares pas.
Une histoire atroce.
A haïr le jour qui vient.
Une histoire atroce.
A laisser le jour passer sans s’y accrocher.
Le laisser tomber.
A tout laisser passer.
L’histoire de quelqu’un qui lâche.
Les mains pourtant crispées sur le matelas.
Quelqu’un qui pleure seul dans un lit puant.
Quelqu’un qui n’a pas de raison d’y mettre de draps.
Quelqu’un qui parle à personne.
Qui sanglote.
Une histoire qui gémit.
Une histoire quand même.
Malgré tout.
Une histoire qui s’étend.
Qui compte alors ? Oui. Qui est une histoire.
Qu’on raconte alors ? Non. Une histoire qu’on ne raconte pas.
C’est pour cela
Qu’elle est atroce.

24 mai 2010

Parfois je dormais, non, je ne dormais pas justement, je veillais dans un village. Dans un lit, comme un bon blanc en visite. A ces moments seulement j’étais dans la brousse. Le reste du temps, j’étais dans la distance entre moi et la brousse, hésitant à me rapprocher d’elle ou à revenir vers moi. Chaque sensation pouvait me faire chavirer vers un côté ou vers l’autre mais jamais je ne choisissais vraiment mon camp.

La nuit, oui, j’étais là, pleinement, dans la brousse. Le son. Voilà, c’était le son. Rien que le son, plus rien d’autre n’existait. Le son dans la brousse n’est qu’une éternelle question.
Je suis la nuit de près, à la fenêtre de la brousse. En face, la plus pure humanité, la plus humaine forme de vie, qui marche dans l’immense obscurité, pieds nus, sans éclairage d’appoint, sur un sentier sinueux. Cette forme qui se laisse deviner sans crainte par la brousse, avance avec raison, sans doute, de manière adéquate, sur un sentier qui serpente. Ça y est. Un frisson me parcoure le dos. Je n’aurais pas dû penser ce mot. Je tremble pour la forme qui avance toujours sans rien voir du bout de ses pieds.
Je retourne au lit.
Je tremble.
Je ne dors pas, je ne voudrais rater ceci pour rien au monde. Le son. Le son. Le son. Le son de la brousse et des pas qui se rapprochent.
La forme est là. Près de la fenêtre sans vitre, la fenêtre à croisillons. Le son je le connais maintenant. Un homme qui respire est appuyé contre le mur. Il marche depuis longtemps, il cherche un refuge et patiente, car il faut se décider avant d’agir. Il contourne la petite maison, la cabane. Il reste devant la porte pendant un temps indéfini, c’est la nuit ici. Il allume une cigarette. Encore du temps qui passe. Puis plus un bruit de la forme, le son de la brousse aussi a disparu.
J’ouvre la porte. Il s’est envolé.

Le jour se lève.

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