Archive pour 'Je suis un artiste'Catégorie

2 décembre 2009

Elle frottait la plante du pied avec une main plongée dans un gant de toilettes. De l’autre main, elle maintenait la jambe en l’air en serrant fortement la cheville. Je me débattais dans la mesure des possibilités que me laissait la baignoire sabot. Elle criait “le petit Jésus te regarde!”. Je hurlais.  Des années plus tard j’ai entendu parler de l’épisode de Marie-Madeleine. Alors j’ai compris ce que ma tante Julienne voulait dire. Depuis, je me lave les pieds avec un gant de toilette. Un pied avec une face du gant, l’autre pied avec l’autre face. Parfois, j’essaie de les essuyer avec mes cheveux, mais je ne suis pas assez souple. Je me demande alors si mes péchés me sont pardonnés.  «Ta foi t’a sauvée: va en paix.»

2 décembre 2009

Je m’écris des cartes postales et le matin je descends les escaliers comme un dingue pour voir si elles sont arrivées. Aujourd’hui, on me parle du beau temps et on me dit que bientôt, nous nous reverrons. Si c’est pour me parler du beau temps, merci bien.

12 octobre 2006

- J’ai mal, Docteur, j’ai mal partout, sauf au bout de mon index gauche. Je me concentre sur le bout de mon index, le gauche. C’est ça le drame, toutes ces douleurs, elles réduisent mon univers. Vous comprenez docteur?

- Bien sûr, ça fera 25 euros.

- Mais pour les douleurs? Docteur, pour les douleurs?

- Mais vous me gonflez à la fin avec vos douleurs, je vous ai montré les images, il n’y a rien, vous n’avez rien. Quand comprendrez-vous à la fin? La médecine n’est pas faite pour guérir, mais pour briller.

- Si j’ai mal. Je fais quoi moi? 

- Arrangez-vous avec votre conscience. Et laissez-moi, vous me donnez mal à la tête.

17 septembre 2006

Ma poésie me manquait. Je suis retourné vers un petit cahier, gris. Je l’ai lu, en partie, il m’a déçu profondément. Ma poésie vieilli très mal, rapidement. Je l’ai écrite à nouveau, barrant les mots au milieu des lignes. J’ai changé des paragraphes entiers, que je ne reconnaissais pas. J’ai arraché des pages, furieux d’avoir osé de pareilles choses. La rage me montait à la gorge, je prenais de plus en plus de temps pour relire, éberlué, le creux de ma prose.

J’ai pris conscience de mon erreur il y a deux minutes. C’est ton livre que j’ai ainsi charcuté et je dois te le rendre. Il te faut encore monter quelques volées d’escalier et tu seras dans le salon. Moi, je ne peux bouger. Je pourrais le jeter par la fenêtre, le manger, ou le mettre dans le toaster. Mais je ne peux bouger.

6 juillet 2006

Je vais devenir un artiste contemporain. J’en ai assez de mon boulot, beaucoup trop répétitif, et je vais devenir un créateur. Un innovateur.

Mon premier travail (je veux insister sur le fait qu’il s’agit d’un travail) consistera à faire des trous avec une perforatrice dans des objets que je croise, pendant une semaine. Uniquement des objets dont le nom est féminin. Une serviette en papier au snack. Une jupe. Une enveloppe en carton. Une chaussette. Une casquette (dur ça). Une bouteille en plastique. Une carte de France. Etc.

Je mettrai les confettis de papier, de carton, de tissu dans un petit sac en plastique transparent. Je l’accrocherai au mur avec une punaise. J’écrirai une petite légende du genre de « une semaine de rencontres ».

Je compte vendre cette œuvre 200.000 euros au moins, dans quelques années. A quelqu’un qui trouvera cela bouleversant, cette oeuvre, là. Moi aussi honnêtement, si je réalise la vente, je trouverai ça bouleversant.

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